Pêche et aquaculture: L’Algérie accélère sa transition vers l’économie bleue
L’Algérie entend accélérer le développement de son économie bleue en faisant de la pêche et de l’aquaculture des secteurs stratégiques de diversification économique et de sécurité alimentaire. Réunis à Alger dans le cadre de la 8e édition du Forum international de l’aquaculture et des productions halieutiques « DJAZAQUA 2026 », organisée en marge du salon SIPSA-FILAHA, décideurs, experts et professionnels ont mis en avant une nouvelle vision nationale axée sur la modernisation du secteur, le renforcement de la souveraineté alimentaire et la structuration industrielle de la filière halieutique.

Placée sous le thème de la modernisation de la pêche et de l’aquaculture, cette rencontre a mis en lumière la volonté des pouvoirs publics de transformer le secteur en moteur de croissance économique, de création d’emplois et de sécurité alimentaire. Dans son intervention introductive, Brahim Zitouni, vice-président du Groupe de réflexion Filaha INOV, a rappelé que la pêche et l’aquaculture ont longtemps été considérées comme un « parent pauvre » de l’économie nationale, malgré leur immense potentiel.*
Il a insisté sur le rôle stratégique du poisson comme source de protéines à forte efficacité biologique, affirmant que « le secteur de la pêche est stratégique » dans un contexte mondial marqué par les tensions sur les ressources alimentaires. Le même intervenant a souligné l’importance géostratégique des 1 200 kilomètres de côtes algériennes, appelant à « préserver ses pêcheurs et ses côtes » grâce à des infrastructures modernes, des ports adaptés et des systèmes de contrôle numérique et satellitaire. Il a également mis en avant le potentiel de l’aquaculture continentale, notamment dans les zones sahariennes et les eaux saumâtres, plaidant pour une diversification des espèces élevées afin d’aller au-delà du modèle centré sur le tilapia.
Cette orientation stratégique a été confirmée par le directeur général de la pêche et de l’aquaculture, Miloud Tria, qui a affirmé que le secteur est désormais considéré comme « un pilier stratégique au service de la souveraineté alimentaire, de l’investissement productif, de l’emploi et du développement territorial ». Le responsable a annoncé que la production aquacole nationale a atteint près de 14 000 tonnes en 2026, avec un objectif dépassant les 20 000 tonnes à l’horizon 2027 afin de réduire la pression sur les ressources halieutiques côtières. Miloud Tria a présenté les cinq priorités du programme gouvernemental : le développement de la pêche au large et en haute mer, la valorisation du thon rouge, la modernisation de la pêche artisanale, la gestion durable des ressources halieutiques et le développement massif de l’aquaculture.

Selon lui, la transition vers l’économie bleue passe également par une modernisation profonde des outils de gestion. « Nous poursuivons un vaste chantier de modernisation du secteur à travers la digitalisation des services, le développement du système VMS de suivi satellitaire des navires, le renforcement de la recherche scientifique et l’amélioration du climat de l’investissement », a-t-il expliqué.
Les débats ont également porté sur la question des intrants aquacoles. Les intervenants ont estimé que les perturbations logistiques mondiales imposent une réduction rapide de la dépendance aux importations d’aliments, d’alevins et de matières premières stratégiques. Miloud Tria a reconnu que « l’Algérie ne peut pas aller loin dans l’aquaculture si elle ne maîtrise pas localement la production des intrants ». Plusieurs projets d’écloseries et d’usines de fabrication d’aliments aquacoles sont ainsi en cours dans différentes régions du pays, notamment à Béjaïa et Aïn Témouchent.
Dans cette perspective, l’Algérie mise également sur la coopération régionale. Un partenariat stratégique avec la Mauritanie a été conclu afin de sécuriser l’approvisionnement en farine de poisson destinée à l’alimentation aquacole. Des armateurs algériens exploiteront des espèces non commercialisables qui seront transformées localement, avec un projet d’unité industrielle envisagé à Tindouf.
Les autorités ont par ailleurs annoncé plusieurs mesures d’incitation pour soutenir l’investissement privé, notamment des exonérations douanières et une TVA réduite sur les aliments aquacoles et les alevins. Des programmes de recherche sont également menés avec le Centre national de recherche pour le développement de la pêche et de l’aquaculture afin d’améliorer la qualité génétique des espèces élevées et développer de nouvelles variétés adaptées aux conditions algériennes.
Les échanges ont enfin mis en avant la nécessité de moderniser les infrastructures portuaires et de renforcer la construction navale nationale. Les responsables du secteur ont révélé que plusieurs grands navires de pêche de plus de 45 mètres ont déjà été construits localement. La filière du thon rouge a aussi occupé une place importante dans les discussions, l’Algérie ayant récupéré sa position historique dans les quotas internationaux avec plus de 5 % du quota mondial.
Au final, DJAZAQUA 2026 aura confirmé la volonté de faire de l’économie bleue un levier majeur de diversification économique et de souveraineté alimentaire. Entre modernisation technologique, industrialisation des intrants, coopération régionale et développement de l’aquaculture continentale, l’Algérie entend désormais transformer son potentiel maritime en véritable moteur de développement durable.
Par Selma R.
