18/05/2026
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Diplomatie africaine: L’Algérie consolide son ancrage continental

La visite officielle à Alger du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, à la tête d’une importante délégation, marque une nouvelle étape dans le redéploiement diplomatique de l’Algérie en Afrique. Pour Abdelaziz Medjahed, directeur général de l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), cette séquence constitue « un gain pour toute l’Afrique », dans un contexte régional particulièrement sensible au Sahel.

Intervenant sur les ondes de la radio nationale, l’analyste a estimé que cette visite de fraternité et de travail dépasse le cadre strictement bilatéral. Elle conforte, selon lui, une orientation stratégique constante d’Alger : privilégier des solutions africaines aux crises africaines, loin des ingérences extérieures. « Cela confirme la voie et les choix de l’Algérie », a-t-il souligné, rappelant que la stabilité du Niger est indissociable de celle de l’ensemble de la région sahélienne.

La décision du président Abdelmadjid Tebboune de renvoyer l’ambassadeur d’Algérie à Niamey s’inscrit dans cette logique d’apaisement. Pour Medjahed, ce geste traduit un message clair : l’Algérie privilégie le dialogue, la réconciliation et la coopération. « Le message de paix a toujours été la préoccupation principale de l’Algérie », insiste-t-il, mettant en garde contre les tentatives de manipulation de puissances étrangères dans une région convoitée pour ses ressources et sa position géostratégique.

Le Sahel, rappelle-t-il, est depuis plusieurs décennies un carrefour stratégique reliant la Méditerranée, la mer Rouge et l’Atlantique. Cette configuration en fait un espace central des équilibres géopolitiques mondiaux, où s’entrecroisent intérêts sécuritaires, énergétiques et économiques. La persistance des crises et la présence de puissances étrangères y rendent d’autant plus nécessaire, selon lui, une coordination renforcée entre pays africains.

Dans cette perspective, l’Algérie s’emploie à consolider un axe de coopération avec ses voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, à travers des projets structurants. Parmi eux figure la route transsaharienne reliant Alger à Lagos, au Nigeria, infrastructure majeure destinée à fluidifier les échanges commerciaux nord-sud. S’ajoutent la route Tindouf-Zouérate vers la Mauritanie, la dorsale transsaharienne à fibre optique ou encore les zones de libre-échange frontalières, à l’image de celle d’El Mougar, dans la wilaya de Tindouf.

Ces initiatives traduisent une vision de long terme : intégrer davantage les économies africaines et réduire leur dépendance aux circuits d’exportation traditionnels. Medjahed dénonce à ce titre le modèle consistant à exporter des matières premières brutes pour les réimporter transformées, avec un surcoût financier et environnemental. Le développement de chaînes de valeur locales et régionales constitue, selon lui, un impératif stratégique pour asseoir une véritable souveraineté économique.

L’engagement algérien puise ses racines dans une histoire diplomatique singulière. Abdelaziz Medjahed rappelle que l’Algérie a, dès son indépendance, soutenu les mouvements de libération du continent. Amílcar Cabral qualifiait Alger de « Mecque des révolutionnaires », tandis que Nelson Mandela reconnaissait la contribution décisive de l’Algérie à son combat contre l’apartheid. Cette tradition, héritée de la guerre de Libération, nourrit ce que l’analyste décrit comme l’« ADN diplomatique » du pays : solidarité africaine, politique de bon voisinage et refus des ingérences.

Il cite également la formule historique de Massinissa, « l’Afrique aux Africains », pour illustrer la permanence de cette doctrine. À ses yeux, les peuples du continent ont aujourd’hui pris conscience de leur responsabilité collective dans la construction de leur avenir.

Sur le plan institutionnel, Medjahed plaide pour un renforcement de l’efficacité des mécanismes continentaux, notamment au sein de l’Union africaine. L’Afrique, estime-t-il, doit parler d’une seule voix pour peser davantage dans le système international. Il dénonce l’absence de représentation permanente du continent au Conseil de sécurité de l’ONU, qu’il qualifie d’« injustice structurelle », rappelant que l’Algérie défend depuis les années 1970 l’émergence d’un ordre mondial plus équitable.

Dans cette optique, la création de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement, dotée d’un fonds d’un milliard de dollars, constitue un levier concret pour soutenir des projets structurants et renforcer la gouvernance dans les pays partenaires.

Abordant la question sécuritaire, Medjahed insiste sur la nécessité d’un traitement global du terrorisme. L’approche exclusivement militaire ne saurait suffire, prévient-il, sans une prise en charge des causes économiques et sociales. Forte de son expérience des années 1990, l’Algérie privilégie une stratégie combinant sécurité, développement et coopération régionale.

Face aux défis du Sahel et aux recompositions géopolitiques en cours, Abdelaziz Medjahed appelle enfin à une « conscientisation » accrue des peuples africains. Seule une Afrique unie, lucide et économiquement intégrée, conclut-il, sera en mesure de défendre durablement ses intérêts et d’imposer sa place sur la scène mondiale.

Par Réda Hadi

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