25/06/2026
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Chronique Eco ——————————————————————- L’Iran gagne la guerre économique. Mais pas que ça.

Par Anouar el Andaloussi

Lorsqu’on rentre dans une guerre on ne sait jamais comment elle va se terminer et encore moins de savoir en faveur de qui, même si les rapports de force peuvent mettre sur le papier le vainqueur. La Guerre Iran contre les USA et Israël est totalement disproportionnée du point de vue des puissances en présences et surtout asymétrique. Au plan militaire proprement dit, Américains-Israéliens et Iraniens ont eu des « échanges » de haut niveau : bombardements aériens des infrastructures militaires et civiles iraniens contre missiles à longue portée sur Israël et autres alliés des USA.

Les iraniens ont eu l’initiative d’agir sur le détroit d’Hormuz. En effet, sa fermeture a eu un effet désastreux pour toute l’économie mondiale. 25% de l’énergie mondiale et des quantités énormes de matières premières de première importance pour l’agriculture et l’industrie (azote, urée, engrais…) sont restées confinées dans le golfe arabo-persique. La bataille de Trump pour un pétrole bon marché et une inflation à minima est battue en brèche.  Trump, pris à la gorge, ne lui restait que la négociation. Cette dernière a finalement abouti à la signature d’un Mémorandum d’Entente devant conduire, après 60 jours de négociation, à un Accord final.

C’est sur le plan économique et financier que l’Iran a le plus gagné, c’est-à-dire sur le terrain de prédilection de Trump. Sur au moins trois point (sur 14), les iraniens ont obtenu des bénéfices auxquels ils n’avaient pas peut-être beaucoup espéré, tant l’Amérique est très avare quand il s’agit de l’Argent. D’abord le point 6 annonce que les USA s’engagent avec leurs partenaires régionaux à élaborer un plan estimé, selon certaines sources, à 300 Mds $ destiné à la reconstruction et au développement de la République Islamique d’Iran. Il va sans dire que les pays du Golfe y seront les principaux contributeurs. Ensuite le point 10 du Mémorandum prend acte des USA pour restituer les fonds iraniens gelés soit dans les banques américaines, soit par le système financier dans d’autres pays, dont le Qatar, la Chine, La Corée, et qui s’élèvent selon certaines estimations à presque 100 Mds $. Enfin, le point 11 ordonne au Ministère du Trésor américain à donner des dérogations à l’effet de permettre aux iraniens de vendre librement leur pétrole sur les marchés mondiaux.  Sur le même registre, les USA accordent toutes les licences, dérogations, autorisations nécessaires aux transactions financières relatives à l’exécution des dispositifs précédents. Ainsi, les Iraniens pourront engranger dans 60 jours  plus de 500 Mds $. 

Les Iraniens ont frappé là où ça fait mal, pour les USA et pour le monde, l’économie. La fermeture du détroit a été le coup fatal. Comme quoi la force seule ne suffit pas pour gagner une guerre ; la stratégie et le ciblage des objectifs en face des vulnérabilités de l’ennemi peuvent faire la différence.

Les USA ont toujours considéré deux invariants ou deux constantes non négociables dans leurs relations internationales : la défense d’Israel et le contrôle du pétrole ou plus précisément le contrôle des pétrodollars. L’Iran a eu l’audace de toucher aux deux suite à l’agression qu’il a subie. « America First » est devenue une réalité.

Si cet Accord est conclu, l’Iran aura gagné aussi au plan géopolitique. Le Moyen-Orient ne sera plus comme avant. D’abord, sans les USA, Israël ne pourrait plus exister dans sa forme actuelle raciste, expansionniste et hégémonique. Ensuite, les élites arabes, alliés aux thèses sionistes, seraient éliminées par les peuples de cette région. La rue arabe est majoritairement pro-iranienne.

Cette situation ne laissera pas la Turquie indifférente, il y va de sa sécurité et de sa position dans l’échiquier régional. Elle a commencé à se démarquer d’Israël, car le Leadership de l’Iran dans la région est une véritable menace pour son influence. L’avantage de la Turquie en raison de son appartenance au courant religieux dominant (Sunit, par opposition à l’Iran Shiite, minoritaire) et celui économique (présence réelle dans les pays arabes) suffiraient-ils à lui donner un Leadership sur la région ? Rien n’est moins sûr.  L’Egypte, leader arabe depuis les années 50/60, est totalement neutralisée du jeu géopolitique dans la région arabe.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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