Face à l’asphyxie du détroit d’Ormuz : L’Europe se tourne vers l’Algérie
La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à l’escalade militaire déclenchée fin février 2026 au Moyen-Orient, fait planer une menace sans précédent sur l’approvisionnement énergétique mondial. Véritable artère vitale du commerce des hydrocarbures, ce passage stratégique, par lequel transitaient quotidiennement des centaines de navires, se retrouve aujourd’hui paralysé, plongeant les marchés dans une incertitude extrême et propulsant les prix du pétrole et du gaz à des niveaux records.

Dans ce contexte de tensions aiguës, l’Europe se retrouve en première ligne. Déjà fragilisée par la baisse de ses stocks gaziers et la volatilité des marchés, elle doit désormais faire face à un risque réel d’asphyxie énergétique à l’approche de l’hiver. La situation s’est aggravée avec les frappes ayant touché des infrastructures clés, notamment à Ras Laffan, réduisant significativement les capacités d’exportation du Qatar, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de gaz naturel liquéfié. Face à cette équation complexe, une alternative s’impose avec de plus en plus d’évidence : Algérie. Forte de sa proximité géographique avec le Vieux Continent et de ses infrastructures d’exportation sécurisées, la puissance énergétique nord-africaine s’affirme comme un partenaire stratégique incontournable. Dans un entretien accordé à Euronews, l’expert en énergie Hashem Akl qualifie d’ailleurs l’Algérie de véritable « soupape de sécurité » pour l’Europe, tout en soulignant les limites de sa capacité à compenser intégralement les pertes du gaz qatari.
L’importance de l’Algérie dans le mix énergétique européen ne cesse de croître depuis la crise russo-ukrainienne de 2022. En 2025, elle a fourni entre 39 et 40 milliards de mètres cubes de gaz à l’Union européenne, soit près de 14 % des importations totales. Une grande partie de ces volumes transite par des gazoducs reliant directement les deux rives de la Méditerranée, à l’image du Transmed vers l’Italie et du Medgaz vers l’Espagne, garantissant des livraisons plus sûres et moins exposées aux aléas géopolitiques que le transport maritime.
Cet avantage structurel prend aujourd’hui toute son importance. Alors que des centaines de méthaniers et de pétroliers restent bloqués dans l’attente d’un hypothétique passage dans le détroit d’Ormuz, les flux algériens continuent d’alimenter régulièrement les marchés européens. Mieux encore, les exportations par gazoducs ont enregistré une hausse notable de 22 % dès janvier 2026, confirmant la capacité de réaction rapide d’Alger face aux tensions internationales.
Pour autant, cette montée en puissance se heurte à des contraintes bien réelles. Les capacités de production nationales approchent de leur seuil maximal, tandis que la demande intérieure progresse à un rythme soutenu. À cela s’ajoute le déclin naturel de certains gisements historiques, malgré la mise en exploitation de nouveaux champs. Dans ces conditions, l’augmentation des exportations algériennes reste limitée : selon les estimations, elle pourrait atteindre entre 4 et 8 milliards de mètres cubes supplémentaires en 2026, un volume insuffisant pour compenser totalement le déficit laissé par le Qatar.
Cette réalité n’empêche pas l’Europe de renforcer ses liens avec Alger. Des négociations sont en cours avec plusieurs pays, notamment l’Espagne et l’Italie, pour accroître les capacités d’acheminement via les infrastructures existantes. Dans le même temps, le continent diversifie ses sources en se tournant vers les États-Unis, la Norvège ou encore l’Azerbaïdjan, dans une stratégie globale de sécurisation des approvisionnements.
En outre, cette crise marque un tournant durable dans les relations énergétiques euro-méditerranéennes. L’Algérie, déjà acteur clé du gaz naturel, voit son rôle renforcé dans un contexte où la fiabilité des partenaires devient un critère déterminant. À plus long terme, ce positionnement pourrait s’étendre aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert, domaines dans lesquels le pays dispose d’un potentiel considérable.
Par S. R.
