03/04/2026
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Croissance, environnement et réformes : Les enjeux du développement durable en Algérie

L’Algérie cherche à conjuguer croissance économique et protection de l’environnement pour la diversification de son économie et de réduire sa dépendance à la manne pétrolière. Entre transition énergétique, lutte contre la désertification et promotion de l’économie verte, le pays engage progressivement des réformes pour inscrire le développement durable au cœur de ses politiques publiques, tout en devant relever des défis structurels et institutionnels majeurs.

Par Selma Rachid

Pendant longtemps, la pensée économique a relégué la nature au rang de simple support de la croissance, privilégiant presque uniquement les flux monétaires et la production. Cette approche a montré ses limites face à la raréfaction des ressources et à la dégradation des écosystèmes, imposant l’intégration de l’environnement dans l’analyse économique. Ainsi est née l’économie du développement durable, qui repense la croissance non comme un frein, mais comme une exigence de soutenabilité.

En Algérie, cette dynamique progresse, mais elle reste conditionnée à une forte volonté politique et à des réformes institutionnelles. Lors de son intervention au 2e Colloque national sur la responsabilité des entreprises en Algérie (RSE), le Pr Mohamed Cherif Belmihoub, économiste et ancien ministre, a dressé un constat sans concession : le modèle économique traditionnel, fondé sur l’exploitation illimitée de ressources perçues comme gratuites, est devenu obsolète. Pour lui, l’Algérie doit opérer une mue profonde pour intégrer la rareté dans son champ de vision.

«La nature n’est plus un facteur passif de la croissance. Elle est devenue une contrainte centrale, parfois irréversible, que l’économie ne peut plus ignorer sans se mettre elle-même en danger », a-t-il souligné. Cette intégration du développement durable dans les politiques économiques et publiques reste progressive et inégale. Le pays fait face à des défis structurels importants, à commencer par sa dépendance aux hydrocarbures.

Des programmes ont toutefois été lancés, notamment pour lutter contre la désertification avec le Barrage Vert, protéger les ressources en eau face au stress hydrique, gérer les déchets et soutenir l’économie verte et circulaire, encore à un stade émergent. Sur le plan énergétique, la transition vers les énergies renouvelables et l’amélioration de l’efficacité énergétique constituent des axes stratégiques, accompagnés d’un programme national visant la diversification du mix énergétique. Néanmoins, le rythme de mise en œuvre reste lent. « La politique de subvention massive de l’énergie ne favorise ni la sobriété énergétique ni la réduction des émissions. Elle retarde, au contraire, les ajustements nécessaires », a observé le Pr Belmihoub, pointant également la forte consommation des secteurs du ciment et de l’acier.

L’Algérie s’est par ailleurs engagée, dans le cadre de l’Accord de Paris et de l’Agenda 2030, à réduire ses émissions de gaz à effet de serre entre 7 et 22 %, en ciblant les secteurs de l’énergie, des transports, de l’industrie, de l’agriculture et des forêts. Le Plan national climat, proposé dès 2013, identifie plusieurs dizaines d’actions d’atténuation et d’adaptation. Cependant, la coordination intersectorielle, les mécanismes de suivi et la mobilisation citoyenne demeurent insuffisants. À ces défis s’ajoutent de nouveaux facteurs, comme l’essor de l’intelligence artificielle, dont la consommation énergétique croissante pose de nouvelles questions environnementales à l’échelle mondiale. Pour l’intervenant, « le progrès technologique, s’il n’est pas encadré, peut devenir un accélérateur des dérèglements climatiques plutôt qu’un levier de solutions ».

Sur le plan institutionnel, le cadre juridique algérien reconnaît désormais le droit à un environnement sain, inscrit dans la Constitution révisée de 2020, et s’appuie sur plusieurs lois relatives à la protection de l’environnement, à la gestion des déchets, à l’aménagement du territoire et à la préservation des ressources naturelles. Néanmoins, l’efficacité de ces dispositifs dépend largement de leur application concrète et de la cohérence des politiques publiques. Le développement durable, formalisé par le rapport Brundtland en 1987, vise à répondre aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures, en articulant croissance économique, justice sociale et protection de l’environnement.

L’enjeu central consiste à concilier développement et préservation des ressources naturelles, en intégrant aux décisions économiques les coûts environnementaux longtemps ignorés. « Le développement durable n’est pas un luxe pour pays riches, mais une condition de survie économique et sociale, notamment pour les pays fortement exposés aux chocs climatiques », a souligné Pr Belmihoub.

Cette approche, qualifiée d’économie du développement durable, met l’accent sur la transition énergétique, la justice climatique et la gouvernance des enjeux environnementaux, redonnant à l’État un rôle central à travers les politiques publiques et la coopération internationale. « Pendant longtemps, la nature a été traitée comme un bien gratuit et abandonné, alors même qu’elle constitue le socle de toute activité productive », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité de repenser le modèle économique pour assurer un développement soutenable et inclusif.

Ainsi, le développement durable s’impose comme une nouvelle manière de penser la croissance et non comme un frein à l’activité économique. En Algérie, son intégration progresse, mais elle reste conditionnée à une volonté politique forte, à des réformes institutionnelles profondes et à l’implication effective de l’ensemble des acteurs. « Sans règles, sans droit international et sans coopération, le climat, qui est un bien commun de l’humanité, sera livré à la logique du chacun pour soi », a averti le Pr Mohamed Cherif Belmihoub, rappelant que la durabilité n’est pas seulement un choix économique, mais un impératif collectif et intergénérationnel.

S. R.

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