Le marché boursier en plein essor
La Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB) vient de publier son rapport annuel sur l’activité du marché des valeurs mobilières. Ce document met en évidence la transformation profonde du marché boursier algérien. Avec une capitalisation multipliée par sept, une hausse généralisée des volumes d’échanges et une participation accrue des investisseurs particuliers, la Bourse d’Alger entame une nouvelle phase de développement. Les réformes engagées visent désormais à consolider ces avancées et à faire du marché financier un véritable levier de financement de l’économie nationale.

La Bourse d’Alger a enregistré une expansion notable en 2024, soutenue par l’introduction du Crédit Populaire d’Algérie (CPA) et une série de réformes destinées à moderniser et dynamiser la place financière nationale. La capitalisation boursière est passée de 71,82 milliards de dinars en 2023 à 521,67 milliards de dinars en 2024, soit une hausse de 626 %, équivalente à une multiplication par sept. Ce niveau représente 1,46 % du produit intérieur brut (PIB) et témoigne de la montée en puissance du marché des capitaux dans le financement de l’économie. Cette progression s’explique principalement par l’introduction en bourse du Crédit Populaire d’Algérie, première banque publique cotée à la Bourse d’Alger. L’opération a porté sur 60 millions d’actions, dont 48,96 millions ont été souscrites à un taux de 81,6 %, permettant de lever 112 milliards de dinars auprès de 42 000 investisseurs. La cotation effective du CPA est intervenue le 26 mars 2024.
Les indicateurs d’activité confirment l’élan observé. Le volume échangé s’est établi à 1,3 million de titres, en progression de 35,4 % par rapport à 2023. La valeur transigée a atteint 2,76 milliards de dinars, soit une hausse de 442,5 %, tandis que le nombre de transactions s’est élevé à 1 250 opérations. Le CPA a dominé les échanges, concentrant 64 % du volume et 67 % de la valeur transigée, devant la Banque de Développement Local (BDL) et la Banque Extérieure d’Algérie (BEA). Le marché boursier attire également un nombre croissant d’investisseurs particuliers. Le nombre de comptes titres a presque triplé, passant de 20 268 en 2023 à 60 063 en 2024, soit une hausse de 196 %. Le CPA en détient 52,7 %, confirmant son rôle central dans cette dynamique. Les personnes physiques représentent 97,8 % de ces comptes, ce qui traduit un intérêt accru du grand public pour l’investissement boursier.
Le portefeuille global d’actions inscrites a lui aussi progressé de manière significative, passant de 25,9 millions de titres en 2023 à 85,9 millions en 2024, soit une hausse de 231,5 %. Cette tendance s’explique par l’arrivée de nouveaux émetteurs, tels que la BDL, autorisée à introduire 44,2 millions d’actions pour un montant total de 61,88 milliards de dinars, et la startup Moustachir Spa, première entreprise innovante à rejoindre le compartiment de croissance avec 125 000 actions, d’une valeur de 94,4 millions de dinars. En revanche, le marché obligataire demeure peu dynamique. En 2024, les émissions d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT) ont atteint 338 402 milliards de dinars, enregistrant un léger recul de 0,51 % par rapport à 2023. Aucun nouvel emprunt d’État n’a été coté à la Bourse depuis 2009, confirmant la stagnation de ce compartiment.
Réformes et outils numériques
L’année 2024 a également été marquée par une refonte du cadre réglementaire et technique de la Bourse d’Alger. Le règlement n°23-04 a redéfini les modalités de fonctionnement du marché et instauré un compartiment de croissance destiné aux PME et startups. Deux outils numériques majeurs ont été mis en place : le Guichet unique du marché financier et le Portail électronique d’introduction en bourse, afin de simplifier les démarches et encourager de nouvelles cotations. La COSOB a par ailleurs adopté le règlement n°24-01 sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que plusieurs instructions portant sur la qualification des dirigeants, la transparence et la prévention des participations abusives.
Formation et coopération internationale
Sur le plan de la formation, la 11e promotion du Certificat des Professionnels du Marché Financier (CPMF) a été diplômée, et une première promotion en post-graduation de finance islamique a été lancée. La COSOB a poursuivi ses coopérations avec des institutions internationales telles que l’Union des Autorités Arabes des Valeurs (UASA), le Fonds Monétaire Arabe (FMA) et la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine. Des sessions de formation sur la finance durable, la cybersécurité et la gestion des risques ont également été organisées.
Pour 2025, la COSOB prévoit la mise en œuvre du règlement sur les fonds de capital-risque afin de favoriser l’investissement alternatif et d’élargir la base d’émetteurs. Une deuxième phase de réformes structurelles sera engagée pour améliorer la liquidité du marché et consolider les progrès réalisés en 2024.
Par Mourad A.
