03/04/2026
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Mines, rail, croissance … Tebboune dévoile les grands chantiers de 2026-2028

Lors de son entrevue périodique avec les représentants de la presse nationale, diffusée samedi soir sur les chaînes de télévision et de radio, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a dressé un tableau détaillé des priorités économiques pour les années 2026 à 2028. Mines, infrastructures ferroviaires, exportations hors hydrocarbures et grands équilibres macroéconomiques composent l’ossature d’une stratégie qu’il présente comme celle du passage effectif de l’Algérie vers le statut de pays émergent.

Le chef de l’État a multiplié les annonces et les échéances, en insistant sur la cohérence entre projets structurants, souveraineté économique et protection du pouvoir d’achat.Au cœur de cette projection figure un objectif macroéconomique majeur : porter le Produit intérieur brut au-delà de 400 milliards de dollars d’ici fin 2027. Le président s’est montré confiant quant à la trajectoire actuelle, affirmant que « la cadence à laquelle évolue actuellement l’économie nationale nous rend optimistes quant à la réalisation de cet objectif ». Il a rappelé que cette ambition s’inscrit dans « un projet national visant à transformer l’Algérie en pays émergent », fondé sur la révision des besoins, la diversification des moteurs de croissance et la réalisation de mégaprojets dans les mines et les infrastructures.

Dans ce cadre, le secteur minier est appelé à devenir l’un des principaux leviers de création de richesse. Le président Tebboune a longuement évoqué la mise en service de la ligne ferroviaire minière Ouest reliant Gara Djebilet, Tindouf et Béchar, qu’il a qualifiée de réalisation stratégique majeure. Selon lui, cette infrastructure « n’est que le début d’un projet national d’envergure visant à exploiter les richesses minières du pays » et constitue « les premiers pas d’un pays émergent ». Il s’est dit « très fier » d’un projet réalisé avec des capacités nationales et dans des délais réduits, y voyant la preuve que l’Algérie est désormais « un pays d’exploits ».Le gisement de fer de Gara Djebilet occupe une place centrale dans cette stratégie.

Le chef de l’État a insisté sur sa « forte rentabilité » et sur son « impact économique majeur ». Il a expliqué que son exploitation permettra, dans une première phase, d’économiser environ 1,5 milliard de dollars actuellement consacrés à l’importation de minerai de fer pour les complexes sidérurgiques d’Oran, de Jijel et d’Annaba. Il a précisé que, selon les projections, ce projet mettra fin à l’importation de minerai de fer dans un délai maximal de trois ans, avant d’ouvrir la voie à l’exportation et à une contribution directe à la diversification des recettes extérieures. Face aux critiques émises autour de ce gisement, il a tranché : les études menées par plusieurs bureaux spécialisés étrangers ont « unanimement confirmé sa faisabilité et sa rentabilité économique avérée ».

Oued Amizour : lancement imminent d’un pôle plomb-zinc stratégique pour 2026

La dynamique minière ne se limite pas au fer. À l’est du pays, la mine de plomb et de zinc d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, entrera dans sa phase opérationnelle avant la fin du premier trimestre 2026. « Les premiers travaux de forage débuteront fin mars prochain », a annoncé le président, soulignant que le lancement du projet intervient après concertation locale et régularisation foncière.

« Nous sommes désormais sur le point de lancer le projet avec l’accord des citoyennes et des citoyens », a-t-il assuré. Dans le même élan, le projet intégré de phosphate de Bled El-Hadba avance vers sa phase logistique décisive. Le président a indiqué que la ligne minière Est vers le port d’Annaba mobilisera, après l’achèvement de la ligne Ouest, l’ensemble des capacités nationales de réalisation ferroviaire. Sur un linéaire de 450 km, il ne resterait que 150 à 175 km à finaliser dans un délai d’environ une année.

Le chargement du phosphate algérien au quai minéralier du port d’Annaba est attendu entre la fin de l’année 2026 et le premier semestre 2027, marquant l’entrée en production d’une filière intégrée orientée vers la transformation et l’exportation. Le rail constitue justement l’autre pilier structurant de la feuille de route présidentielle.

Le réseau national est appelé à s’étendre vers le Grand Sud dans une logique de désenclavement, de soutien aux projets productifs et d’intégration territoriale. Le chef de l’État a confirmé que la voie ferrée atteindra la wilaya d’Adrar entre la fin de l’année 2026 et le premier semestre 2027. Plus encore, la mise en exploitation de la ligne Alger-Tamanrasset est projetée pour 2028 « si tout se déroule conformément au plan ». Ce déploiement s’appuie aussi sur des montages financiers ciblés : un financement de plus de 3 milliards de dollars de la Banque africaine de développement est mobilisé pour l’extension des lignes vers El Meniaa et Ghardaïa, avec des conditions de remboursement étalées sur 13 ans.

Le président a insisté sur la philosophie suivie : un recours à des financements extérieurs « selon une vision rationnelle et exclusivement orientée vers des projets économiques à haute rentabilité », tout en affirmant que l’Algérie « n’hypothèquera pas l’avenir de ses enfants par l’endettement et ne renoncera jamais à l’indépendance de sa décision ».

Voie ferrée Alger–Tamanrasset : le pari du grand Sud sur les rails à l’horizon 2028

Sur le front du commerce extérieur, Abdelmadjid Tebboune a mis en avant la progression des exportations hors hydrocarbures, évaluées à 5 milliards de dollars. Il a qualifié ce niveau de « miracle à tous égards » comparé aux 1,5 milliard de dollars des périodes précédentes. Il a toutefois alerté sur les obstacles rencontrés sur certains marchés, évoquant « une guerre menée contre l’Algérie en matière d’exportations hors hydrocarbures » et des « pratiques déloyales », citant notamment les quotas imposés aux exportations de rond à béton vers l’Europe, consommés en quelques jours.

« Certains pays incitent à la haine contre l’Algérie, en croyant que nous allons succomber à ces méthodes viles », a-t-il déclaré, tout en assurant que des démarches de renégociation sont engagées. Le président a également mis en avant l’amélioration de plusieurs indicateurs internes. Il a souligné le recul de l’inflation, passée selon lui de près de 11 % en 2019 à moins de 1,8 %, parlant d’« un miracle dans le contexte actuel ». Il a justifié le maintien de la gratuité de l’autoroute Est-Ouest par la nécessité de préserver le pouvoir d’achat, rappelant que cet axe est vital pour le transport inter-wilayas des produits de première nécessité. Réaffirmant la doctrine sociale de l’État, il a résumé : « L’Algérie est un État social qui autorise la liberté des affaires, mais qui veille en même temps à la protection de la classe ouvrière, dans le cadre d’une solidarité nationale garantissant des prix à la portée des citoyens ».

Enfin, sur le plan des partenariats, il a annoncé que la prochaine visite de la présidente du Conseil des ministres italien permettra d’évaluer les avancées économiques bilatérales et d’examiner de nouveaux leviers, notamment la création d’une chambre de commerce algéro-italienne. Il a rappelé l’intérêt stratégique du plan Mattei pour l’Afrique et cité le grand projet agricole italien de 35 000 hectares à Timimoun, appelé à accueillir des stagiaires de plusieurs pays africains, comme illustration d’une coopération tournée vers la production et le transfert de compétences.

Par Selma Rachid

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