La transition énergétique représente pour l’Algérie bien plus qu’un impératif climatique. Elle constitue une opportunité de mobilisation de capitaux, de développement industriel et de création de nouvelles chaînes de valeur.
De notre envoyé spécial à Oran Zahir R.
C’est le constat mis en avant, mercredi en marge du NAPEC 2026, par Amel Mares, ingénieure en études et statistiques chez Sonatrach, lors d’une intervention consacrée au rôle de la finance climat, des marchés du carbone et de l’innovation dans l’accélération des solutions bas-carbone.
En effet, l’enjeu consiste désormais à transformer les ambitions climatiques en projets susceptibles d’attirer les investissements et de générer de la valeur économique. Pour l’intervenante, la finance climat, les marchés du carbone et les crédits carbone doivent ainsi être considérés comme des instruments permettant de réduire les risques, de rendre les projets bancables et de mobiliser davantage de capitaux privés.
Constituer un portefeuille de projets bancables
Amel Mares souligne que l’un des principaux défis réside dans la préparation des projets. «Les investisseurs ne financent pas des intentions ; ils financent des projets dotés d’un modèle économique clair, d’une réglementation prévisible, de données crédibles et de flux de revenus visibles », a-t-elle insisté, appelant à la constitution rapide d’un portefeuille national de projets prêts à l’investissement (investment-ready pipeline).
L’objectif doit donc être de constituer un véritable portefeuille de projets prêts à l’investissement, plutôt qu’une simple liste d’initiatives. Cette préparation constitue, selon elle, le lien indispensable entre les priorités climatiques et la mobilisation effective des financements.
La finance climat peut, dans ce cadre, jouer un rôle de catalyseur. L’assistance technique permet de transformer une idée en projet bancable, tandis que la finance concessionnelle et les mécanismes de financement mixte peuvent contribuer à réduire les risques liés aux technologies émergentes et à attirer les investisseurs privés.
L’autre levier identifié concerne les marchés du carbone. Ceux-ci permettent de donner une valeur économique aux réductions d’émissions et peuvent contribuer au financement de projets verts ou à faibles émissions.
Dans ce domaine, l’Article 6 de l’Accord de Paris constitue, selon Amel Mares, une opportunité de coopération internationale pour les économies en développement. Pour l’Algérie, cette perspective revêt une importance particulière puisque sa Contribution déterminée au niveau national (CDN) prévoit le recours à des approches de coopération volontaire au titre de cet article afin de contribuer au financement de ses engagements climatiques.
L’Algérie dispose d’atouts importants
En matière de transition énergétique, l’Algérie dispose de plusieurs atouts, notamment ses ressources énergétiques, son potentiel solaire, ses infrastructures et ses capacités industrielles. Pour Amel Mares, l’enjeu stratégique consiste surtout à transformer ces atouts en davantage de valeur économique.
Cela passe notamment par une meilleure connexion entre les énergies renouvelables et les chaînes de valeur industrielles, entre la décarbonation et la compétitivité, ainsi qu’entre les projets de transition et les sources de financement.
Le pays s’est fixé un objectif de 15 GW de capacités d’énergies renouvelables à l’horizon 2035, avec une place prépondérante accordée au solaire photovoltaïque. Parallèlement, des efforts sont engagés dans l’efficacité énergétique, la mobilité propre, la modernisation industrielle, ainsi que dans la réduction des émissions de méthane et du torchage.
Un marché national volontaire du carbone
Parmi les initiatives citées figure le lancement d’un marché national volontaire du carbone, dans le cadre d’un programme mené en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Fonds pour l’environnement mondial.
Amel Mares a également évoqué un protocole signé par Sonatrach avec la Direction générale des forêts portant sur plusieurs centaines de milliers d’hectares en vue de générer des crédits carbone. Un projet pilote portant sur 420 millions d’arbres est également prévu pour cette période. Dans le secteur des hydrocarbures, des efforts sont parallèlement déployés pour réduire les émissions polluantes, notamment le torchage du gaz, ainsi que pour établir l’empreinte carbone des produits exportés, en particulier ceux destinés au marché européen.
La CDN constitue, selon l’intervenante, un élément central pour transformer les ambitions climatiques en architecture d’investissement. La CDN actuelle prévoit une réduction inconditionnelle de 4 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport à un scénario de référence. Avec un soutien international additionnel adéquat, cette ambition pourrait atteindre 31 %.
Pour accompagner cette trajectoire, l’Algérie estime ses besoins de financement à environ 25 milliards de dollars sur la période 2026-2035. Selon la répartition présentée par Amel Mares, 19,84 milliards de dollars seraient associés aux énergies renouvelables et à la décarbonation de l’électricité, 7,9 milliards de dollars à l’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel et 3,7 milliards de dollars aux transports.
Ces montants traduisent, selon elle, des besoins d’investissement dans des secteurs économiques concrets et non de simples objectifs climatiques. L’enjeu pour les prochaines années sera ainsi de passer de l’ambition à l’exécution, à travers le renforcement de la gouvernance, des systèmes MRV, la préparation des projets, la réduction des risques et la mobilisation des capitaux. En conclusion, la vision portée par Sonatrach et exposée lors de cette intervention positionne la transition énergétique non pas comme une contrainte environnementale, mais comme le levier d’une nouvelle souveraineté industrielle.
Z R



