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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fixé dimanche, lors du Conseil des ministres, des échéances précises pour plusieurs grands projets ferroviaires et portuaires jugés structurants pour l’économie nationale. La ligne minière reliant Bled El Hadba au port d’Annaba doit accompagner le lancement de la production de phosphate en mars 2027, tandis que le corridor ferroviaire vers Tamanrasset est attendu pour fin 2028. L’exécutif entend maintenir une cadence élevée, mobiliser le tissu productif national et renforcer la participation des entreprises algériennes aux grands chantiers, tout en réduisant progressivement le recours aux importations non ciblées.

Le premier chantier concerne la ligne ferroviaire minière Bled El Hadba, Oued Kebrit, port d’Annaba, longue de 422 kilomètres, qui doit relier Annaba, Souk Ahras, Tébessa, Djebel Onk et Bled El Hadba, connectant ainsi les gisements de phosphate de Tébessa aux installations industrielles et au débouché maritime d’Annaba.

Le chef de l’État s’est félicité du rythme des travaux et a appelé à maintenir cette cadence pour livrer le projet dans les délais et lancer la production en mars 2027. Deux tronçons totalisant 174 kilomètres sont déjà livrés (Djebel Onk, Oued Kebrit sur 151 kilomètres, et la jonction vers Bled El Hadba sur 23 kilomètres) ; 127 kilomètres supplémentaires doivent être testés dès la première semaine d’octobre.

En application de ces orientations, le ministre des Travaux Publics et des Infrastructures de Base, Abdelkader Djellaoui, a présidé ce lundi une première réunion de coordination consacrée au suivi de l’état d’avancement des travaux de la Ligne Minière Est. Y ont pris part les cadres centraux du ministère, les responsables du maître d’ouvrage délégué, ainsi que les entreprises de réalisation et bureaux d’études concernés.

Des essais techniques sur 127 km prévus début octobre

Les échanges ont porté sur l’avancement des trois tronçons en phase finale, Annaba, Bouchegouf (54 kilomètres), le contournement de Tébessa, Tenoukla (43 kilomètres), et Oued Kebrit, Drea (30 kilomètres), soit 127 kilomètres au total. Le ministre a insisté sur la nécessité d’accélérer la cadence des travaux afin de permettre le déroulement des essais techniques du train sur cette distance dès la première semaine d’octobre.

Il a également été question de l’avancement du tronçon Bouchegouf, Aïn Senour (72 kilomètres), confié aux entreprises nationales, pour lequel le ministre a demandé la mobilisation de l’ensemble des moyens disponibles afin d’accélérer le rythme de réalisation. Enfin, l’état d’avancement des travaux de modernisation de la ligne reliant Aïn Senour à Drea (34 kilomètres) a été examiné, le ministre appelant à intensifier la coordination et le suivi sur le terrain pour finaliser ce tronçon dans les délais impartis.

S’y ajoute l’extension du quai minéralier du port d’Annaba (1 700 mètres de long, 16 à 20 mètres de profondeur) pour accueillir des minéraliers de 80 000 tonnes. Le directeur général de l’ANRIP, Amar Grine, souligne l’importance de cet ouvrage pour la montée en puissance du projet intégré du phosphate. « La première phase permettra d’atteindre une capacité de traitement de 3 millions de tonnes de phosphate transformé par an, portée progressivement à 6, puis 10 millions de tonnes », a-t-il déclaré à la télévision nationale. L’objectif est de passer d’une logique d’exportation de matière première à une valorisation industrielle locale : le phosphate alimentera les unités de transformation d’Oued Kebrit pour produire des engrais, dont la valeur peut passer d’environ 170 dollars la tonne à l’état brut, à 700 voire 780 dollars transformée, pour des revenus potentiels estimés entre 2 et 6 milliards de dollars.

Ligne ferroviaire Alger – Tamanrasset : une priorité absolue

La seconde échéance majeure concerne la ligne reliant le Nord du pays à Tamanrasset, via Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa et In Salah. Qualifiée de « priorité absolue » par le président, cette liaison de 2 400 kilomètres doit être mise en service fin 2028, une réalisation que le chef de l’État juge « historique et inédite ».

Selon le directeur général de l’ANESRIF, Azeddine Fridi, les études entre Chiffa et Ksar El Boukhari sont achevées malgré un relief escarpé nécessitant environ 40 tunnels ; le tronçon Ksar El Boukhari, Boughezoul (42 kilomètres) est en travaux, pris en charge par des entreprises nationales ; la liaison Boughezoul, Djelfa, Laghouat (250 kilomètres), à 220 km/h, est déjà opérationnelle ; les études des liaisons suivantes, jusqu’à Tamanrasset, sont finalisées. « Cette ligne ne constitue pas uniquement un projet d’infrastructure ferroviaire, elle répond également à un objectif majeur de désenclavement du Sud, en offrant aux populations un moyen de transport rapide, moderne et plus sûr », a-t-il indiqué à la télévision algérienne. Le rail doit également fluidifier le transport des produits agricoles du Sud vers le Nord et l’acheminement des fournitures nécessaires au développement des régions méridionales, tout en réduisant les coûts du fret.

Le futur Transsaharien porte enfin une dimension continentale, pouvant relier le réseau national à des pays comme le Niger, le Tchad et le Nigeria, et consolider la vocation de l’Algérie comme plateforme logistique régionale. Ces deux corridors doivent connecter extraction, transformation et exportation, favoriser l’intégration territoriale et mobiliser des entreprises nationales telles que Cosider TP, Cosider Ouvrages d’Art, GCB et Infra Rail. Le respect des échéances de mars 2027 et fin 2028 reste un enjeu majeur pour bâtir de nouvelles chaînes de valeur et renforcer la souveraineté industrielle du pays.

Mobilisation du tissu productif national

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a, par ailleurs, insisté sur la mobilisation du tissu productif national afin d’accompagner la réalisation des grandes infrastructures engagées dans le pays. En effet, le chef de l’État a instruit le gouvernement de prendre « immédiatement » les mesures nécessaires pour permettre aux sociétés et entreprises nationales d’augmenter leur production et de répondre aux besoins des grands projets en biens et services.

Cette orientation vise à renforcer la participation des entreprises algériennes à la dynamique d’investissement engagée dans plusieurs secteurs. Les besoins générés par les grands chantiers en équipements, matériaux et prestations doivent ainsi constituer un levier pour accroître les capacités de production locales et renforcer l’intégration de l’économie nationale. Dans son instruction, le président Tebboune a insisté sur la nécessité pour les entreprises et sociétés nationales de « contribuer effectivement à augmenter la production à tous les niveaux », afin de répondre aux besoins liés à l’équipement des grandes infrastructures.

Cette démarche s’inscrit également dans la volonté de consolider l’économie nationale et de réduire progressivement le recours aux importations lorsqu’une offre locale est en mesure de répondre à la demande. Le communiqué du Conseil des ministres souligne, dans ce contexte, la nécessité de s’éloigner davantage d’une politique d’importation « non étudiée et sans objectif ».

Par Selma R.

L’auteur

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