AFRIQUE

Adoption de la Déclaration d’Alger sur les plateformes numériques: L’Afrique renforce sa souveraineté numérique

Les ministres africains en charge des TIC, des télécommunications et de l’économie numérique, réunis dimanche à Alger, sous l’autorité de l’Union africaine des télécommunications (UAT), ont adopté  hier la Déclaration d’Alger sur des «plateformes numériques équitables, sûres et responsables en Afrique».

En effet, la Déclaration, adoptée par les ministres africaines en marge de la 4e édition de la Conférence africaine des startups, renforce la capacité d’influence du continent en introduisant des règles de contribution économique équitable, des mécanismes de souveraineté des données, des normes de responsabilité en matière d’intelligence artificielle (IA), ainsi que de nouvelles obligations applicables aux plateformes OTT opérant en Afrique. Inspirée de cadres internationaux tels que le «Digital Services Act» européen, cette déclaration positionne l’Afrique comme co-auteur de la gouvernance numérique mondiale. La déclaration d’Alger fixe plusieurs engagements structurants pour l’écosystème numérique de l’Afrique. Elle prévoit d’abord une négociation continentale «unifiée» avec les plateformes OTT, ainsi que l’instauration des obligations de contribution locale, incluant le réinvestissement, le développement d’infrastructures et la formation de talents.

Le texte souligne également la nécessité de garantir que «la donnée africaine demeure en Afrique, grâce à la localisation Cloud et aux infrastructures souveraines». Les engagements portent, en outre, sur la protection des cultures, des langues et des valeurs sociétales africaines, notamment à travers des mécanismes de modération adaptés. Ils incluent également des exigences strictes en matière d’ «IA responsable», couvrant la transparence, la lutte contre le piratage et la sécurité algorithmique. Enfin, la Déclaration d’Alger insiste sur un renforcement de la protection des utilisateurs, en particulier les femmes, les enfants et les groupes vulnérables.

Lors d’un point de presse organisé à l’issue de la réunion des ministres africains chargés des télécommunications, des TIC et de l’économie numérique, tenue au Centre international de conférences (CIC) Abdelatif-Rahal, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a affirmé que «la Déclaration d’Alger» permettra de jeter les bases d’un cadre régulant l’activité des plateformes mondiales de diffusion en ligne (OTT), notamment les plateformes d’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, sur le continent.

« La « Déclaration d’Alger » est venue répondre au besoin du continent d’établir des cadres juridiques lui permettant de se positionner mondialement dans le domaine de l’OTT et de réguler l’activité des grandes plateformes opérant dans ce domaine en Afrique, afin d’en faire un acteur créateur d’emplois et un moteur de croissance pour les économies africaines», a-t-il précisé, soulignant que de nombreuses grandes entreprises de diffusion en ligne, y compris les plateformes d’intelligence artificielle générative, «exploitent les richesses numériques du continent en diffusant leurs contenus et en collectant des données personnelles, sans investir en Afrique et sans contrôle».

Ces enjeux ont conduit à la proposition de la Déclaration d’Alger visant à «transformer la position de l’Afrique, d’un simple consommateur de contenus à un acteur décisionnel dans le domaine numérique», soutient-il.

La « Déclaration d’Alger », qui sera soumise à l’Union africaine au début de l’année 2026, selon M. Zerrouki, fixe des engagements collectifs établissant des mécanismes «unifiés» susceptibles de renforcer la souveraineté numérique du continent et de rééquilibrer ses relations avec les plateformes mondiales, notamment en réclamant les droits des pays africains dans ce domaine et en encourageant ces plateformes à investir localement. De son côté, le secrétaire général de l’Union africaine des télécommunications (UAT), John Omo, a salué l’adoption de la Déclaration d’Alger, qui vise à renforcer le secteur de la diffusion numérique en Afrique en encourageant l’investissement local dans le continent et en conduisant un dialogue avec les plateformes mondiales concernant diverses questions, notamment l’utilisation des données personnelles et la protection des enfants, des femmes et des groupes vulnérables. Selon lui, «il est temps de discuter des bénéfices que le continent tire de l’activité des plateformes OTT mondiales qui y opèrent, et d’examiner ensemble l’avenir de la circulation des données et leur sécurité».

Synthèse Sirine R.

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