En fixant le cap de 8 millions de visiteurs à l’horizon 2028 : L’Algérie accélère son développement touristique
Alors que près de quatre millions de touristes sont attendus à la fin de l’année en cours, l’Algérie affiche désormais une ambition clairement assumée : faire du tourisme un pilier à part entière de la diversification économique et porter le nombre de visiteurs à huit millions à l’horizon 2028. Cette trajectoire volontariste s’inscrit dans une stratégie nationale structurée, adossée à des investissements publics conséquents, à un effort soutenu de modernisation des infrastructures et à une montée en gamme progressive de l’offre touristique.

À l’horizon 2028, l’enjeu dépasse largement le simple chiffre des visiteurs. Il s’agit, pour les pouvoirs publics, de bâtir une industrie touristique durable, créatrice de valeur ajoutée, d’emplois et de cohésion territoriale, capable de positionner l’Algérie comme une destination à part entière, plurielle et compétitive sur les plans régional et international. Intervenant lors du Forum de la radio nationale, la ministre du Tourisme et des Métiers de l’artisanat, Houria Meddahi, a rappelé que le secteur figure désormais parmi les priorités de l’État, en cohérence avec la vision du président de la République visant la construction d’une économie diversifiée, génératrice de richesse et d’emplois durables.
« Le tourisme et l’artisanat font partie des secteurs auxquels l’État accorde une importance stratégique dans le cadre de la nouvelle vision économique du pays », a-t-elle souligné, insistant sur le rôle du tourisme comme alternative crédible aux hydrocarbures.
Pour concrétiser cette ambition, le département ministériel a élaboré une stratégie couvrant la période 2024-2030, axée à la fois sur le développement du tourisme interne et le renforcement du tourisme réceptif. L’objectif est double : permettre aux familles algériennes de passer leurs vacances à l’intérieur du pays, dans des conditions adaptées à leur pouvoir d’achat, tout en positionnant l’Algérie comme une destination compétitive sur les marchés internationaux.

À ce titre, la ministre a mis en avant la richesse exceptionnelle du potentiel touristique national. L’Algérie dispose d’un littoral de plus de 1 200 kilomètres, de chaînes montagneuses propices au tourisme de nature, d’un patrimoine culturel et archéologique d’envergure mondiale, ainsi que d’un Sahara considéré parmi les meilleures destinations désertiques au monde. « L’Algérie est classée deuxième au monde après Rome en matière de sites romains, ce qui constitue un atout majeur pour le développement du tourisme culturel », a rappelé Houria Meddahi, citant notamment Tipasa, Timgad, Djemila et Tébessa. La dynamique est particulièrement perceptible dans le tourisme saharien, dont la saison s’étend d’octobre à début avril. Ces dernières années, les wilayas du Sud connaissent une fréquentation en constante progression, aussi bien de la part des touristes étrangers que des visiteurs nationaux.
« Nous avons constaté un engouement remarquable des familles algériennes pour le tourisme saharien, ce qui était beaucoup moins le cas auparavant », a relevé la ministre, évoquant l’attrait exercé par des destinations comme Timimoun, Djanet, Tamanrasset ou El Oued, portées par la richesse de leur patrimoine naturel et culturel.
15,5 milliards de dinars destinée à l’aménagement des ZET
Cette dynamique repose également sur un effort soutenu en matière d’investissement. Pour l’année 2026, l’État a mobilisé une enveloppe de 15,5 milliards de dinars destinée à l’aménagement des zones d’expansion touristique. Plus de 350 lots fonciers ont déjà été réalisés, dont 240 lots aménagés intégrés à la plateforme numérique de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, afin d’être attribués aux porteurs de projets dans un cadre de transparence.
« Le foncier touristique est désormais accordé dans le cadre du nouveau dispositif juridique de l’investissement, avec un accompagnement permanent des investisseurs », a précisé la ministre. Le renforcement de la capacité d’hébergement constitue un autre levier central de cette stratégie. La réception de 65 nouveaux projets touristiques à travers le pays a permis de porter la capacité nationale de 138 000 lits à la fin de l’année 2024 à près de 147 000 lits actuellement.
Cette progression devrait se poursuivre pour atteindre 220 000 lits d’ici 2028, une condition essentielle pour accueillir le volume de touristes visé. Selon Mme Meddahi, « l’augmentation du nombre de lits permet non seulement d’améliorer l’accueil, mais aussi de créer une concurrence saine qui contribue à la baisse des prix au profit des familles ». L’impact économique du secteur est déjà tangible. Les nouvelles structures hôtelières ont généré près de 39 000 emplois permanents, auxquels s’ajoutent des milliers d’emplois saisonniers, notamment dans le tourisme saharien et balnéaire.
« Chaque projet touristique est un moteur de développement local, créateur d’emplois directs et indirects », a insisté la ministre, soulignant le rôle du secteur dans la réduction des disparités territoriales. L’ambition de doubler le nombre de visiteurs repose également sur la diversification de l’offre, avec un accent particulier sur le tourisme familial, le tourisme thermal et de bien-être, ainsi que le tourisme écologique. L’Algérie compte 282 sources thermales, dont la valorisation progresse à travers plusieurs projets en cours, tandis que des orientations claires ont été données pour promouvoir des hébergements respectueux de l’environnement, notamment dans les régions sahariennes.
Enfin, la promotion internationale et l’ouverture sur le marché africain constituent un axe stratégique majeur. Dans ce contexte, la distinction décernée à Oran comme meilleure destination touristique africaine montante pour 2025 vient conforter la stratégie nationale. « Cette reconnaissance est une fierté pour l’Algérie et confirme le potentiel réel de nos destinations sur la scène internationale », a conclu Houria Meddahi.
Par Adem A.
