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La COP28, cette grande foire du climat

Par Marie Bellan

La présidence émiratie compte sur une COP des plus pragmatiques. Un grand nombre d’entreprises et de fondations privées seront présentes à Dubaï, bien davantage que les fois précédentes. Un tournant dans la diplomatie climatique. Ce sera la COP la plus « inclusive » qui n’ait jamais été. Voilà la promesse faite par les Emirats arabes unis, hôte controversé de cette 28e « Conference of the parties », plus communément appelé : COP28. « Inclusive », le mot est à la mode et sur toutes les lèvres. Pour Sultan al Jaber, le président de la COP28, à la fois patron d’Adnoc, la compagnie nationale d’Abu Dhabi, et fondateur de Masdar,  société spécialisée dans les énergies renouvelables, cette promesse d’« inclusion » est polysémique. C’est d’abord une façon de dire que les pays du Sud, dont la confiance vis-à-vis des grandes puissances occidentales s’est largement érodée ces derniers mois, seront bien représentés et que leur point de vue compte. Un détail à souligner : les Emirats arabes unis ont mis en place un visa gratuit et spécifique pour la COP, de manière à permettre à un maximum de personnes, partout dans le monde, de se rendre à l’événement. Les Emirats, un peu comme le Qatar dans le conflit israélo-palestinien, veulent jouer un rôle d’intermédiaire entre les pays du Sud et du Nord, et cette COP leur en donne une occasion inespérée. Avec les premiers, ils partagent une même appartenance à ce que les Nations Unies appellent les « pays en voie de développement » (une notion très large et qui regroupe des Etats au niveau de vie très disparate). Avec les pays du Nord, ils ont en commun des ressources financières importantes qui leur permettent de participer au financement mondial de la transition énergétique, grâce à de multiples fonds, privés et publics. Mais le mot « inclusion » vaut aussi dans une autre dimension, celle qui vise à embarquer dans cette COP toute la société civile : fondations, associations, ONG – les plus importantes ont renoncé au boycott initialement envisagé mais surtout entreprises. La COP28, où l’on attend plus de 80.000 personnes, un record, sera sans nul doute une COP des entreprises. Un forum spécifique s’est tenu les 1er et 2 décembre, réunissant plus de 1.000 chefs d’entreprise et dirigeants d’organisations philanthropiques. Au même moment se retrouvaient les chefs d’Etat présents à la COP pour la session d’ouverture. Un symbole fort de cette dualité qui s’impose de plus en plus dans la diplomatie climatique : une diplomatie classique entre Etats d’une part, avec des décisions juridiquement contraignantes, et une diplomatie plus « soft » en quelque sorte, faite d’engagements et d’initiatives privées fondées sur le volontariat. Pour certains, c’est une dérive grave de la diplomatie climatique. Dérive qui fait craindre que les COP ne se transforment en véritable foire du climat, où le greenwashing règne en maître.

« Actionism »

Pour d’autres au contraire, c’est une nécessité. « L’impression de grande foire du climat est totalement assumée par les Emirats. Les délégués des gouvernements sont minoritaires dans la somme des participants. Il faudrait faire davantage entrer dans la négociation des représentants du monde des entreprises, mais aussi des collectivités locales par exemple», estime François Gemenne, politologue et enseignant à HEC, expert des questions climatiques. La logique de cette démarche tient en un mot : « actionism », dont le président de la COP a fait son mantra. Le pragmatisme des Emirats tranche de fait avec les négociations très formelles et pointilleuses qui se déroulent traditionnellement dans le cadre des Nations unies. Mais de la même façon qu’un Etat seul ne peut pas grand-chose contre le réchauffement climatique, on prend progressivement conscience que les Etats seuls ne sont pas suffisamment armés non plus. La finance climatique est là pour le rappeler : « la mobilisation de l’épargne privée dépasse 1.000 fois les montants que les Etats peuvent mettre sur la table pour assurer la transition énergétique », poursuit François Gemenne. Pour ceux qui défendent cette « inclusion » de la sphère privée dans les négociations climat, il s’agit avant tout d’une question d’efficacité, dont la logique est la suivante : s’il est trop compliqué de se mettre d’accord à 195 (c’est le nombre des « parties », c’est-à-dire des participants officiels à la négociation), alors essayons d’avancer avec ceux qui sont prêts, sur la base du volontariat. Curieusement, ce sont parfois les mêmes qui se plaignent que les COP ne servent à rien, car les négociations ne vont pas assez vite, qui par ailleurs critiquent les initiatives des entreprises, alors que ces dernières  peuvent pourtant donner des résultats concrets plus rapidement. A ce stade toutefois, l’engagement global des entreprises reste bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour faire baisser les émissions de CO2 dans les proportions attendues par l’Accord de Paris. Sur ce point, elles n’ont guère de leçons à donner aux Etats.

Souhaitée ou redoutée, cette transformation de la diplomatie climatique est l’une des grandes mutations dont la COP28 est la parfaite incarnation. Avec un risque qui ne doit cependant pas être perdu de vue. « Que la négociation officielle entre parties soit vidée de sa substance au profit des initiatives privées », remarque Lola Vallejo, directrice du programme climat de l’Iddri, un think tank spécialisé sur les questions climatiques. Comme dans un film, le « final cut » appartient bien aux Etats. Et c’est leur décision finale, l’accord tant attendu entre les parties, qui restera malgré tout dans les esprits.

Source : Les Echos

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Tags: COP28

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