17/06/2024
ACTUANALYSE

Les FINTECHS en huit questions

Par RACHID SEKAK (*)

Dans cette contribution, l’expert financier et ancien cadre supérieur de banque, en l’occurrence Rachid Sekkak, présentera les Fintechs, en répondant à huit questions.  

Question 1 /Le concept Fintech est-il nouveau ?

Le concept de FINTECH n’est pas  nouveau. Il date des années 90 avec l’essor d’internet puis la montée en puissance des Smartphones qui ont considérablement modifié la façon dont les clients interagissent avec la banque (le mobile banking) ou la compagnie d’assurance.

En Algérie, le concept  est devenu populaire avec la volonté politique depuis quelques années  de promouvoir les start-up. 

Question 2/ Mais qui sont ces  nouveaux entrants dans l’industrie financière ?

Tout d’abord, il faut relever que leur ADN est technologique. Le terme FINTECH provient de la contraction des mots finance et technologie. Il fait référence a des entreprises, les start-up technologiques qui utilisent les nouvelles technologies pour modifier, améliorer, concurrencer les prestations traditionnelles du secteur financier (banque et assurance). Pour résumer et faire simple, la FINTECH c’est  une nouvelle manière de faire de la finance.

QUESTION 3/ Quels sont les principaux éléments du  contexte qui expliquent l’émergence rapide des FINTECHS

Nous sommes  d’abord au cœur de la révolution digitale et de la technologie numérique. La technologie numérique qui  permet de codifier l’information (0-1), de la stocker et de la  faire circuler a grande vitesse. Le digital qui se traduit pas un accès instantanée à l’information ….partout dans le monde, auxquelles se combine une utilisation intensive de nouvelles technologies  touchant notamment le stockage et la gestion des données :

  • L’intelligence artificielle (IA)  qui au travers d’algorithmes permet de traiter de grandes quantités de données en temps réel
  • La Blockchain
  • Le Cloud Computing
  • Le BIG data

Le cocktail magique des FINTECHS : internet + intelligence artificielle + processus de décentralisation. Certains affirment aussi qu’une certaine défiance vis-à-vis des banques a émergé à la suite de la crise des subprimes a favorise l’accélération de la montée en cadence des FINTECHS ?

QUESTION 4/ Quels sont les avantages potentiels  de la FINTECH ? On évoque souvent aujourd’hui l’amélioration des processus internes des banques, une meilleure automatisation et une meilleure gestion des risques ?

Sans vouloir être exhaustif car il serait  difficile et prétentieux de l’être, les champs d’intervention et de contribution potentiels de la FINTECH  se situent en gros a deux niveaux :

  • L’amélioration de l’interface-expérience- satisfaction client
  • L’amélioration des processus internes en vue de réaliser des gains de productivité : efficacité,  moindre cout et maitrise des risques

Le premier volet vise à mieux répondre aux besoins des clients et des prospects des banques et des assurances  et à rendre les services plus accessibles : nous sommes dans la problématique d’un accès plus large et plus convivial  aux services financiers

Le second volet s’intéresse à plusieurs éléments :

  • La réduction des couts des back offices (la tuyauterie des banques)  notamment grâce à une automatisation des process. C’est le volet gains de productivité
  • L’amélioration des processus internes de décision
  • Une meilleure gestion des risques notamment de crédit et de fraude,
  • A veiller à la conformité réglementaire et à une amélioration de la recherche

A noter qu’en amont et au préalable de gros investissements informatiques de mise à niveau sont indispensables dans les banques en vue de pouvoir absorber ce flux d’amélioration technologique. Un cadre institutionnel adéquat doit être la ! Et il n’est malheureusement pas toujours en place.

QUESTION 5/ Est-ce que nos start-up locales utilisent réellement la technologie pour repenser les services financiers et bancaires en Algérie ?

Chez nous actuellement on observe un focus important sur le premier volet évoque plus haut notamment sur les services de paiement. C’est un peu dommage car le potentiel et les besoins  sur le second volet sont énormes. Mais cela va évoluer

QUESTION 6/ La relation entre les banques et les FINTECHS ? Sont-elles finalement plutôt concurrentes ou partenaires en Algérie ?

La FINTECH a souvent été  perçue comme un concurrent des banques. Un peu partout dans le monde on a pu observer  que la FINTECH a bouscule les banques qui ont du adapter leurs business models et innover. En face de ce contexte concurrentiel  les stratégies de réponse des banques se sont articulées autour de deux axes :

  • Une acquisition des FINTECHS
  • Une coopération et des partenariats

Chez nous, les besoins de modernisation du secteur bancaire et financier sont énormes et les moyens financiers  dont disposent les FINTECHS sont limites pour faire face a des couts et a des investissements importants et donc à une rentabilité longue.

Pour être pérenne une FINTECH ne doit pas se limiter au développement d’un simple application mais disposer aussi d’un cadre institutionnel interne et de moyens techniques adéquats pour assurer notamment la maintenance des opérations et la sécurité des données.

De plus pour survivre la FINTECH doit disposer d’un marché. Le succès ne se limite pas à un succès économique ……il doit aussi être un succès commercial …..C’est un peu la carence actuelle de beaucoup de nos jeunes pousses locales

Aussi une relation de partenariat et une approche collaborative qui conjugue l’expertise technique des FINTECHS aux ressources nécessaires des banques me semble la plus appropriée. Les deux institutions sont en effet totalement complémentaires

QUESTION 7/ On avance souvent que l’avènement des FINTECHS est accompagne de nouveaux risques ? De quoi parle-t-on au juste ?

Effectivement  les FINTECHS sont aussi un défi pour les régulateurs dans la surveillance des transactions car elles sont porteuses de nouveaux risques

On peut relever, encore une fois sans être exhaustif :

Les risques lies à la cybercriminalité

Les services  de la FINTECH sont largement offerts via internet. La sécurité des données sensibles  et le risque de piratage sont des sujets de préoccupation. Le risque d’interruption du service associe aux cyberattaques est aussi  bien réel. Les risques lies à l’argent occulte ou les questions liées au blanchiment des  capitaux et au financement du terrorisme. Un potentiel risque systémique plus lointain si les montants transiges au travers des FINTECHS devenaient chez nous importants. Dans ce cadre, il faudra trouver un juste milieu entre la nécessite de gérer ces nouveaux risques et de protéger les déposants tout en ne tuant pas l’innovation. Cela ne sera pas facile. Lors d’un récent échange sur les réseaux sociaux, un intervenant a proposé une  » approche progressive et inclusive, favorisant l’expérimentation tout en encadrant les risques particulièrement en matière de sécurité des données ». Je partage cette sagesse.

QUESTION 8/ Quels sont les principaux challenges auxquels les FINTECHS actuellement en service doivent faire face ?

Le principal challenge réside dans le renforcement du cadre institutionnel. Quelques FINTECHS locales émergent mais elles ne saisissent pas toujours l’étendue du volet sécurité des données dans la durée. Notamment dans leur stockage. Cette contrainte n’est pas statique ni ponctuelle et il est indispensable de disposer d’une infrastructure sécurisée et de procédures rigoureuses.

Au delà de ce volet, on néglige souvent les volets support, maintenance, traitements des relations clients et comptabilité. Tout cela demande une grosse équipe technique dédiée et bien formée  qui n’est pas la ou insuffisamment la. 

Attention il ne faut pas uniquement penser au développement d’applications …….ce n’est que le début de la route  …..Le travail de la cigale ……mais attention la fourni doit être la et le chemin sera long. Il en va de la sécurité globale du pays et de la protection des utilisateurs.

(*) Ancien cadre supérieur de banque

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