Subventions, justice sociale, lutte contre le gaspillage: Vers une nouvelle politique de soutien social
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a abordé plusieurs enjeux sociaux et économiques, notamment la question du soutien social et de la redistribution des ressources. Au cœur des préoccupations, l’optimisation des transferts sociaux, avec un ciblage plus précis en faveur des populations les plus vulnérables, ainsi que la question du gaspillage des ressources publiques.

Lors de son entrevue périodique accordée aux représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir sur les chaînes de télévision et de radio nationales, Tebboune a souligné la nécessité de réorganiser les aides sociales pour qu’elles bénéficient principalement aux personnes à faibles revenus, tout en réduisant l’inefficacité du système actuel.
« Actuellement, les produits de base tels que le pain, l’huile ou le lait sont accessibles à tout le monde au même prix, qu’on soit riche ou pauvre. Cela n’est pas acceptable », a-t-il déclaré. L’objectif, selon lui, est de garantir une justice sociale véritable en augmentant l’aide pour les plus démunis. Pour ce faire, une commission, composée de partis politiques, de syndicats et d’experts, a été mise en place pour réfléchir à des mécanismes plus justes. La décision est claire. « Par exemple, une personne qui gagne 100 millions de dinars par mois ne doit pas bénéficier des mêmes produits de base que quelqu’un qui a un revenu modeste de 30 000 à 35 000 dinars par mois ».
En effet, l’objectif de la réforme est d’augmenter l’aide pour les produits de consommation des personnes ayant de faibles revenus, afin d’avoir une véritable justice sociale. Le Président Tebboune a expliqué que la numérisation des données permettra de mieux cibler les aides, et qu’une véritable réforme du système de soutien social pourrait être mise en place à partir de 2027. « Grâce à la numérisation, nous pourrons savoir exactement qui a besoin d’aide et qui ne l’a pas », a-t-il précisé. Le président de la République a souligné que l’État tend à aboutir à « une véritable justice sociale », indiquant que « les conditions, à ce jour, n’ont pas permis d’atteindre cet équilibre ».
Des disparités sont constatées entre les différentes catégories de la société, indique le chef de l’État, faisant observer qu’ « il est inacceptable que le soutien soit accordé de manière égale à tous », mais le recours à la numérisation, a-t-il dit, permettra d’ « orienter le soutien vers les véritables bénéficiaires ».
Le président de la République a, par ailleurs, souligné la nécessité de préserver les acquis réalisés par le pays, affirmant que « l’option actuelle consiste à ne pas exercer de pressions sur les citoyens ».
Lutte contre le gaspillage
Il a, dans ce sens, évoqué le phénomène du gaspillage du pain, notamment à l’approche du mois sacré de Ramadhan, faisant remarquer qu’il s’agit d’un « gaspillage de sommes colossales », ce qui exige, a-t-il ajouté, une prise de conscience de la part du citoyen pour éviter de tels comportements qui affectent négativement l’économie nationale. Au passage, il a déploré la pratique de l’achat excessif de pain et d’autres produits, souvent jetés, et a insisté sur la nécessité de changer les comportements pour éviter de perdre des millions de dollars chaque année.
La lutte contre le gaspillage ne se limite pas aux produits alimentaires, mais concerne également l’énergie. Il a évoqué la nécessité d’utiliser des énergies renouvelables, comme l’énergie solaire, pour réduire la dépendance à l’électricité dans certaines villes, tout en encourageant une consommation plus responsable de l’eau et des carburants.
« Nous essayons de réduire ce gaspillage. Quand on regarde le prix de l’essence, il est à environ 20 à 25 % du prix réel, et l’eau dessalée coûte environ 1,5 dollar le mètre cube, sans parler de l’électricité où les gens laissent souvent leurs appareils allumés. J’ai d’ailleurs demandé dans le passé que dans les nouvelles villes, on utilise l’énergie solaire pour l’éclairage public plutôt que l’électricité », a détaillé Tebboune, affirmant qu’à ce stade, en tant que pays en développement, il est important d’éviter ce gaspillage.
En effet, ajoute-t-il, « chaque Algérien doit être conscient que ce que nous faisons, en tant que nation de 47 millions de personnes, doit être financé par nos propres moyens. Nous ne devons pas emprunter de l’argent. Nous devons ajuster nos dépenses, car l’économie ne pourra pas supporter certaines dépenses dans 2, 3 ou 4 ans ».
S’agissant du soutien social, le président de la République a réaffirmé l’attachement de l’État à la gratuité de l’enseignement et des soins, affirmant qu’il « n’y aura aucun recul à ce sujet » et que « les défis que l’Algérie relève aujourd’hui reposent essentiellement sur l’éducation et le renforcement du potentiel scientifique de ses enfants ».
Des réformes fiscales et une économie numérisée
Sur le plan fiscal, le Président a rappelé que la majorité des Algériens paient leurs impôts via des prélèvements directs sur leurs salaires. Cependant, il a reconnu que le système fiscal pourrait être amélioré pour mieux cibler les secteurs économiques et les citoyens qui échappent encore au fisc. « À la fin de 2026, nous aurons une économie totalement numérisée. Chaque Algérien et chaque entreprise sera connu, et nous serons en mesure de cibler les aides de manière plus efficace », a-t-il expliqué.
Le but de tous cela est de faire de l’Algérie une économie capable de se suffire à elle-même, d’exporter et d’importer de manière autonome, et de dépasser les 400 milliards de dollars de revenus nationaux d’ici 2027. « C’est ambitieux, mais j’espère que nous y arriverons avant cette date », a-t-il conclu.
Par Zahir Radji.
