13/08/2026
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CHRONIQUE ECO/ GRANDEUR ET DECADENCE DE L’OCCIDENT : VERS UN MONDE MUTIPOLAIRE

Pendant plus cinq siècles, l’occident a dominé le monde, colonisé des continents entiers, spolié les richesses naturelles, voire même exterminer des populations et des civilisations. Pendant cette même période, il a produit des révolutions industrielles et agricoles, des avancées technologiques considérables dans tous les domaines. Il a produit aussi des révolutions dans les domaines des systèmes politiques, dans la vie des sociétés et un développement économique prodigieux, mais non sans conséquences au plan sociétal, environnemental et de l’injustice sociale y compris en son sein.

La “Mondialisation” aura été la dernière manifestation de la violence de l’Occident ; aujourd’hui, elle est arrivée à sa phase ultime. De nouveaux acteurs ont émergé mais ils sont loin de constituer un bloc uni. Les concepts comme “Sud Global” “Groupe des 77” autres acronymes sont creux et ne renvoient pas à des catégories d’acteurs homogènes et actifs. La supériorité de l’Occident, encore visible, est dans sa capacité à produire des références culturelles qui créent des liens forts même entre des systèmes différents au plan économique et politique. L’Occident est d’abord défini par son référent culturel plus que par sa puissance économique.

La puissance économique de la Chine ne peut avoir ni le pouvoir d’intégration des autres économies et sociétés du Sud ni la possibilité d’offrir un cadre de référence culturel et politique accepté ou acceptable par les autres, les BRICS+ n’est encore qu’un Avatar. Il reste un long chemin à parcourir. Aujourd’hui, c’est au seul plan économique que la bataille peut être gagnée par le Sud.

Depuis la seconde guerre mondiale, l’économie mondiale a tourné autour d’un seul axe : USA- Europe-Japon. Cet axe bouge. Le centre de gravité se déplace vers le Sud. Ce n’est pas un effondrement de l’Occident, c’est un basculement irréversible.  C’est la fin de son monopole. Allons-nous vers un autre monopole ou plutôt vers une construction moins idéologique, moins géographique, moins politique, moins hégémonique ?

BASCULEMENT OU FIN DE MONOPOLE

Le plus parlant reste le PIB. En parité de pouvoir d’achat, les BRICS représentent aujourd’hui 38% du PIB mondial. Le G7 : 29%. En 2000, le G7 pesait encore 47%. L’écart s’est inversé en 25 ans.

Côté commerce, la mutation est tout aussi nette. La Chine est devenue le premier exportateur mondial et le premier partenaire commercial de plus de 120 pays. L’Inde sera la 3ème économie mondiale en 2027 selon le FMI, déclassant l’Allemagne et le Japon. Le Vietnam, le Mexique, l’Indonésie, le Bangladesh tirent la nouvelle mondialisation des chaînes de valeur.

En finance, le signal est encore plus fort. La part du dollar dans les réserves de change mondiales est tombée à 56% en 2024 contre 71% en 2000. Elle suit la même tendance comme moyen de paiement. La Nouvelle Banque de Développement des BRICS et la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures ont décaissé plus de 120 milliards de dollars depuis 2016, sans conditionnalité de type FMI.

Le basculement économique a conduit à la fin du monopole.

LES TROIS RUPTURES GÉOPOLITIQUES

Ce basculement économique s’accompagne de trois ruptures.

Première rupture : la monnaie et les paiements. L’arme des sanctions a produit l’effet inverse de celui recherché. Face aux sanctions américaines en vigueur, la Russie, l’Iran, le Venezuela (avant l’enlèvement de son président) ont déconnecté une partie de leurs échanges du système SWIFT. La Chine, l’Inde, les Émirats, l’Arabie Saoudite règlent désormais pétrole, gaz et céréales en yuans, roupies, dirhams. L’objectif n’est pas de tuer le dollar. L’objectif est de ne plus en dépendre à 100%.

Deuxième rupture : les infrastructures et la dette. Là où l’Occident propose des conférences, la Chine propose des ports, des autoroutes, des câbles. Les Nouvelles Routes de la Soie représentent 1 000 milliards de dollars d’engagements. Résultat : entre 2013 et 2023, le stock d’IDE chinois en Afrique a été multiplié par 4. L’Europe découvre qu’elle doit co-financer avec Pékin, Riyad et Abu Dhabi pour exister.

Troisième rupture : Le récit de « l’unique modèle libéral » a fait son temps, en tout cas il ne fait plus consensus. Pour la majorité du Sud, la priorité n’est pas géopolitique. Elle est alimentaire, énergétique et monétaire. D’où la doctrine du « non-alignement  » : parler à tout le monde pour ne dépendre de personne. La résistance de l’Iran ou plus exactement sa résilience face à l’agression américano-sioniste a entamé sérieusement le mythe de l’invincibilité des USA. Au plan psychologique les peuples du Sud, y compris les élites inféodées au modèle libéral, commencent à croire en leur capacité à s’affranchir de l’Occident. Ce n’est pas rien.

LE SUD GLOBAL : UN ACTEUR, PAS ENCORE UN BLOC HOMOGENE.

Le « Sud Global » n’est pas un ensemble homogène. Il n’existe pas. Il existe des stratégies sur certains sujets conjoncturels.

L’Inde est dans le Quad avec les Etats-Unis et dans les BRICS avec la Chine. L’Arabie Saoudite vend son pétrole en dollars, investit ses pétrodollars aux Etats-Unis et signe des contrats de sécurité avec la Chine. Le Brésil veut des investissements européens dans l’Amazonie et des investissements chinois dans le soja.

L’Afrique, elle, joue la carte des matières premières critiques. Avec 30% des réserves mondiales de minerais stratégiques, le continent devient incontournable pour la transition énergétique. D’où la ruée : Europe, Chine, Etats-Unis, Turquie, Émirats. La ZLECAF, la Zone de Libre-Échange Continentale, est l’outil pour tenter de transformer sur place au lieu d’exporter des matières premières.

QUEL IMPACT POUR L’OCCIDENT                                                                          

L’Occident ne disparaît pas. Il garde trois avantages structurels : l’avance technologique, la profondeur des marchés financiers, la puissance militaire et la R-D et la puissance de ses universités. Mais il perd deux choses essentielles : le pouvoir de fixer seul les règles et l’attractivité de son modèle de croissance par endettement. Mais même dans les niches qu’il conserve, l’Occident est mis sous pression par les économies d’Asie. La Russie est un cas particulier. Ses atouts sont neutralisés par ses vulnérabilités.

Pour les entreprises, les conséquences sont directes. Fini le marché unique mondialisé. Place à un monde de blocs, de normes différentes, de risques de change et de risques politiques. On travaille avec plusieurs monnaies, chacune avec ses risques. Une usine ne peut plus vendre partout le même produit et avec les mêmes normes et certifications. L’approvisionnement devient le facteur clé de succès des entreprises. En effet, les matières premières le gaz, le lithium, le cobalt, le cuivre, les terres rares redeviennent des enjeux de souveraineté et de compétitivité. Les pays producteurs l’ont compris : ils conditionnent l’accès des IDE à la transformation locale. Le modèle indonésien sur le nickel est en train d’être copié pour le cobalt en RDC et le lithium au Zimbabwe.

Nous n’allons pas vers un monde chinois. Nous allons vers un monde multipolaire instable : Etats-Unis, Chine, Union Européenne, Inde, et un Sud Global qui négocie en ordre dispersé mais qui pèse. La fragmentation sera le principal facteur d’impact des relations économiques internationales.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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