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Céréales ukrainiennes:  «Aucune raison » de prolonger l’accord selon la Russie

La Russie a dit mardi ne voir « aucune raison » de prolonger l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes expirant le 17 juillet prochain. Elle se plaint depuis des mois d’entraves à ses propres livraisons de produits agricoles. Or, si elle met réellement ses menaces à exécution, de nombreux pays d’Afrique seront impactés par une augmentation du prix de ces denrées alimentaires et ne pourraient plus subvenir à leurs besoins, alerte le Programme alimentaire mondial.

 Le doute plane sur la prolongation de l’Initiative de la mer Noire, dont l’échéance est prévue au 17 juillet. Pour rappel, cet accord, signé en juillet 2022 entre la Russie, l’Ukraine, la Turquie et les Nations unies, permet les exportations de céréales ukrainiennes. Il est crucial pour l’approvisionnement alimentaire mondial. Le texte a été renouvelé à plusieurs reprises depuis, dont la dernière fois en mai pour deux mois, à l’issue d’intenses négociations.

Ce lundi, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président ukrainien Volodymyr Zelensky ont appelé à ce qu’il soit prolongé au-delà de la date butoir. Mais la Russie pourrait bloquer cette possibilité.

« Dans ces conditions, il est évident qu’il n’y a aucune raison de poursuivre (l’accord) qui expire le 17 juillet », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué ce mardi 4 juillet.

Déjà la veille, l’envoyé russe aux Nations unies à Genève, Guennadi Gatilov, avait estimé qu’il n’existait aucune raison de prolonger l’accord. Les capitales occidentales bloquent tout progrès concernant la reconnexion de la Banque agricole russe au système bancaire mondial SWIFT, a-t-il déclaré au journal russe Izvestia. « Ce que nous voyons aujourd’hui ne nous donne pas de raisons d’accepter le maintien du statu quo », a-t-il dit.

Des menaces de longue date

La Russie se plaint notamment que son secteur agricole, l’un des plus grands producteurs au monde, soit impacté par les sanctions adoptées par les Occidentaux, qui « bloquent les exportations agricoles russes ». Elle accuse aussi l’Ukraine d’avoir fait exploser début juin un important pipeline reliant la ville russe de Togliatti au port ukrainien d’Odessa qui servait pour l’exportation d’ammoniac et d’engrais. S’il était désactivé depuis le début de l’offensive russe en février 2022, Moscou militait pour sa remise en route, jusqu’à l’explosion.

Enfin, la Russie accuse les Occidentaux d’accaparer les exportations de céréales ukrainiennes destinées à l’Afrique et à l’Asie, transformant l’accord en « une exportation purement commerciale de nourriture ukrainienne vers des pays bien nourris », selon le ministère russe des Affaires étrangères. Selon Moscou, les pays les plus pauvres n’ont reçu que 2,6% du fret agricole envoyé depuis l’Ukraine, contre 81% vers des « pays à revenu élevé et intermédiaire supérieur ».

L’Ukraine accuse de son côté la Russie d’avoir arrêté l’enregistrement des navires ukrainiens depuis le 26 juin, provoquant le blocage de la mise en œuvre de l’accord. Selon le ministre ukrainien des Infrastructures Oleksandre Koubrakov, 29 navires chargés de 1,4 million de tonnes de céréales sont actuellement en attente dans le détroit du Bosphore faute d’inspections.

Un accord vital pour les pays pauvres

L’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février 2022 a vu les ports ukrainiens sur la mer Noire bloqués par des navires de guerre jusqu’à l’accord, signé en juillet 2022, qui a permis le passage de céréales essentielles à l’approvisionnement mondial.

« Si l’initiative de la mer Noire n’est pas renouvelée, l’Afrique de l’Est (sera) très durement touchée. Un certain nombre de pays dépendent du blé ukrainien. Sans ce blé, les prix des denrées alimentaires augmenteraient de manière significative », a averti fin juin Dominique Ferretti, spécialiste des urgences au bureau régional pour l’Afrique du Programme alimentaire mondial (PAM), lors d’une visioconférence depuis Nairobi.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « inquiet » pour l’avenir de l’accord, et Kiev a assuré n’être « pas très optimiste ». Or, sans renouvellement de l’accord, « des ménages ne seront plus en mesure de satisfaire leurs besoins élémentaires », a insisté Dominique Ferretti.

Depuis la signature de l’accord, quelque 32,4 millions de tonnes ont été exportées, selon l’ONU. La moitié des exportations était du maïs, et un plus d’un quart du blé.

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