Énergie, géopolitique et économie mondiale : L’Algérie au cœur des nouvelles recompositions énergétiques
Dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques et par une compétition accrue autour des ressources énergétiques, l’énergie s’impose plus que jamais comme un levier central de puissance économique et d’influence stratégique pour les États. La transition énergétique mondiale, la sécurisation des approvisionnements et la recomposition des alliances internationales redessinent progressivement la carte énergétique globale. Dans ce paysage en mutation, l’Algérie apparaît comme un acteur stratégique capable de jouer un rôle déterminant, notamment grâce à ses ressources gazières et à ses projets d’infrastructures énergétiques d’envergure continentale.
Ces questions ont été largement débattues lors d’une émission de l radio nationale, consacrée aux enjeux géopolitiques et économiques de l’énergie. Plusieurs experts, dont l’analyste en stratégie énergétique Mourad Preure, l’expert en énergie, Baghdad Mendouche, expert en énergie, ex-PDG d’une filiale de Sonatrach et Boukhalfa Yaïci, DG de Green Energy Cluster Algeria, ont analysé l’impact des tensions internationales sur les marchés énergétiques et les opportunités économiques qui pourraient en découler pour l’Algérie.
Selon les experts invités, l’économie mondiale traverse actuellement une période d’incertitude profonde. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, menacent l’équilibre fragile des marchés pétroliers et gaziers. Les frappes militaires dans la région du Golfe, en particulier contre l’Iran, ravivent les inquiétudes concernant la stabilité des approvisionnements énergétiques.
Le détroit d’Ormuz constitue à cet égard un point névralgique du commerce mondial de l’énergie. Environ 20 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit près d’un tiers du commerce maritime mondial de brut. Toute perturbation dans cette zone stratégique pourrait provoquer une flambée des prix et affecter directement l’économie mondiale.
Les experts rappellent que même en situation d’offre relativement abondante, les marchés pétroliers restent extrêmement sensibles aux risques géopolitiques. Une escalade militaire ou une fermeture partielle du détroit pourrait faire bondir les prix du baril bien au-delà des seuils actuels, certains scénarios évoquant même des niveaux dépassant les 150 dollars. Une telle hausse aurait des répercussions directes sur l’ensemble des économies mondiales, notamment en raison de l’impact du pétrole sur les coûts de production industrielle, les transports et l’inflation globale.
Au-delà du pétrole, le gaz naturel s’impose comme une ressource énergétique clé dans la transition énergétique mondiale. Les prévisions indiquent une croissance continue de la demande mondiale de gaz jusqu’à l’horizon 2050.
Les experts citent notamment les analyses du Gas Exporting Countries Forum, selon lesquelles la consommation mondiale de gaz pourrait augmenter en moyenne de 2 % par an dans les prochaines décennies. Cette dynamique est notamment portée par les besoins croissants des économies asiatiques, mais également par la volonté de nombreux pays européens de réduire leur dépendance au charbon et au pétrole. Dans ce contexte, la volatilité des marchés énergétiques crée à la fois des risques et des opportunités pour les pays producteurs d’hydrocarbures situés en dehors des zones de conflit.
Pour l’Algérie, cette conjoncture internationale pourrait représenter une opportunité économique majeure. En tant que producteur de pétrole et surtout de gaz naturel, le pays bénéficie directement de la hausse des prix sur les marchés internationaux. L’augmentation du prix du baril et celle du gaz se traduisent en effet par des recettes supplémentaires pour l’économie nationale, renforçant les capacités d’investissement de l’État dans les infrastructures, l’industrie et les programmes de diversification économique.
Mais au-delà de l’effet conjoncturel lié aux prix, l’Algérie mise surtout sur des projets structurants capables de renforcer durablement son rôle dans le système énergétique mondial. Parmi ces projets, le gazoduc transsaharien occupe une place centrale. Ce projet d’envergure vise à relier les importantes réserves gazières du Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie. Long de plus de 4000 kilomètres, ce pipeline pourrait transporter jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers les marchés européens. Il représente ainsi un projet stratégique pour la sécurité énergétique de l’Europe, mais également un levier majeur de développement économique pour les pays concernés.
Pour l’Algérie, ce projet permettrait de consolider sa position de hub énergétique régional reliant l’Afrique à l’Europe. La construction et l’exploitation de cette infrastructure généreraient en effet des milliers d’emplois, encourageraient la création de PME locales et favoriseraient l’accès à l’énergie dans plusieurs régions encore peu électrifiées.
Par ailleurs, ce projet pourrait contribuer à stabiliser économiquement certaines zones du Sahel en favorisant l’intégration économique régionale et en attirant des investissements dans les infrastructures.
Par Reda Hadi
