Marché financier: Près de 200 milliards de DA mobilisés pour soutenir la croissance
La Bourse d’Alger confirme progressivement son rôle de levier stratégique dans le financement de l’économie nationale. Au cours des dix-huit derniers mois, près de 200 milliards de dinars ont été mobilisés à travers le marché financier, traduisant une montée en puissance tangible de cet instrument longtemps marginalisé dans le paysage économique algérien.

Cette dynamique s’inscrit pleinement dans les nouvelles orientations économiques du pays, comme l’a souligné Youcef Bouzenada, président de la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (COSOB). Les ressources mobilisées ont notamment permis d’accompagner la modernisation de deux grandes banques publiques, la Banque de Développement Local (BDL) et le Crédit Populaire d’Algérie (CPA), illustrant la capacité du marché financier à soutenir à la fois l’investissement productif et la consolidation du système bancaire national.
« La Bourse d’Alger a démontré, ces derniers mois, qu’elle est en mesure de mobiliser l’épargne et de la diriger vers des projets structurants pour l’économie », a-t-il souligné à la télévision algérienne. Parallèlement, le marché obligataire a enregistré des avancées notables. Plus de 25 milliards de dinars ont été levés à travers des emprunts obligataires, permettant le financement de trois entreprises, dont l’une opère dans le secteur stratégique de la sidérurgie, du fer et de l’acier. Pour le président de la COSOB, cette évolution marque un véritable tournant. « Le recours aux obligations à travers la Bourse offre aux entreprises une alternative crédible au financement bancaire classique, avec des montants plus importants et des conditions mieux adaptées à leurs plans d’expansion », a-t-il expliqué.
Cette dynamique prend tout son sens dans un contexte macroéconomique exigeant. Avec un produit intérieur brut estimé à environ 240 milliards de dollars, l’Algérie s’est fixé des ambitions économiques élevées à moyen et long terme, nécessitant des capacités de financement à la hauteur des défis à relever. « Pour accroître le PIB et soutenir durablement la croissance, il est indispensable de diversifier les sources de financement et de renforcer le rôle du marché financier », a insisté Bouzenada. Dans cette perspective, la Bourse d’Alger est appelée à jouer un rôle central, non seulement comme canal de financement, mais aussi comme miroir de l’économie nationale.
L’augmentation du nombre d’entreprises cotées et la progression de la capitalisation boursière contribuent à refléter plus fidèlement la réalité économique du pays. « La Bourse est une vitrine de la transparence économique. Elle repose sur des règles strictes de publication et d’information financière, ce qui renforce la crédibilité et la lisibilité de notre économie », a ajouté le président de la COSOB. Cette évolution se traduit également par un élargissement significatif de la base des investisseurs et une ouverture accrue du marché au grand public. Alors qu’avant l’introduction de deux banques publiques, le nombre d’investisseurs ne dépassait pas les 20 000, il avoisine aujourd’hui les 90 000.
Une progression que l’intervenant attribue aux réformes engagées et à la montée en puissance du trading numérique, estimant qu’elle reflète « le regain de confiance dans le marché financier et ouvre la voie à une démocratisation progressive de l’investissement, facilitée par la digitalisation des opérations boursières ».
La Bourse d’Alger plus accessible, plus inclusif et plus attractif
Dans le même temps, la Bourse d’Alger renforce son rôle dans le financement des start-up et des PME grâce à la création de segments dédiés et à l’allègement des conditions d’introduction, avec un capital social minimum fixé à 10 millions de dinars. Les réformes réglementaires menées entre 2023 et 2024 ont ainsi permis l’introduction d’une première start-up, qui a réussi à lever 96 millions de dinars en quinze jours, illustrant le potentiel du marché financier pour soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat. À moyen terme, la mise en place d’un guichet unique du marché financier et l’introduction prévue de deux PME au premier semestre 2026 confirment l’ambition de faire de la Bourse un acteur central du développement économique national.
Cette dynamique est renforcée par une transformation numérique majeure engagée depuis 2024. Le lancement d’un portail électronique du marché financier et la dématérialisation des procédures d’agrément et de licences ont marqué une étape décisive, accompagnée de la digitalisation complète du processus de trading, mettant fin à un système manuel en vigueur depuis la création de la Bourse d’Alger en 1997. « Il s’agit d’un tournant décisif dans la modernisation du marché financier, en simplifiant les procédures et en améliorant la transparence des opérations », a souligné Bouzenada.
Cette modernisation s’est concrétisée par la mise en service de sept plateformes numériques de trading, opérées par des banques publiques et privées, permettant l’achat et la vente de titres en ligne, le suivi en temps réel des ordres et la consultation des portefeuilles via les applications bancaires et les supports numériques.
Par Adem A.
