L’Italie veut plus du gaz algérien
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient commencent déjà à redessiner les équilibres énergétiques en Europe. Confrontée à l’interruption de plusieurs livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Qatar, l’Italie se tourne désormais vers l’Afrique pour sécuriser son approvisionnement, avec une attention particulière portée à l’Algérie, partenaire énergétique historique de la péninsule.

Selon les autorités italiennes, cinq cargaisons de gaz naturel liquéfié qui devaient être livrées au début du mois d’avril n’ont pas pu être honorées par le Qatar, en raison des perturbations provoquées par le conflit lié aux tensions avec l’Iran dans la région du détroit d’Ormuz. Face à cette situation, les planificateurs énergétiques européens s’efforcent de trouver des solutions alternatives afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement. Selon le site « Business Insider Africa », dans ce contexte, l’Algérie apparaît comme l’un des partenaires les plus fiables pour l’Italie.
Grâce au gazoduc TransMed, qui relie directement les deux pays via la Tunisie, Alger dispose d’un avantage stratégique pour répondre rapidement à une hausse de la demande européenne. Cette infrastructure, déjà essentielle dans les échanges énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée, pourrait voir son rôle se renforcer davantage si les perturbations au Moyen-Orient venaient à se prolonger.
Pour Rome, l’Algérie représente un pilier central de la stratégie de diversification énergétique engagée ces dernières années afin de réduire la dépendance du pays à certaines sources d’approvisionnement. Les exportations algériennes de gaz vers l’Europe ont déjà connu une augmentation notable depuis la crise énergétique mondiale déclenchée par la guerre en Ukraine, et la situation actuelle pourrait accentuer cette dynamique. Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole et du gaz sur les marchés internationaux renforce l’intérêt stratégique des producteurs africains. Dans un contexte marqué par l’incertitude sur les routes énergétiques traditionnelles, plusieurs pays du continent pourraient bénéficier d’une demande accrue. Pour l’Algérie, qui dispose d’importantes réserves d’hydrocarbures et d’infrastructures d’exportation vers l’Europe, cette conjoncture représente une opportunité de consolider sa position de fournisseur clé du marché européen.
Les responsables italiens étudient toutefois plusieurs pistes pour compenser les volumes manquants. Parmi celles-ci figurent d’éventuelles importations de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis, si celles-ci sont disponibles, ainsi que de nouvelles cargaisons en provenance d’Afrique. Des pays comme le Mozambique pourraient également contribuer à l’approvisionnement européen grâce à leurs projets gaziers en développement. Au-delà de l’Afrique du Nord, plusieurs grands producteurs du continent pourraient tirer profit de la hausse de la demande mondiale.
Des pays comme le Nigeria, l’Angola ou encore le Ghana pourraient voir leurs revenus augmenter si les prix de l’énergie restent élevés, dans un contexte où les marchés intègrent de plus en plus les risques liés à l’approvisionnement. Cette recomposition énergétique pourrait également renforcer les investissements dans le secteur pétrolier et gazier africain, alors que les capitaux internationaux continuent d’affluer vers des projets d’exploration et de production sur le continent.
Enfin, l’Italie examine également la possibilité d’augmenter les flux de gaz transitant par d’autres infrastructures régionales. Dans cette perspective, la Libye pourrait jouer un rôle complémentaire grâce à ses capacités d’exportation par gazoduc vers l’Europe, même si les conditions techniques et sécuritaires demeurent un facteur déterminant pour la concrétisation de cette option.
Par S. R.
