L’Algérie, futur hub régional de l’intelligence artificielle ?
Un rapport publié par le New Lines Institute place l’Algérie au premier rang du paysage technologique au Maghreb, estimant qu’elle est la mieux positionnée pour diriger le développement de l’intelligence artificielle en Afrique du Nord. Cette dynamique repose sur une stratégie nationale globale combinant innovation technologique, formation des ressources humaines, développement de partenariats internationaux et renforcement de l’autonomie numérique.
Selon le rapport, l’Algérie ne se limite plus à son rôle de puissance énergétique régionale. Elle ambitionne désormais de construire une véritable indépendance stratégique dans le domaine de l’intelligence artificielle à travers un plan structuré autour de six axes : recherche et innovation, formation des compétences, développement d’applications sectorielles (santé, agriculture, énergie), encouragement de l’investissement, gouvernance des données et mise en place d’un écosystème intégré de l’IA.
Le document met également en avant les capacités académiques du pays, soulignant que plus de 57 000 étudiants sont inscrits dans 74 programmes de master spécialisés répartis dans 52 universités. L’Algérie figure par ailleurs parmi les pays africains les plus actifs en matière de publications scientifiques, avec des chercheurs classés parmi les 2 % les plus influents au niveau mondial. Sur le plan économique, le rapport prévoit une forte croissance du marché de l’intelligence artificielle en Algérie, estimé à 499 millions de dollars en 2025 et pouvant atteindre 1,69 milliard de dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel moyen de 27,7 %. Cette progression serait portée par l’intégration croissante de l’IA dans les secteurs clés de l’économie nationale.
L’étude souligne également les ambitions de modernisation du secteur agricole, qui représente 12,4 % du PIB, ainsi que l’optimisation des industries pétrolières et gazières. L’utilisation de l’agriculture de précision pourrait augmenter la production de 20 à 25 %, tandis que la digitalisation du secteur énergétique permettrait des économies annuelles estimées entre 200 et 300 millions de dollars. Dans le domaine de l’investissement, Algérie Télécom aurait consacré 1,5 milliard de dinars en 2025 au financement de start-ups actives dans l’IA, la cybersécurité et la robotique, dans le cadre d’un programme national de transformation numérique comprenant plus de 500 projets.
Le rapport met également en avant l’objectif national de former 500 000 spécialistes des technologies de l’information et de la communication d’ici 2030, une initiative visant à renforcer les compétences locales et à limiter la fuite des cerveaux.Sur le plan géopolitique, l’Algérie est décrite comme adoptant une stratégie d’équilibre entre plusieurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, la Chine, l’Italie et la France, afin de préserver son autonomie stratégique.
La coopération avec l’Italie dans les domaines des télécommunications et des câbles sous-marins, notamment à travers le projet Medusa, est également mise en avant. Enfin, malgré ces perspectives favorables, le document relève plusieurs défis, notamment les limites des infrastructures numériques, les disparités d’accès à Internet et la nécessité d’améliorer le climat des affaires. L’Algérie est classée 120e au niveau mondial dans l’indice de préparation à l’intelligence artificielle.
Le rapport conclut que l’Algérie dispose d’un potentiel significatif pour devenir un acteur technologique majeur dans la région du Maghreb et du Sahel, grâce à une vision stratégique axée sur l’innovation et la transformation numérique.
Synthèse R E.
