03/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Barrages : Le taux de remplissage dépasse les 44 %

Le taux de remplissage des barrages en Algérie a dépassé les 44 %, porté par les apports pluviométriques enregistrés en janvier, un mois qualifié de « très bénéfique ». Plusieurs ouvrages illustrent cette remontée rapide des niveaux : certains barrages ont vu leurs volumes tripler, voire davantage. L’un d’eux est ainsi passé de 6 à 25 millions de mètres cubes en quelques semaines. Cette amélioration sensible des niveaux de stockage appelle toutefois à la vigilance et à la rationalisation de l’usage de l’eau.

Avec une capacité globale de stockage de 8,6 milliards de mètres cubes, les barrages du pays contiennent actuellement près de 3 milliards de mètres cubes. Cette progression est directement liée aux précipitations de ces dernières semaines, qui ont touché la quasi-totalité des bassins versants. « Les apports ont concerné pratiquement tous nos barrages à travers les différentes régions. Le mois de janvier a été vraiment très bénéfique pour le remplissage », a souligné Abdelatif Azira, directeur général de l’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT), invité du Forum d’El Moudjahid. Le responsable a cité plusieurs exemples illustrant cette dynamique. À Relizane, le barrage de Sidi M’hamed Ben Aouda est passé de 54 à 100 millions de mètres cubes. Le barrage de Gargar, dans la même wilaya, a connu une évolution spectaculaire, passant de 7 millions de mètres cubes fin décembre à près de 110 millions aujourd’hui, soit plus de 100 millions de mètres cubes d’apports pour le seul mois de janvier. À Aïn Defla, un autre barrage a doublé son volume, progressant de 48 à 94 millions de mètres cubes, tandis que Sidi M’hamed Ben Taiba est passé de 23 à 46 millions.

Pour autant, le premier responsable de l’ANBT insiste sur la nature variable du cycle hydrologique. Une partie des précipitations est absorbée par les sols et contribue à la recharge des nappes, une autre est stockée dans les retenues, tandis que le surplus rejoint la mer lorsque les barrages atteignent leur capacité maximale. « On ne peut pas dimensionner un barrage uniquement sur la base d’épisodes exceptionnels. Nous travaillons sur des volumes régularisés, même si nous réfléchissons à retenir le maximum des eaux superficielles », a-t-il expliqué. La question de l’envasement demeure, par ailleurs, un défi structurel. Le phénomène entraîne une perte estimée à 11 % de la capacité de stockage, soit environ 1,2 milliard de mètres cubes. Abdelatif Azira relativise toutefois son impact immédiat sur la situation actuelle : « Si les barrages ne sont pas remplis à 100 %, ce n’est pas à cause de l’envasement, mais d’abord du déficit de pluviométrie». Depuis 1962, quatre grandes campagnes de dévasement ont été menées à l’échelle nationale, avec des opérations en cours sur plusieurs barrages, dont Hamiz, Bouhanifia et Fergoug. Des actions préventives sont également engagées, notamment le reboisement des bassins versants et le curage des oueds, afin de limiter l’érosion des sols.

Le parc national de barrages en phase d’élargissement

Le parc national compte aujourd’hui 81 barrages et devrait atteindre 87 unités d’ici environ une année. Plusieurs projets sont en phase finale, à l’image du barrage d’Oued Djedra à Souk Ahras, déjà réceptionné et rempli à 100 %, ou encore celui de Lazreg à Khenchela, dont la structure principale est achevée. D’autres ouvrages affichent des taux d’avancement compris entre 80 et 86 %, avec des capacités de stockage allant de 35 à 97 millions de mètres cubes. À terme, cinq nouveaux barrages devraient ajouter environ 260 millions de mètres cubes de capacité supplémentaire.En matière d’affectation des volumes, la priorité reste l’alimentation en eau potable, même si l’irrigation mobilise des quantités importantes. En 2025, près de 952 millions de mètres cubes ont été délivrés pour l’irrigation, contre environ 215 millions pour l’alimentation en eau potable à partir des eaux de barrages. La répartition fait l’objet d’arbitrages au niveau ministériel. « Il existe une commission qui regroupe plusieurs acteurs pour assurer une répartition équitable des quotas entre l’alimentation et l’agriculture », a précisé le directeur général.

Le dessalement, pilier central de la stratégie hydrique à l’horizon 2030

La stratégie nationale repose désormais sur la diversification des ressources. À l’horizon 2030, la feuille de route prévoit une structure d’approvisionnement en eau potable reposant à 60 % sur le dessalement de l’eau de mer, 20 % sur les eaux superficielles des barrages et 20 % sur les eaux souterraines. Le développement des stations de dessalement et du traitement tertiaire des eaux usées doit réduire la pression sur les retenues et contribuer à la reconstitution des stocks. Plusieurs grands transferts hydrauliques sont déjà opérationnels, dont un projet permettant d’acheminer jusqu’à 80 000 m³ par jour vers Béchar, tandis qu’un autre transfert assure environ 30 000 m³ par jour. Un méga-projet de transfert sur près de 750 kilomètres, équipé de plus de 26 forages et de multiples stations de pompage, est également entré en service pour sécuriser l’alimentation de zones sahariennes.

Malgré l’amélioration actuelle, l’ANBT appelle à ne pas relâcher les efforts. « Même si la situation est nettement meilleure que l’an dernier, nous continuons à travailler avec la même pression et la même démarche. Il y aura des quotas supplémentaires, mais la vigilance reste de mise », a affirmé Abdelatif Azira, insistant sur la rationalisation de la consommation et l’introduction de technologies d’économie d’eau. Selon lui, le pays est aujourd’hui « armé et préparé » pour faire face à des épisodes prolongés de sécheresse, grâce à la combinaison des barrages, du dessalement, des transferts et de la réutilisation des eaux usées.

Par Selma Rachid

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