03/04/2026
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Gaz et hydrogène: L’Algérie renforce sa place dans la stratégie énergétique européenne

Les dynamiques énergétiques entre l’Union européenne et l’Algérie connaissent un tournant. Selon le dernier rapport du Forum des pays exportateurs de gaz, les importations de gaz par gazoducs de l’UE ont reculé de 5 % en août 2025 par rapport à août 2024, tombant à 12,4 milliards de m³.

Pourtant, l’Algérie se démarque, conservant une croissance modeste de ses livraisons, confirmant son rôle d’acteur pivot. Sur les huit premiers mois de l’année, les flux cumulés par gazoducs vers l’Europe atteignent 96 milliards de m³, soit 9 % de moins qu’en 2024, et 48 % sous les niveaux d’avant-guerre en Ukraine.

L’arrêt du transit du gaz russe via l’Ukraine fin 2024 a amputé le marché européen d’environ 15 milliards de m³ par an, contraignant l’UE à diversifier ses sources. Le GNL comble en partie ce déficit : ses importations ont bondi de 27 %, à 85 millions de tonnes (environ 115,7 milliards de m³). La France (15,4 Mt), l’Espagne (11 Mt) et les Pays-Bas (10,97 Mt) dominent ce marché. L’Algérie, elle, consolide sa place de deuxième fournisseur de gaz par gazoducs derrière la Norvège. Sa part a atteint 20 % en août, contre 60 % pour Oslo, tandis que la Russie, l’Azerbaïdjan et la Libye se partagent le reste. Sur huit mois, ses exportations progressent de 2 %, soutenues par les livraisons à l’Italie (+1 %) et à l’Espagne (+3 %).

Une performance d’autant plus notable que les volumes norvégiens, azerbaïdjanais et libyens reculent. Au-delà du gaz naturel, Alger se positionne dans un secteur en pleine structuration : l’hydrogène vert. L’Autriche, qui veut devenir un hub européen pour ce vecteur énergétique, inscrit l’Algérie et la Tunisie dans le projet stratégique du corridor sud de l’hydrogène. Cette future infrastructure reliera, à l’horizon 2035, les ressources renouvelables d’Afrique du Nord aux industries d’Europe centrale via l’Italie et l’Autriche. Pour soutenir ce virage, Vienne prépare un dispositif complet : 20 M€ de subventions destinées aux projets d’électrolyse, création de certificats d’hydrogène garantissant la conformité aux normes européennes, développement de capacités de stockage et renforcement des pipelines et cadre réglementaire clair.

Pour l’Algérie, ces perspectives représentent une double opportunité : consolider ses recettes issues des hydrocarbures et prendre pied sur le marché européen de l’hydrogène propre. Les investissements dans les énergies renouvelables (solaire, éolien) et les infrastructures de transport pourraient générer des chaînes de valeur locales, diversifier l’économie et renforcer les partenariats bilatéraux. Les analystes estiment que la demande européenne en hydrogène pourrait atteindre 20 millions de tonnes en 2030, dont une part croissante importée. En misant sur ses atouts géographiques et son potentiel solaire, Alger peut devenir un fournisseur clé, tout en accompagnant la transition énergétique européenne.

La combinaison gaz naturel/hydrogène apparaît ainsi comme un pilier du nouveau dialogue euro-méditerranéen. En consolidant ses positions sur ces deux segments, l’Algérie sécurise ses débouchés et s’inscrit dans les priorités climatiques et industrielles de l’Europe, transformant un défi énergétique en moteur de croissance partagée.

Par Selma R.

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