Taille du texte

L’Algérie renforce sa position dans l’industrie mondiale du dessalement d’eau de mer. Sa capacité nationale est ainsi passée de 2,1 millions de m³/jour au début de 2020 à 3,7 millions de m³/jour actuellement. Le dessalement couvre désormais 42 % des besoins nationaux en eau potable, un taux qui dépasse même 70 % dans les grandes villes côtières et du Nord. Grâce à cette progression, l’Algérie figure aujourd’hui dans le Top 5 mondial, tout en étant leader africain et deuxième dans le monde arabe, derrière l’Arabie saoudite, selon Mouloud Hachelef, assistant du PDG de l’Algerian Desalination Company (ADC).

Cette montée en puissance repose notamment sur le Programme complémentaire n°1 (PC1), dont les cinq grandes stations fonctionnent désormais à pleine capacité. Leur production cumulée a dépassé 500 millions de m³, Fouka, Cap Djinet et Cap Blanc ayant chacune franchi le seuil des 100 millions de m³ produits.

« Les cinq stations du PC1 fonctionnent à 100 % de leur capacité », a indiqué Mouloud Hachelef lors de son intervention sur la « Chaîne III » de la radio nationale. Cette dynamique sera bientôt renforcée par le Programme complémentaire n°2 (PC2), qui prévoit la construction de six nouvelles méga-stations, pour une capacité supplémentaire de 1,8 million de m³/jour. La première tranche concerne les stations d’Aïn Ajroud, à Tlemcen, de Sidi Ladjel, à Mostaganem, et de Dahra, à Chlef.

Lancés en novembre 2025, les travaux doivent s’achever dans un délai maximal de 36 mois, avec une mise en service progressive prévue entre 22 et 26 mois. « Nous avons prévu une mise en service progressive pour ne pas attendre l’achèvement total des travaux avant de commencer à injecter de l’eau dans le réseau », a précisé le responsable.

L’objectif est également de faire parvenir l’eau dessalée vers les régions de l’intérieur, sur des distances pouvant atteindre 150 à 200 kilomètres. Les nouvelles stations contribueront ainsi à l’alimentation de Saïda, de Sidi Bel Abbès et du sud de Tlemcen, tandis que la station de Chlef desservira des zones s’étendant jusqu’à Médéa. À l’horizon 2030, la capacité nationale devrait atteindre 5,7 millions de m³/jour, ce qui permettrait de couvrir près de 60 % des besoins en eau potable. Pour Mouloud Hachelef, il s’agit d’« utiliser le dessalement comme un levier pour sécuriser durablement l’alimentation en eau potable, y compris dans les régions de l’intérieur ».

La filière connaît par ailleurs une progression notable en matière de maîtrise technologique : la réalisation, l’exploitation et la maintenance des stations sont désormais assurées à 100 % par des ingénieurs et cadres algériens. Les opérations de maintenance préventive, généralement limitées à trois ou sept jours, sont programmées avec l’ADE en dehors des périodes de forte consommation.

Des arrêts d’urgence peuvent néanmoins être provoqués par une forte turbidité de l’eau, notamment lors d’intempéries ou de phénomènes liés aux algues. « Les arrêts programmés sont préparés à l’avance avec les services de distribution afin de garantir la continuité de l’alimentation et de réduire au maximum leur impact sur les usagers », a expliqué le responsable. Sur le plan financier, plus de 2,4 milliards de dollars ont été mobilisés pour le PC1, et près de 3 milliards pour le PC2.

Chaque chantier peut générer jusqu’à 1 500 à 1 700 emplois durant sa phase de construction, et plus de 100 emplois directs permanents en exploitation. L’intégration industrielle constitue désormais un autre objectif majeur : l’Algérie ambitionne en effet de produire localement davantage d’équipements et de pièces de rechange, dont les membranes d’osmose inverse.

« Nous voulons aller vers davantage d’intégration nationale, notamment dans la fabrication des équipements et des pièces de rechange », a souligné Mouloud Hachelef. Les efforts portent également sur l’efficacité énergétique, avec des récupérateurs affichant des rendements de 40 à 55 %, ainsi que sur l’intégration progressive des énergies renouvelables. Cette expérience commence par ailleurs à susciter l’intérêt à l’étranger.

Des délégations allemandes et saoudiennes ont récemment échangé avec les acteurs algériens de la filière, tandis que plusieurs pays africains, dont la Mauritanie, la Libye et l’Angola, sollicitent désormais l’expertise nationale pour la réalisation et la gestion de grandes stations. « Plusieurs pays africains s’intéressent aujourd’hui à l’expérience algérienne dans le domaine des grandes stations de dessalement », a relevé Mouloud Hachelef.

Le lancement prochain d’une Académie spécialisée devrait enfin renforcer la formation continue des compétences nationales. L’Algérie cherche ainsi à consolider une filière intégrée, allant de la construction à l’exploitation et à la maintenance des stations, avec l’ambition de renforcer progressivement la production locale des équipements.

Par Selma R.

L’auteur

lesenjeuxeco

La rédaction des Enjeux Eco couvre l’actualité économique nationale et internationale.

Tous ses articles →