30/07/2026
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Chronique Eco ————————————————————————- La réindustrialisation de l’Afrique a t-elle commencé ?  L’Afrique nouvelle usine du Monde

Et si votre prochaine batterie, vos vêtements et chaussures, votre voiture ou votre téléphonie venaient d’Afrique ? Est-il fini le temps de l’exportation des matières premières brutes. En 2025, des usines sortent de terre d’Alger à Johannesburg, d’Addis-Abeba  à Lagos en passant par Kigali.     

L’Égypte devient la plateforme industrielle pour l’Europe et le Moyen-Orient. Le Nigeria et le Kenya montent des chaînes agro et tech. Le Rwanda mise sur le pharma et la tech. L’Afrique du Sud et la Tanzanie transforment leurs minerais sur place.  

Cette évolution est corroborée par l’accueil des IDE (28% d’Investissements Directs Étrangers  en Afrique en 2025). Les IDE dans l’énergie solaire se concrétisent ; près de 40% des nouveaux investissements dans les ENR se font en Afrique. Mais, surtout ce sont des usines qui quittent la Chine, devenue moins compétitive, pour les industries manufacturières de base.  L’Afrique ne veut plus être le sous-sol du monde. Elle veut devenir son “atelier”. Un pari risqué. Les expériences d’IDE massifs dans certains pays en Afrique et en Asie ont laissé parfois un endettement pour le pays et un cimetière de ferraille. Mais beaucoup de succès aussi dans d’autres expériences. La ZLECAF a joué un rôle même si tous les mécanismes ne sont pas encore mis en œuvre. Ella a été le principal moteur de cette dynamique, grâce à 1,4 milliard de consommateurs et des droits de douane réduits de 90%. Une usine au Rwanda peut vendre au Ghana sans taxe. Une usine en Égypte peut viser l’Afrique de l’Est. Pour la première fois, le marché intérieur africain compte. En 2025, les échanges interafricains ont atteint pour la première fois le niveau de 14%.

Les leviers de croissance sont encore articulés aux ressources naturelles, l’énergie et les minerais locaux ; mais les pays exigent une valorisation locale. Le potentiel Solaire au Maghreb et au Sahel est immense. Le Lithium au Zimbabwe, le cobalt en RDC, le nickel en Tanzanie. Les batteries en RDC, l’acier en Afrique du Sud et en Algérie, les engrais au Nigeria. En Algérie, le choix est plutôt tourné principalement vers l’investissement national (public et privé) avec des options d’IDE dans certaines branches (énergie, agroalimentaire, sidérurgie, …).  

La délocalisation des usines vers l’Afrique est une réalité aussi. En Chine les salaires ont doublé en10 ans, les coûts logistiques ont grimpé parfois de 200% en raison des problèmes géopolitiques, la traversée vers l’Europe et les USA prend plusieurs mois. La Chine, après ses succès dans la manufacture déplace sa stratégie vers les industries technologiques. Elle même déplace ses usines vers l’Afrique, l’Éthiopie et l’Égypte en sont les principaux bénéficiaires. L’Afrique de l’Est, en particulier l’Éthiopie, attire le textile. L’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc prennent l’automobile et l’électroménager. L’Égypte est le leader africain dans l’accueil des IDE, y compris ceux venant de Chine (dans les aciers spéciaux), L’Éthiopie, le Kenya et le Rwanda prennent la tech et le pharma.

Les politiques récentes d’industrialisation des pays africains n’ont pas suivi le même modèle. Certaines ont privilégié le modèle autocentré et souverain (Algérie, Nigéria), d’autres ont une préférence et une priorité affichées pour les IDE et d’autres avec des variantes : capital national, IDE et Zones franches ou ZES (Zones Économiques Spéciales).  Certains pays exigent une participation du capital national dans les nouvelles sociétés étrangères à au moins 30% du capital (Rwanda). En matière d’IDE, l’Afrique absorbe 28% du volume global avec un total de 70 Mds de $ en 2025. L’Égypte se classe au premier rang des pays d’accueil en Afrique avec 11 Mds de $, suivi du Mozambique, 6 Mds $, de l’Éthiopie 4 Mds $, de l’Ouganda 3.3 Mds $, Cote d’Ivoire 3.1 Mds $, RDC 2.9 Mds $ (source CNUCED, 2026).  L’Algérie et le Nigéria, deux géants africains ne récoltent respectivement que 1.2 et 1.1 Mds de $. Les avantages et les inconvénients des expériences de développement industriel par les IDE ont fait l’objet de plusieurs évaluations qui restent très contrastées.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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