Conflit au Moyen-Orient : Les marchés énergétiques en ébullition
Le Moyen-Orient concentre environ 31 % de la production mondiale de pétrole et 18 % de celle de gaz naturel. Dans un tel contexte, toute escalade militaire dans la région provoque mécaniquement une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux. Les événements survenus ces derniers jours autour du détroit d’Ormuz en apportent une nouvelle démonstration éclatante. Ce lundi 2 mars 2026, cette fébrilité se traduit par une hausse du baril de Brent qui s’affiche à 80 dollars, tandis que le prix du gaz naturel sur le marché de référence (TTF) grimpe à 46,9 euros le mégawatt heure.

Les prix du pétrole ont bondi de plus de 9 %, poursuivant leur envolée pour la deuxième séance consécutive. Le Brent de la mer du Nord, référence internationale, a brièvement dépassé les 80 dollars le baril, atteignant 82,37 dollars en séance, avant de se stabiliser autour de 79 dollars. Le WTI américain a, lui aussi, grimpé de près de 9 %, s’approchant des 73 dollars le baril. Depuis le début de l’année, le Brent affiche une hausse supérieure à 19 %, traduisant l’intégration rapide d’une prime de risque géopolitique par les investisseurs. Au cœur des tensions, le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole consommé dans le monde, soit près de 20 millions de barils par jour.
Les attaques et contre-attaques entre l’Iran, l’entité sioniste et les États-Unis ont perturbé le trafic maritime, provoquant ainsi un quasi-arrêt des traversées après la flambée des primes d’assurance. Plus de 200 navires, dont des pétroliers et des méthaniers, ont été signalés à l’arrêt ou en attente à l’extérieur du détroit, tandis que plusieurs navires ont subi des dommages.
Le marché du gaz naturel est également en état de choc. Ce lundi, les prix européens ont bondi de plus de 45 %, marquant la plus forte progression en près de quatre ans. Le contrat de référence néerlandais TTF a grimpé à 46,19 euros par mégawattheure après l’annonce par Qatar Energy de l’arrêt total de la production à Ras Laffan, le plus grand complexe d’exportation de GNL au monde, suite à une attaque de drones.

Cette interruption est sans précédent : l’usine de Ras Laffan fournit à elle seule environ un cinquième de l’offre mondiale de GNL. Le blocage est aggravé par une paralysie quasi totale du détroit d’Ormuz, où les pétroliers et méthaniers ont cessé de transiter. La situation est d’autant plus critique que la majorité des assureurs maritimes mondiaux ont annoncé qu’ils cesseraient de couvrir les risques de guerre dans le Golfe Persique dès ce jeudi, ce qui risque de stopper durablement les chargements dans toute la région.
Le choc actuel est comparé par les experts, dont ceux de Bloomberg NEF et de l’Oxford Institute for Energy Studies, à celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine en 2022. En plus de l’arrêt qatari, la fermeture temporaire par l’Entité Sioniste de ses capacités de production, notamment le champ géant Leviathan, force des pays comme l’Égypte à chercher de nouvelles cargaisons de GNL en urgence, accentuant la pression sur une offre mondiale déjà exsangue.
La tension s’étend également au secteur pétrochimique. Des infrastructures portuaires stratégiques aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Oman ont été touchées ou perturbées. Le port de Jebel Ali, qui traite environ 65 % des exportations de polymères des pays du Conseil de coopération du Golfe et près d’un tiers des exportations pétrochimiques régionales, a été affecté par des incidents liés aux frappes. Le port de Shuaiba au Koweït, centre névralgique pour des complexes produisant près de 1,9 million de tonnes d’éthylène par an, a suspendu ses opérations à titre préventif. Ces perturbations font craindre une hausse des prix des matières premières pétrochimiques en Europe et en Asie, où l’approvisionnement dépend largement des flux du Golfe.
Face à cette situation, l’Agence internationale de l’énergie a indiqué être en contact avec les principaux producteurs de la région afin de coordonner, si nécessaire, des libérations de stocks stratégiques. Les pays de l’OCDE disposent en théorie de réserves équivalentes à 90 jours d’importations, mais celles-ci ne pourraient compenser qu’un choc temporaire. Les projections divergent quant à l’évolution des cours. Certains analystes estiment que le Brent pourrait évoluer entre 80 et 90 dollars dans les prochains jours, tandis que d’autres évoquent un scénario à 100 dollars en cas d’interruption prolongée des flux. Les prix du gaz pourraient, eux, doubler voire tripler si la crise s’installe.
Dans ce contexte régional marqué par les risques de perturbations des flux énergétiques, l’Algérie se positionne pour accroître sa présence sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié. Selon la plateforme spécialisée « Attaqa.net », Alger se tient prête à réorienter des cargaisons de GNL vers quatre pays arabes importateurs, à savoir l’Égypte, le Koweït, la Jordanie et le Bahreïn, en cas de besoin urgent.
Les autorités algériennes envisagent de renforcer leurs ventes sur le marché spot afin de tirer parti de la hausse attendue des prix et de la demande en Asie, en Europe et au Moyen-Orient. Des préparatifs opérationnels seraient déjà en cours pour augmenter le rythme de chargement dans les prochains jours, avec la possibilité de rediriger certaines expéditions vers des marchés arabes confrontés à des risques de pénurie. La situation est particulièrement sensible pour l’Égypte et la Jordanie, qui dépendent en partie du gaz en provenance de l’Entité Sioniste.
Malgré un recul des exportations algériennes en janvier 2026, en baisse de 131 000 tonnes sur un mois, soit près de 23 %, les volumes demeurent supérieurs de 51 000 tonnes à ceux enregistrés un an plus tôt. Cette capacité disponible pourrait être mobilisée rapidement si la crise se prolonge.
Par Selma R.
