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La raffinerie d’Augusta mise sur la transformation industrielle

Huit ans après son passage sous pavillon algérien, la raffinerie d’Augusta affiche un visage profondément transformé. Reprise en 2018 par le groupe public algérien Sonatrach, via sa filiale Sonatrach Raffineria Italiana, l’ancienne installation opérée par ExxonMobil s’est progressivement muée en une entité autonome, structurée et résolument tournée vers la compétitivité internationale.

Pour illustrer cette mutation progressive et assumée, Rosario Pistorio, administrateur délégué reconduit récemment dans ses fonctions lors du renouvellement du conseil d’administration le 10 février dernier, revient sur le chemin parcouru depuis la reprise du site. « Le temps passe vite. Quand nous regardons en arrière, nous mesurons le chemin parcouru depuis le 1er décembre 2018, date du changement du contrôle», a-t-il confié au média italien ‘’Siracusa News’’. « Nous avons voulu construire une véritable entreprise autonome, capable de gérer en Italie l’ensemble de ses fonctions stratégiques » a-t-il ajouté.

À l’époque d’ExxonMobil, plusieurs services étaient éclatés à l’international. Les paies étaient traitées à Bangkok, certaines fonctions comptables en Europe de l’Est et l’informatique centralisée au siège. Huit ans plus tard, la logique s’est inversée. Les fonctions clés ont été internalisées et un département financier entièrement nouveau a été constitué. Le site emploie aujourd’hui environ 760 salariés et, en sept ans, 340 recrutements ont été réalisés, à la faveur des départs à la retraite mais aussi de la création de nouveaux services. « Nous avons fait revenir des compétences, parfois des jeunes partis à Milan ou ailleurs, pour construire ici une organisation intégrée », a souligné Pistorio. Cette dynamique s’inscrit dans un territoire fort de près de 80 ans d’histoire industrielle.

Au-delà de sa restructuration interne, la raffinerie d’Augusta s’affirme comme un acteur majeur du commerce extérieur. Le site génère près de deux milliards d’euros d’exportations et dessert des marchés bien au-delà de l’Italie. Positionnée au cœur de la Méditerranée, la Sicile bénéficie d’un atout logistique stratégique.

« Nous sommes au carrefour des flux commerciaux. Cette localisation stratégique compense en partie les handicaps structurels de l’insularité », a expliqué l’administrateur délégué. Durant la pandémie de Covid-19, l’activité ne s’est jamais interrompue. Les communes de Priolo et Augusta figuraient parmi les premières en Italie pour le nombre de travailleurs actifs, en raison de la continuité des approvisionnements énergétiques. 

La transformation d’Augusta s’inscrit également dans le renforcement des relations énergétiques entre Rome et Alger. L’Algérie est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Italie dans la zone MENA, notamment grâce au gaz transporté par le gazoduc Transmed. La raffinerie sicilienne joue un rôle direct dans ces échanges. Chaque année, environ 500 000 tonnes de bitume sont fournies à l’Algérie pour ses projets d’infrastructures, auxquelles s’ajoutent des livraisons de gasoil. 

«Nous contribuons au développement de notre maison mère tout en consolidant la position de l’Italie comme hub énergétique méditerranéen », a affirmé Pistorio. Après la reconversion de Livourne, Augusta est devenue la seule raffinerie italienne à produire des bases pour huiles lubrifiantes. Ce positionnement sur les spécialités, qu’il s’agisse des lubrifiants, des paraffines ou des bitumes, constitue un axe stratégique. « Nos produits entrent dans des marchés parfois inattendus », a déclaré le dirigeant. « Une partie de la paraffine produite ici se retrouve dans les bougies officielles de Buckingham Palace. Cela illustre la diversité de nos débouchés ».

La pression énergétique et climatique

Cependant, cette transformation industrielle s’opère dans un environnement européen particulièrement exigeant. Le gaz en Europe coûte aujourd’hui environ trois fois plus cher qu’aux États-Unis et l’énergie en Italie demeure significativement plus élevée qu’en Espagne ou en France. À cela s’ajoute le système de quotas carbone. Pour un site comme Augusta, la facture liée au CO₂ varie entre 50 et 100 millions d’euros par an. « Nous ne contestons pas l’objectif environnemental. Mais il faut que les mécanismes soient aussi incitatifs. Aux États-Unis, la réduction des émissions ouvre droit à des avantages.

En Europe, nous sommes surtout dans une logique pénalisante », a observé Pistorio. La compétitivité énergétique et la décarbonation figurent ainsi parmi les priorités de la prochaine décennie. « La sécurité, la santé et l’environnement ne sont pas des priorités au sens conjoncturel. Ce sont des valeurs gravées. Mais nous devons en parallèle rester flexibles et compétitifs dans un marché qui change rapidement », a-t-il insisté. L’arrêt annoncé de certains flux industriels dans le pôle ISAB oblige également la raffinerie à diversifier ses débouchés. « Chaque mutation industrielle est un défi. Nous devons être capables d’inventer de nouveaux marchés et d’adapter nos processus », a-t-il affirmé.

Huit ans après sa reprise, Augusta ne se contente plus d’assurer la continuité d’un héritage industriel. Elle cherche à redéfinir son modèle, entre ancrage territorial, intégration méditerranéenne et adaptation aux nouvelles règles du jeu énergétique européen. Une conviction qui résume l’ambition affichée, faire d’Augusta non seulement un site de production, mais un véritable laboratoire de transformation industrielle au cœur de la Méditerranée.

Par S R.

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