03/04/2026
ACTUNATIONAL

Gouvernance numérique: Les nouveaux chantiers structurants de l’Algérie

La transformation numérique s’affirme désormais comme l’un des piliers centraux de l’action publique en Algérie. Les récentes orientations issues du Conseil des ministres traduisent une volonté claire d’accélérer la modernisation de l’administration, de renforcer l’efficacité économique et d’améliorer durablement la qualité des services rendus au citoyen. Dans ce contexte, la numérisation des données, leur interconnexion entre les différents secteurs et leur exploitation intelligente constituent des enjeux déterminants pour la réussite de ce chantier stratégique.

Pour El Houari Tigharsi, expert en économie, les avancées enregistrées ces dernières années sont notables, notamment en matière de numérisation des bases de données et de mise en réseau des administrations. « L’Algérie a franchi un cap important dans la structuration de ses données publiques. Le défi aujourd’hui n’est plus seulement de numériser, mais d’assurer une interopérabilité réelle entre les secteurs afin de bâtir une administration intégrée, efficace et orientée vers le service au citoyen », a-t-il expliqué sur les ondes de la « Chaîne I » de la radio nationale. Cette dynamique s’accompagne, selon lui, d’une attention accrue portée à la protection des données, considérée comme un préalable indispensable à l’instauration de la confiance numérique. « La donnée est devenue une ressource stratégique au même titre que les ressources naturelles. Sa sécurisation est une condition essentielle pour garantir la crédibilité de l’État numérique et protéger à la fois les institutions et les citoyens », a-t-il souligné.

Au-delà de la sphère administrative, la transformation numérique est également perçue comme un puissant levier de modernisation de l’économie nationale. La digitalisation des procédures, la traçabilité des opérations et l’exploitation structurée des données permettent de réduire les lourdeurs bureaucratiques et de limiter les pratiques de corruption. « Lorsque les processus sont numérisés et que les données sont centralisées, la marge de manœuvre pour les pratiques opaques se réduit considérablement. Le numérique devient alors un outil de transparence et de rationalisation de la gestion publique », a expliqué l’expert. Dans cette perspective, l’économie numérique ouvre de nouvelles opportunités d’investissement, notamment à travers le développement des start-up et des solutions technologiques innovantes.Toutefois, El Houari Tigharsi a tenu à rappeler que la réussite de cette transition repose avant tout sur le facteur humain. « La technologie, aussi avancée soit-elle, ne peut produire de résultats sans des compétences capables de la maîtriser. La formation, le recyclage des compétences et l’intégration de technologies comme l’intelligence artificielle sont indispensables pour tirer pleinement profit de la transformation numérique », a-t-il affirmé.

La numérisation à l’échelle locale constitue également un enjeu majeur. L’intégration des communes et des wilayas dans la collecte et l’analyse des données permettrait, selon l’expert, d’améliorer la planification et d’adapter les politiques publiques aux réalités du terrain. « Une gouvernance efficace repose sur des données locales fiables. Sans cela, les décisions restent déconnectées des besoins réels des territoires », a-t-il observé, plaidant pour la mise en place de tableaux de bord numériques allant du niveau communal jusqu’à l’administration centrale.Néanmoins, l’atteinte d’une véritable gouvernance électronique demeure étroitement liée à l’évolution du cadre législatif et réglementaire. El Houari Tigharsi a estimé que « la transition vers une administration numérique performante nécessite des lois adaptées aux nouveaux usages, ainsi qu’une implication plus forte et plus transparente du secteur privé, notamment dans le développement des infrastructures et des services numériques ».

Par ailleurs, l’expert a mis en avant la numérisation du secteur agricole, qu’il considère comme stratégique pour la sécurité alimentaire et la souveraineté nationale. La digitalisation de la gestion foncière, des ressources hydriques et des chaînes de production pourrait permettre d’améliorer les rendements, de mieux orienter les investissements et de réduire la dépendance aux importations. « La numérisation de l’agriculture n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Elle permet de mieux exploiter le potentiel national, de soutenir les agriculteurs et de bâtir une politique agricole durable et orientée vers l’exportation », a-t-il affirmé. En conclusion, El Houari Tigharsi a insisté sur la nécessité d’une approche globale et cohérente. « La transformation numérique ne peut réussir que si elle est pensée comme un projet national intégré, associant administration, économie, capital humain et secteurs productifs. C’est à ce prix que l’Algérie pourra consolider sa gouvernance, dynamiser son économie et répondre durablement aux attentes des citoyens », a-t-il conclu.

Par Adem A.

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