03/04/2026
ACTUALITENATIONAL

L’Algérie accélère la valorisation des eaux usées traitées

Face au stress hydrique croissant et aux effets de plus en plus marqués des changements climatiques, l’Algérie intensifie ses efforts pour valoriser les eaux usées traitées, en particulier dans le secteur agricole. Cette orientation stratégique se concrétise aujourd’hui par le lancement de 21 projets visant à renforcer la réutilisation de ces ressources non conventionnelles, conformément aux directives présidentielles et aux priorités nationales en matière de sécurité hydrique et alimentaire.

Selon Chérif Aissiou, directeur de l’assainissement et de la protection contre les inondations au ministère de l’Hydraulique, « la réutilisation des eaux usées traitées n’est plus une option, mais une nécessité imposée par la réalité climatique et hydrique du pays », a-t-il déclaré à la « Chaîne I » de la radio nationale. Longtemps cantonnée à des usages limités, notamment l’arrosage des espaces verts ou de certaines cultures arboricoles, cette ressource connaît aujourd’hui un véritable changement d’échelle et de vocation. Dans ce contexte, le secteur a enregistré 21 opérations structurantes, comprenant 18 nouvelles stations d’épuration et trois projets de réhabilitation d’installations existantes.

Ces projets visent à intégrer progressivement le traitement tertiaire, une technologie permettant d’obtenir une qualité d’eau compatible avec l’irrigation de l’ensemble des cultures agricoles, y compris les céréales et les cultures maraîchères. « Avec le traitement tertiaire, l’eau traitée peut être utilisée en toute sécurité pour toutes les productions agricoles, et non plus seulement pour les arbres », a précisé Chérif Aissiou.

Les chiffres confirment cette montée en puissance. En 2023, le volume d’eaux usées traitées réutilisées à des fins agricoles était estimé à environ 50 millions de mètres cubes par an. Aujourd’hui, ce volume atteint près de 110 millions de mètres cubes annuels, couvrant environ 19 % des besoins identifiés, une progression jugée significative par les responsables du secteur. Cette dynamique devrait s’accentuer avec l’entrée en service progressive des nouveaux projets.Parallèlement, un vaste programme de modernisation des infrastructures est en cours. Sur 37 stations d’épuration concernées par des opérations de mise à niveau, 11 ont déjà été réhabilitées, tandis que les autres sont en cours de travaux. À cela s’ajoute la réalisation de 75 nouvelles stations d’épuration, destinées à renforcer les capacités nationales de traitement et à élargir le périmètre de réutilisation, notamment dans les zones agricoles à fort potentiel.

Pour le responsable du ministère, cette dynamique s’inscrit dans une vision globale de gestion intégrée de l’eau. « L’État a accordé une importance majeure à la valorisation des eaux usées traitées, avec des moyens financiers conséquents et une coordination étroite entre les différents secteurs concernés », a-t-il souligné, rappelant que ces projets répondent à la fois aux enjeux environnementaux, économiques et agricoles.

S’agissant de la lutte contre les inondations, le même responsable a annoncé le lancement de projets spécifiques pour le sud. « Les inondations dans le Sud ne sont pas uniquement dues aux pluies, mais également à la nature plate de certaines zones et à la remontée des nappes phréatiques, qui empêchent l’écoulement naturel des eaux », a expliqué Chérif Aissiou. L’exemple de la wilaya d’El Oued illustre cette nouvelle approche. Cette région a longtemps souffert de l’accumulation des eaux usées et pluviales, un phénomène aggravé par la remontée des eaux souterraines.

Pour y faire face, un projet structurant a été lancé, décliné en quatre phases successives. « Les travaux engagés ont permis de réduire considérablement les inondations, et les citoyens ont commencé à ressentir une amélioration tangible sur le terrain », a indiqué le responsable, soulignant que les résultats obtenus confirment la pertinence des choix techniques retenus.

Ces projets s’inscrivent dans le cadre plus large de la stratégie nationale de lutte contre les inondations, élaborée en 2015 et approuvée en 2020. Cette stratégie a permis d’identifier 865 sites exposés au risque d’inondation à l’échelle nationale, dont 50 classés à risque extrême. Dans le Sud, les interventions privilégient notamment la réalisation de réseaux adaptés à l’évacuation des eaux, la protection des zones urbaines basses et la prise en compte des spécificités géographiques dans les nouveaux projets d’aménagement.

Les autorités accordent également une importance particulière à la planification en amont. « Nous travaillons sur des études préventives qui permettent d’anticiper les zones susceptibles d’être touchées par les inondations et d’éviter des constructions dans des secteurs à risque », a-t-il conclu.

Par Adem A.

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