Récupération et valorisation des peaux de moutons: Une nouvelle vision pour relancer la filière cuir
Comme chaque année à l’occasion de l’Aïd El-Adha, les autorités publiques mobilisent un dispositif national de récupération des peaux de moutons afin de les réintroduire dans le circuit industriel et de soutenir la relance de la filière cuir et textile en Algérie.

L’opération revêt cette année une importance particulière avec l’importation d’un million de têtes de bétail destinées au sacrifice. Les résultats enregistrés ces dernières années sont encourageants : le taux de matières exploitables est passé de 16 % en 2018 à 36 % en 2025, soit près de 365 000 peaux valorisables. Pour 2026, le ministère de l’Industrie ambitionne désormais d’atteindre un taux compris entre 45 et 50 %. Derrière cette opération saisonnière se dessine une ambition économique beaucoup plus large : réduire les importations, créer de la valeur ajoutée locale, développer les exportations et structurer une économie circulaire capable de transformer un déchet longtemps négligé en richesse nationale.
L’enjeu ne réside plus uniquement dans la collecte, mais également dans la préservation de la qualité des peaux afin d’assurer leur transformation industrielle et d’accélérer ainsi la relance de cette filière stratégique. Mokdad Aggoun, chargé d’études et de synthèse au cabinet du ministère de l’Industrie, a souligné que cette démarche s’inscrit pleinement dans les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à porter la contribution du secteur industriel au PIB entre 13 et 15 %. « L’objectif est de construire une véritable souveraineté économique en réduisant la dépendance aux hydrocarbures et aux importations », a-t-il expliqué sur la « Chaîne I » de la Radio nationale.
Dans cette dynamique, la filière cuir et textile apparaît aujourd’hui comme un secteur stratégique à fort potentiel. Selon le responsable, l’Algérie dispose de nombreux atouts pour relancer cette industrie, notamment un important cheptel disponible tout au long de l’année, une demande locale réelle et un savoir-faire historique porté par le groupe public Getex.
Le principal défi réside désormais dans la modernisation de la chaîne de production et l’adaptation des produits aux attentes du marché, en particulier celles des jeunes consommateurs. Pour atteindre ces objectifs, le ministère de l’Industrie a élaboré une feuille de route reposant sur plusieurs axes. Le premier concerne la formation, avec la création envisagée d’un centre d’excellence destiné à former et recycler les professionnels des métiers du cuir, du tannage et du piquage, en partenariat avec le secteur de la formation professionnelle.
«Nous devons reconstruire les compétences techniques qui permettront à cette filière de redevenir compétitive », a indiqué Mokdad Aggoun. Le deuxième axe porte sur la modernisation de l’outil industriel à travers l’intégration des technologies numériques et le renouvellement des équipements de production. Le troisième pilier concerne la stratégie commerciale, avec une ouverture progressive vers le commerce électronique grâce à des conventions entre Getex et des startups algériennes, ainsi que l’organisation de salons dédiés à la mode et au design. Enfin, le quatrième axe vise à renforcer les exportations et les partenariats internationaux, notamment avec des acteurs italiens, afin d’acquérir davantage d’expertise et de technologies.
Un important dispositif logistique mis en place
Pour assurer le succès de cette campagne, un important dispositif logistique et organisationnel a été mis en place. L’opération est pilotée par le ministère de l’Industrie en coordination avec plusieurs départements ministériels, dont l’Intérieur, les Affaires religieuses, l’Environnement, la Santé et l’Agriculture, ainsi qu’avec les associations de quartiers et les Scouts musulmans algériens. Des commissions locales de suivi ont également été installées sous l’autorité des walis.
Le groupe Getex dispose, selon le responsable, de capacités de stockage comprises entre 1,2 et 1,9 million de peaux. Un protocole strict de conservation est appliqué afin d’éviter leur détérioration, notamment grâce au salage immédiat et à l’utilisation de produits de conservation permettant leur stockage pendant plusieurs mois avant transformation. Plus de 38 conventions ont également été conclues entre Getex et les centres d’enfouissement technique afin de récupérer les matières exploitables.
Des projets innovants pour le recyclage et la valorisation des déchets
L’une des principales nouveautés de l’édition 2026 réside dans l’intégration de l’économie circulaire au dispositif. Les peaux non exploitables par l’industrie du cuir ne seront plus systématiquement jetées. En partenariat avec le ministère de l’Économie de la connaissance et des Startups, dix-sept projets innovants ont été retenus afin de recycler ces déchets et de valoriser notamment la laine. Un projet de création d’une unité de lavage de laine à M’Sila est également en préparation pour structurer cette activité, alors que l’Algérie continue d’exporter une partie de sa laine brute tout en important du fil synthétique.
Mokdad Aggoun a également insisté sur le rôle central du citoyen dans la réussite de cette opération. « Nous devons passer de la culture du jet à la culture de la récupération », a-t-il affirmé, estimant que les peaux de moutons ne doivent plus être perçues comme un simple déchet, mais comme une ressource économique capable de générer des emplois, des produits finis et des recettes en devises.
Pour faciliter la participation des citoyens, des applications numériques basées sur la géolocalisation et les QR codes ont été développées afin d’identifier rapidement les points de collecte au niveau des quartiers et des communes. Le dispositif prévoit également l’implication de micro-entreprises locales chargées d’assurer les tournées de récupération directement auprès des habitants.
Par Selma R.
