18/05/2026
ACTUALITEFINANCE

Lancement de la première opération de sukuk souverains: L’Algérie veut mobiliser 296,6 milliards de DA

L’Algérie a marqué une étape majeure dans le développement de son marché financier en lançant mardi, pour la première fois de son histoire, l’émission de sukuks souverains, conformes aux principes de la finance islamique et basés sur la formule de l’ijara avec droit d’usage « Ijara Usufruit ». La valeur de cette première émission de sukuks souverains en Algérie s’élève à 296,650 milliards de DA.

Les fonds collectés grâce à cette émission seront destinés au financement de grands projets publics, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’équipement et des services publics, contribuant ainsi au développement économique et social du pays, selon le communiqué officiel publié par la Trésorerie générale.

Cette émission, qui repose sur la formule « Ijara Usufruit », vise à atteindre des objectifs économiques stratégiques, tels que le financement d’actifs productifs, la relance de grands projets d’infrastructure et la réduction de la dépendance aux formes traditionnelles d’emprunt public, précise le document signé par le ministre des Finances, Abdelkarim Boulzerd.

Il s’agit en effet d’une initiative s’inscrivant dans une démarche proactive visant à moderniser le système financier national et à aligner les instruments de financement sur les normes internationales de la finance islamique. Ladite note souligne par ailleurs la capacité de ce type de mécanisme à mobiliser l’épargne locale dans un cadre légal sûr et transparent, conforme aux principes de la charia.

Dans le cadre de cette émission destinée aux particuliers et aux institutions, et qui a obtenu le certificat de conformité à la charia délivré par l’Autorité nationale de la finance islamique du Haut Conseil islamique, la valeur nominale des sukuks est fixée à 100 000 DA et un million de DA, pour une durée de 7 ans. La période de souscription est de deux mois ou jusqu’à l’atteinte du montant cible, selon le communiqué publié sur le site officiel dédié à l’opération.

Parmi les avantages de cette opération, on note que les investisseurs bénéficient d’un rendement annuel net de 6 %, supérieur aux produits d’épargne classiques. Ces sukuks sont exonérés d’impôts, conformes aux règles de la charia et validés par l’Autorité nationale de la finance islamique.

Les sukuks sont également garantis par un portefeuille d’actifs immobiliers appartenant à l’État, dont la valeur marchande du droit d’usage a été déterminée par le Fonds national d’équipement pour le développement (CNED). Ces actifs comprennent notamment des bâtiments administratifs, des équipements publics et des terrains constructibles.

Les bénéficiaires de l’opération sont les personnes physiques résidentes et non résidentes algériennes, ainsi que les personnes morales (entreprises) soumises au droit algérien. La souscription se fait via les guichets des banques, les agences de la Banque d’Algérie, la Trésorerie centrale et principale, ainsi que les trésoreries locales et les agences d’assurance, sur présentation d’une pièce d’identité et avec paiement par virement, chèque ou espèces, en échange de la remise du sukuk correspondant.

Une étape majeure dans la consolidation du système de financement participatif

Des experts en finance islamique ont indiqué, hier, que le lancement officiel de la souscription aux sukuks souverains en Algérie marque une étape majeure dans la consolidation du système de financement participatif dans le pays, en tant qu’instrument de finance islamique complémentaire contribuant à la mobilisation de l’épargne nationale pour le financement des projets de développement.

Lors d’une conférence consacrée à l’assurance takaful, les participants ont mis en avant l’importance des sukuks souverains dans le processus de développement de la finance islamique, précisant que ce nouvel instrument contribuera à mobiliser les capitaux pour les orienter vers le financement des projets d’infrastructures, participant ainsi à la diversification des sources de financement de l’économie.

Dans ce cadre, l’expert en finance islamique et membre du Haut Conseil islamique (HCI), Mohamed Boudjellal, a souligné l’importance des sukuks souverains dans le système de finance islamique, au regard de leur rôle dans la mobilisation des ressources financières destinées à l’investissement et la captation des capitaux de manière sécurisée et conforme aux principes de la charia.

Le membre du HCI, Abderrahmane Senouci, a, lui aussi, relevé l’importance des sukuks souverains dans la finance islamique, mettant en avant le rôle de cet instrument dans le soutien au Trésor public et la garantie de liquidités. De nombreux pays ont financé des projets d’envergure (aéroports et ouvrages d’art) grâce à cet instrument, ce qui prouve son efficacité dans le soutien au développement à long terme, a-t-il dit.

Pour l’intervenant, le principal avantage pour l’État est de pouvoir financer des projets structurants sans puiser dans le budget national : « Les actifs, qu’il s’agisse d’aéroports, de chemins de fer ou d’autres infrastructures, reviennent ensuite à l’État, qui joue uniquement un rôle de régulateur. Ces mécanismes permettent d’intégrer des liquidités dormantes ou informelles dans le circuit officiel, au bénéfice de l’économie et du budget public».

D’autres intervenants ont évoqué le rôle de l’assurance takaful dans la garantie d’une protection financière supplémentaire et la consolidation des valeurs de solidarité et d’entraide au sein de la société, mettant en exergue sa contribution à l’élargissement de l’inclusion financière et au développement de produits d’assurance innovants.

À cet égard, le Directeur général de la Générale assurance méditerranéenne (GAM), Ahmed Hadj Mahammed, a affirmé que l’assurance takaful ne constitue pas un simple substitut à l’assurance classique, mais représente un modèle intégré fondé sur les valeurs de solidarité, de justice et de partage des risques, des principes profondément enracinés dans la société algérienne. Il a ajouté que la phase actuelle offre une véritable opportunité pour développer des produits d’assurance innovants répondant aux besoins du marché national et contribuer ainsi au renforcement de l’inclusion financière et à l’ancrage de la culture de solidarité au sein de la société.

Par Zahir Radji

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