Hydraulique: Les barrages remplis à 33,5 %
La Directrice centrale de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), Mme Nadia Ouchar, a annoncé dimanche que le taux de remplissage national des barrages a atteint 33,5 %. Un niveau qui reste plus ou moins appréciable, permettant à l’Algérie d’assurer sa sécurité hydrique. Elle a expliqué ce taux par la baisse de la pluviométrie et les effets du changement climatique ayant marqué cette décennie. « Les dernières années ont été marquées par une sécheresse sévère, combinée à des crues plus destructrices », a-t-elle indiqué lors de son passage sur les ondes de la radio nationale « Chaîne II».

En effet, les disparités régionales sont frappantes : 34 % de remplissage à l’Ouest, 15 % au Centre, seulement 10 % dans la région de Chlef, particulièrement touchée, contre 54 % dans l’Est. Cette situation s’explique par une réduction significative des précipitations, estimée à -20 % à l’Est et jusqu’à -40 % à l’Ouest.
Pour faire face à ces défis, l’ANBT s’inscrit dans le plan national de sécurisation de l’eau potable et de l’agriculture. Actuellement, 55 % de l’approvisionnement provient des nappes souterraines, 25 % des barrages et 20 % du dessalement. L’objectif est d’augmenter la part du dessalement à 60 % à moyen terme, afin de permettre aux nappes phréatiques de se régénérer et de sécuriser durablement les ressources.
Mme Ouchar a insisté, dans son intervention, sur la nécessité d’interconnecter les systèmes hydriques pour compenser l’inégale répartition des pluies. « C’est un impératif de solidarité nationale », a-t-elle affirmé. Parmi les projets phares figurent l’interconnexion entre le système sétifien et celui de Béni Haroun, ainsi que le transfert El Tarf–Tébessa, destiné en priorité à l’eau potable mais également au soutien des pôles industriels, comme le complexe d’Ouled Hadba pour l’extraction et la transformation de minerais.
Dans le Sud, le transfert de Tindouf vers l’usine de Gara Djebilet est prévu, en attendant le grand projet de transfert Sud-Sud. Interrogée sur les infrastructures et investissements en cours, la même responsable a indiqué que l’Algérie dispose aujourd’hui de 82 barrages en exploitation. « En 35 années d’activité, aucun barrage n’a dû être vidé pour des raisons techniques », a précisé Mme Ouchar, qui a souligné la bonne tenue des ouvrages, annonçant que 30 études de nouveaux barrages sont finalisées et cinq projets sont en cours de réalisation, dont deux à Tizi Ouzou et un dans chacune des wilayas de Khenchela, El Tarf et Annaba, pour une mise en service prévue en 2026.
Toutefois, la construction et la réhabilitation nécessitent des financements conséquents. La diversification passe aussi par la réutilisation des eaux usées épurées. Les 232 stations existantes produisent près de 500 millions de m³ par an, dont 50 millions sont destinés à l’irrigation de 14 000 hectares. L’objectif national est d’atteindre 400 000 hectares irrigués d’ici 2030, grâce à la construction de nouvelles stations et à la réhabilitation des infrastructures actuelles. La Directrice centrale a également mis en avant le rôle de la numérisation et de l’innovation. Un programme de digitalisation est en cours pour optimiser la gestion des ressources.
En partenariat avec l’université, l’ANBT travaille sur des projets pilotes comme la valorisation des vases des barrages pour la production de « ciment vert » et l’installation de panneaux photovoltaïques pour produire de l’électricité. Des textes réglementaires sont en préparation pour ouvrir les barrages à une exploitation touristique, en plus de leur vocation hydraulique. « L’ANBT ne peut travailler seule. La réussite de la stratégie nationale de l’eau repose sur la synergie institutionnelle, la solidarité nationale et une vision durable à long terme », a-t-elle conclu.
Par Sirine R
