Accélérer la transformation numérique en Algérie passe désormais par une meilleure évaluation des réalisations, le renforcement de l’interopérabilité des administrations et la transparence sur les capacités technologiques. C’est le principal message du deuxième numéro de l’« Algeria Digital Brief », publié par le Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (CARE) pour la période d’août à octobre 2026. Le think tank formule cinq recommandations destinées à consolider les avancées enregistrées et à mieux les traduire en résultats concrets.
La première recommandation concerne la publication du décret présidentiel relatif au plan d’interopérabilité numérique sécurisée. Annoncé à l’issue du Conseil des ministres du 20 septembre, ce dispositif doit renforcer les échanges de données entre les administrations. CARE préconise donc de préciser, dans ce texte, le calendrier de mise en œuvre, les administrations concernées et les référentiels communs. Le think tank considère également que l’instauration d’une authentification unique (SSO), qui permettrait aux citoyens d’accéder à plusieurs services avec un seul identifiant, constitue un enjeu structurant.
La deuxième recommandation porte sur l’évaluation de la plateforme Dzaïr Digital Services, qui comptait un million d’inscrits au 21 septembre et avait enregistré plus de cinq millions de visiteurs. Pour CARE, ces chiffres renseignent sur l’adhésion des utilisateurs, mais ne permettent pas de mesurer l’efficacité réelle des services proposés. Le rapport recommande par conséquent de publier des indicateurs sur le nombre de démarches effectivement achevées, afin de dépasser les simples statistiques de fréquentation.
La troisième recommandation concerne le développement de l’intelligence artificielle. Malgré les programmes engagés, notamment la réalisation annoncée de deux modèles de langage sur les quatre prévus, le think tank relève l’absence de données publiques sur les capacités techniques mobilisées. Il appelle ainsi à communiquer le nombre de processeurs graphiques (GPU), la puissance de calcul disponible, les budgets consacrés et les caractéristiques techniques des modèles développés. L’objectif est de distinguer les réalisations annoncées des capacités réellement opérationnelles.
La quatrième proposition vise à instaurer un indicateur public du taux d’activité des terminaux de paiement électronique (TPE). Le parc national a atteint 126.115 appareils, mais leur utilisation demeure limitée : selon les calculs de CARE, environ 13 transactions ont été réalisées par terminal et par mois en juillet 2026, contre 15 en janvier. Cette évolution montre que l’augmentation du nombre d’équipements ne garantit pas, à elle seule, une adoption plus large du paiement électronique. Enfin, la cinquième recommandation porte sur la publication d’indicateurs agrégés de cybersécurité. CARE juge nécessaire de disposer de données permettant d’évaluer les résultats de la stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information 2025-2029, d’autant que les informations publiques sur son niveau d’exécution restent limitées.
Ces propositions interviennent dans un contexte marqué par des avancées dans plusieurs domaines. Le nombre d’abonnements à la fibre optique a atteint quatre millions début octobre, contre 2,6 millions à la fin de 2025, et les paiements sur Internet ont totalisé 22,9 millions d’opérations entre janvier et août, pour une valeur de 376,19 milliards de dinars. CARE relève toutefois un décalage entre le développement des infrastructures et leur exploitation effective. Le rapport distingue ainsi quatre niveaux d’avancement des projets : annoncé, engagé, opérationnel et mesuré. Pour le think tank, la prochaine étape consiste donc à dépasser la logique des réalisations pour privilégier l’intégration des systèmes, l’utilisation effective des services et la publication de données permettant d’en mesurer les performances.
Synthèse S. R.



