Les tarifs et les prix de l’énergie, à travers le monde et en Algérie, ont toujours constitué une question complexe et délicate à la fois de part leurs impacts sociaux qu’économiques et financiers et même géopolitiques. En Algérie , pays producteur et exportateur d’énergie sous plusieurs formes( gaz naturel, GNL, pétrole brut, produits raffinés, électricité), la doctrine tarifaire est historiquement fondée sur le paradigme invariant de justice sociale, héritée de la Déclaration du 1er novembre 1954, légitimant ainsi les grands transferts sociaux associés.
La soutenabilité de ces derniers a été souvent masquée par le volume de la rente générée par l’exportation des hydrocarbures. Fortement marquée par le gaspillage énergétique, cette situation a crée et consolidé la propension à reporter la mise en œuvre de cette réforme au moment où le reste du monde s’y est engagée depuis au moins deux décennies. Actuellement ce statu quo est fortement questionné, voire remis en cause par deux facteurs: le premier structurel, le deuxième émergent:
1. Le premier est que cette rente subit, elle-même, des variations à la baisse de forte amplitude lors des crises récurrentes des prix internationaux. Ce qui entraîne de fortes tensions budgétaires dues au volume des subventions qui, quant à lui, est toujours en augmentation,
2. Le deuxième est que les réserves et les productions d’hydrocarbures conventionnels vont diminuer tendanciellement à moyen et long terme. Cette baisse tendancielle implique la rationalisation de la consommation nationale, alors que les systèmes tarifaires en vigueur engendrent des volumes de gaspillages et des fuites aux frontières inévitables, incompressibles et en hausse constante. De plus la persistance de ces systèmes tarifaires, déconnectés des coûts de production et des fortes fluctuations des prix internationaux, aggravent l’asymétrie avec la plupart des modèles énergétiques du reste du monde.
Cette communication a pour objet de clarifier les conditions et le contenu d’une prise en charge des systèmes tarifaires nationaux qui soit complète, systématique mais progressive, à l’aune des premiers signaux positifs déjà émis par l’Algerie, notamment en 2024, et des expériences internationales.
Nous examinerons ainsi dans une première partie les éléments de complexité et de difficulté récurrentes dans la gestion de ce dossier, prise en étau entre la nécessité de l’accessibilité sociale et l’obligation de la soutenabilité à long terme. Dans une deuxième partie nous passerons en revue les expériences de réformes tarifaires à travers le monde, y compris celles de certains pays grands exportateurs d’hydrocarbures pour en tirer des enseignements . Enfin dans une troisième partie nous allons essayer d’identifier quelques éléments d’une stratégie de réforme tarifaire en Algérie, en partant de la singularité algérienne mais aussi des expériences internationales .
1. La singularité algérienne à l’épreuve des faits: la difficulté récurrente de gérer le dilemme entre accessibilité et soutenabilité
En Algérie, la politique tarifaire de l’énergie repose historiquement sur les éléments de paradigme suivant :
Cett stratégie engagée depuis l’indépendance a incontestablement soutenu et accompagné le développement economique et social du pays mais a atteint ses limites de soutenabilité repérable par les caractéristiques ci-dessous :
La difficulté de produire des systèmes tarifaires adéquats réside dans la nécessité, à la fois , de prendre en en charge les besoins sociaux légitimes tout en évitant de transferts indues, implicites ou explicites de rentes. L’ampleur du gap entre l’Algerie et le reste du monde en matière des prix et des tarifs énergétiques est facilement lisible dans les données ci-dessous :
Comparaison prix internes / internationaux en 2023 (obtenues par IA en sources croisées : rapports annuels de la CREG, Sonelgaz, ):
# Gaz domestique : ~0,4 DA/kWh en Algérie vs ~6 DA/kWh en moyenne OCDE.
# Électricité : ~4 DA/kWh pour les ménages algériens vs > 20 DA/kWh dans l’UE.
# Carburants : Essence à 45 DA/litre vs 170 à 250 DA/litre dans la région MENA
L’exercice de la réforme tarifaire impliquera d’abord de bien distinguer et de pouvoir mesurer les deux variables suivantes :
Cette aspect de la question, malgré, d’une part, la baisse tendancielle des réserves conventionnelles d’hydrocarbures et, d’autre part, l’augmentation des consommations des ménages et des activités que le processus d’émergence et de diversification économique va accelerer , est certes affichée mais encore insuffisamment mesurée et prise en charge en Algérie.
Les pays industrialisés ont déjà , pour la plupart :
En Europe par exemple , le marché de l’électricité et du gaz est largement libéralisé. Le prix suit les coûts marginaux (souvent les centrales à gaz), mais si des aides insuffisantes sont versées aux ménages fragiles pour tenter d’amortir les hausses.
S’agissant des expériences internationales des pays exportateurs d’hydrocarbures et émergents. En effet des pays comme l’Iran, l’Indonésie, l’Arabie Saoudite,ou bien l’Egypte ont déjà engagé avec des succès relatifs des réformes tarifaires en matière de tarification énergétiques que ce soit par des mécanismes de ciblages des couches sociales ou activités identifiées comme stratégiques ou prioritaires devant bénéficier d’un soutien financier généralement d’origine budgétaire.
Égypte
• Suppression progressive des subventions (2014–2020),
. Tarification par tranches.
• Compensation ciblée via cartes d’approvisionnement alimentaire.
Indonésie
• Réduction massive des subventions carburants dès 2015.
• Introduction d’un prix flottant basé sur le marché mondial.
•Transferts monétaires directs ciblés.
Iran
• Targeted Subsidy Plan (2010).
• Augmentation des prix.
• Compensation universelle via versements mensuels à la population.
Arabie Saoudite
• Tarification progressive (post-2016).
• « Citizen Account Program » pour soutien aux ménages.
• Conditions spécifiques pour les industries énergivores.
Enseignements principaux :
• Nécessité d’un Phasage des réformes.
• Construction d’un Ciblage social précis et approprié
•. Communication publique transparente.
. Gouvernance forte et indépendante.
3.1 La difficulté de l’exercice et la position du problème
Comment fixer les prix de l’énergie en tenant compte à la fois des impératifs économiques et financiers (compétitivité et attractivité des investissements, équilibre budgétaire), des contraintes sociales (accessibilité pour les ménages) et l’assèchement des dynamiques de rente installées(subventions, redistribution implicite, effets d’aubaine captés par les IDE et les investissements locaux à forte intensité énergétique). Cela nécessite une observation mesurable et permanente des tendances passées et des scénarios avec les changements tarifaires projetés.
• Le transfert de rente non productif, lorsqu’un prix trop bas bénéficie à des catégories non prioritaires (classes supérieures et moyennes ou entreprises énergivores), freine l’investissement, aggrave les tensions budgétaires et crée des rentes indûment captées par des intérêts particuliers.
.
• Il faudra sortir du risque de cercle vicieux : plus les prix sont bas, plus la consommation augmente, plus la pression sur les ressources s’accroît, et plus il est difficile de réformer.
• Les tentatives de réforme tarifaire (alignement progressif des prix sur les coûts, ciblage des aides) sont souvent bloquées par des considérations politiques ou sociales.
Les objectifs de la réforme tarifaire
Schéma de gouvernance tarifaire
Compte tenu à la fois de la nécessité et de la complexité de la réforme tarifaire de l’energie, le schéma de gouvernance tarifaire devra être assis à la fois sur un dialogue social permanent et la disponibilité d’instruments statistiques fiables que facilitera la digitalisation en cours du pays . Dans ce cadre les conditions de réussite de la réforme tarifaire nécessitent que toutes les institutions y contribuent de façon active:
Recommandations stratégiques
Conclusion et perspectives
La réforme des politiques tarifaires déjà engagée, mais insuffisamment mise en oeuvre, devra être consolidée et développée selon une démarche prudente, progressive mais déterminée par les actions suivantes:
(*) Expert en énergie.
Huawei Algérie poursuit son engagement en faveur du développement des jeunes talents, en participant à…
Les 78 guichets uniques de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), déployés à travers le…
Le secteur des mines s’engage à accélérer la valorisation des ressources naturelles nationales en 2027,…
Les crédits alloués au secteur de la solidarité nationale devraient connaître une nouvelle hausse en…
Une session de formation au profit de 50 jeunes a été lancée, dimanche à l’Institut…
Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, dimanche, le ministre tunisien des…