02/04/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Importation d’un million de moutons pour l’Aïd : D’importants moyens mobilisés par l’État

À l’approche de l’Aïd el-Adha, l’Algérie a lancé une nouvelle opération d’importation massive de moutons afin de répondre à une demande nationale en forte hausse. L’expert en agriculture et ancien cadre au ministère de l’Agriculture, Mustapha Benaoui, est revenu mercredi sur cette opération, pilotée par le ministère de l’Agriculture, visant à approvisionner le marché national et à atténuer la pression sur un cheptel local en baisse. Il a en effet livré une analyse détaillée des défis logistiques, économiques et structurels liés à cette opération, tout en appelant à une vision stratégique à long terme pour la filière ovine.

Invité par nos collègues de la radio nationale, il explique que la première cargaison de moutons importés est arrivée récemment au port d’Alger, marquant le début d’une campagne qui devrait s’intensifier dans les prochaines semaines. Quatre pays fournisseurs ont été retenus dans le cadre de cette opération : l’Espagne, la Roumanie, le Brésil et l’Uruguay. Selon l’expert, cette diversification des sources d’approvisionnement constitue à la fois un atout et un défi en termes de gestion, d’autant que l’opération s’étalera sur une période d’environ 60 jours, « avec un objectif affiché de distribution d’un million de têtes à travers le territoire national ».

«Nous sommes en face d’une période de deux mois pour livrer un million de têtes, ce qui n’est pas une chose aisée», a déclaré M Benaoui, insistant sur « la multiplicité des étapes, allant de l’arrivée des animaux à leur mise en quarantaine, puis à leur distribution via des points de vente dédiés ».

Tout en indiquant que cinq ports sont concernés par la réception des cargaisons, à savoir Oran, Mostaganem, Ténès, Alger et Annaba, il dira qu’«après leur arrivée, les moutons seront soumis à une quarantaine sanitaire d’une durée variant entre 20 jours et un mois, incluant des opérations de dépistage avant leur mise sur le marché. »

Une fois débarqués, les moutons doivent passer par une phase de quarantaine pouvant durer de 20 jours à un mois. Cette étape est cruciale pour effectuer les contrôles sanitaires nécessaires et prévenir l’introduction de maladies. L’expert a insisté sur l’importance d’un suivi rigoureux, notamment après les insuffisances constatées lors de la campagne précédente. Au-delà de la quarantaine, la prise en charge du cheptel représente un défi logistique majeur. Chaque animal nécessite entre 600 et 700 grammes d’aliments par jour, soit un besoin global estimé à près de 30 000 tonnes d’aliments. À cela s’ajoute l’approvisionnement en eau, évalué entre 3 et 5 litres par jour et par tête. Dans un contexte marqué par des tensions sur les ressources fourragères, cette exigence logistique pose de sérieuses contraintes.

Le transport constitue également un maillon essentiel. Des camions spécialisés sont requis pour acheminer les animaux vers les différentes régions du pays. Un camion aménagé peut transporter jusqu’à 120 têtes, contre 60 pour un véhicule standard. Là encore, l’organisation et la disponibilité des moyens logistiques sont déterminantes pour le bon déroulement de l’opération.

Concernant la distribution, M. Bennaoui a plaidé pour une meilleure organisation des points de vente et surtout pour l’implication des éleveurs. Selon lui, confier cette mission exclusivement à l’administration limite l’efficacité du dispositif. Il a recommandé d’associer les grands éleveurs, qui disposent de l’expérience, des infrastructures et des moyens nécessaires pour gérer la commercialisation du bétail.

La question de l’équité dans la distribution reste également posée. L’an dernier, de longues files d’attente et des difficultés d’accès ont été observées. Pour l’expert, ces tensions s’expliquent principalement par un déficit structurel entre l’offre et la demande. En effet, les besoins nationaux pour la période allant de mars à août sont estimés entre 5 et 6 millions de têtes, alors que le cheptel disponible reste insuffisant.

Avec un cheptel national estimé à environ 17 à 18 millions de têtes, dont seule une partie est destinée à l’abattage, l’Algérie fait face à un déficit structurel. L’importation d’un million de moutons apparaît ainsi comme une mesure de soutien, mais insuffisante pour combler entièrement le gap.

Sur le plan des prix, les moutons importés seront proposés autour de 50 000 dinars, un tarif jugé relativement accessible pour les ménages à revenu moyen. Ce positionnement vise à atténuer la flambée des prix observée sur le marché local, où les tarifs peuvent atteindre des niveaux bien plus élevés. Pour les pouvoirs publics, il s’agit de concilier pouvoir d’achat des citoyens et préservation des intérêts des éleveurs.

Par Réda Hadi

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