06/08/2026
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Chronique Eco/ Les IDE et le développement industriel : le bon grain et l’ivraie

Nous avons conclu notre dernière chronique par une interrogation sur les évaluations controversées des IDE dans les expériences de développement industriel dans les pays du Sud. En effet, les expériences ne se ressemblent pas dans leurs objectifs, leurs contextes respectifs ou leur insertion dans les politiques nationales de développement. Il est vrai que les IDE apportent plus que l’investissement national tant au plan financier et technologique qu’au plan des marchés extérieurs. En même temps, ils présentent des risques si ces IDE sont extravertis et n’ont pas de relations étroites avec l’industrie locale.

Les points forts des IDE sont généralement liés aux aspects financiers et technologiques. Les IDE viennent avec leurs financements, ce qui est appréciable pour les pays manquants de ressources et d’épargne en devises. Ils peuvent aussi avoir un impact s’ils sont orientés sur les grands projets très capitalistiques comme les ciments, l’énergie, la pétrochimie, les télécoms… L’apport en technologie et compétences techniques et l’autre point fort attribué aux IDE.  La formation des cadres locaux et des sous-traitants aux méthodes modernes de management et aux normes techniques dans les filiales étrangères est très appréciée. On a attribué aux IDE la capacité à trouver des marchés étranger grâce à leur réseau de relations à l’international. Ces marchés sont souvent inaccessibles pour des PME du Sud.

Ces facteurs seront très décisifs pour l’insertion dans les chaines de valeurs mondiales.

Les points négatifs sont aussi nombreux.  Le plus important est la situation de dépendance et d’économies d’enclave.  Le cas extrême est celui de l‘investissement installé qui importe tous les inputs et exporte toute la production. Peu de liens avec le système productif local. Cette situation a été observée depuis très longtemps dans les activités extractives, comme le pétrole et les mines et pour d’autres matières premières. On exporte des matières premières brutes ou peu transformées et donc avec peu de valeur ajoutée locale. La dépendance aux économies étrangères devient critique et l’investissement peut, à tout moment, à l’occasion d’une crise ou de désaccords avec le gouvernement, décider de se retirer et laisser ses installations hors usage par l’effet de désinvestissements ou par la dépendance à l’étranger. Ce sont les conséquences des IDE d’enclave.

Ici aussi, les problèmes financiers, contrairement aux apports financiers au départ, peuvent être considérés comme un point faible. Le rapatriement des dividendes est souvent cité comme une contrainte majeure pour les économies caractérisées par la pénurie de devises. La situation est encore plus grave lorsque ces dividendes sont totalement rapatriés au lieu d’être investis au moins en partie. Les investisseurs internationaux pratiquent l’optimisation fiscale entre leurs filiales à l’étranger et la société-mère. L’optimisation consiste à surfacturer les exportations vers les filiales étrangères (importations pour le pays d’accueil) pour rapatrier des devises et sous-facturer les exportations de la filiale étrangère vers la société-mère ou une autre filiale dans le même pays.

Enfin, les pays d’accueil des IDE peuvent être amenés, sous l’influence du pouvoir de négociation des sociétés étrangères, à concéder plus d’avantages à ces dernières au détriment des PME locales qui vont subir des effets d’éviction sur plusieurs plans (crédit, fiscalité, commerce extérieur, foncier industriel…).

Le problème des activités polluantes est à considérer avec sérieux. Souvent les IDE s’installent dans un pays du Sud pour une raison simple : échapper aux règles et normes environnementales du pays d’origine ou des pays développés. Ce sont encore les activités minières et chimiques qui s’implantent le plus à l’étranger. Ainsi, après quelques années, le pays d’accueil se retrouve avec une déforestation, des sources d’eau polluées, des écosystèmes naturels dégradés etc…

Au final, le vrai problème n’est pas dans l’IDE lui même mais dans les modalités et les conditions de son implantation dans un territoire. Il appartient à l’État et à ses administrations de bien négocier ces conditions et surtout de veiller au respect de leur exécution. Sans stratégie industrielle claire et sans vision prospective sur leurs impacts, aucun IDE n’est bon dans l’absolu. L’écosystème industriel local compte beaucoup quant aux impacts des IDE sur le développement industriel du pays.   Certains pays fixent un niveau de participation du capital local dans le capital de la société à créer ; d’autres fixent un seuil d’utilisation des inputs locaux dans le fonctionnement de la société porteuse d’IDE et d’autres vont jusqu’à exiger un réinvestissement des dividendes pendant une longue période avant d’autoriser le rapatriement vers la société-mère. Lorsque la participation au capital est requise, un Pacte d’actionnaires est généralement établi entre les investisseurs et les conditions de fonctionnement de la société et de sa gouvernance sont insérées dans ledit Pacte.

Il n’y a pas de bons ou de mauvais IDE, ce qui compte c’est la capacité du pays à définir une stratégie industrielle pour les IDE et des modalités précises d’installation. Jusqu’à présent, nous avons des expériences d’installations d’IDE en Afrique mais peu d’évaluations empiriques et documentées de leur pertinence et de leur efficacité.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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