Organisation de la vente du bétail: La numérisation pour assainir le marché
Longtemps marqué par l’informel, la spéculation et l’absence de données fiables, le marché du bétail en Algérie s’engage dans une phase de réorganisation profonde à la faveur du lancement d’une nouvelle plateforme numérique dédiée au suivi et à la gestion des flux de bétail, notamment importé. Présentée comme un outil structurant, cette plateforme ambitionne de remettre de l’ordre dans les circuits de vente et de rétablir une meilleure transparence au bénéfice des éleveurs comme des consommateurs.

Déployée sous la supervision des autorités de tutelle et conçue par des ingénieurs algériens, la plateforme permet de suivre le parcours du bétail depuis les ports d’entrée, en passant par les étapes de transport et de quarantaine sanitaire, jusqu’aux points de distribution finale. Au-delà de la traçabilité logistique, elle se positionne comme un levier central pour l’organisation de la vente du bétail, un maillon longtemps considéré comme le plus vulnérable de la filière. Pour Brahim Amrani, vice-président de la Fédération nationale des éleveurs de bétail, cette initiative répond à une réalité largement partagée par les professionnels.
« Le ministère est conscient que le nombre de têtes de bétail a fortement diminué ces dernières années et que la production nationale ne suffit plus à couvrir la demande. Cette rareté a créé une situation de flambée des prix sans précédent », a-t-il expliqué au micro d’Echourouk News, estimant que la numérisation constitue aujourd’hui « une bouffée d’oxygène pour un marché sous tension ».
L’un des objectifs affichés de la plateforme est de mettre fin aux pratiques spéculatives et aux situations de monopole qui pénalisent à la fois les éleveurs et les consommateurs. En encadrant les opérations d’importation, de distribution et de vente à travers des autorisations claires et un cahier des charges précis, les pouvoirs publics entendent instaurer une régulation plus fine du marché. « L’importation doit se faire sous le contrôle du ministère de l’Agriculture, avec des agréments accordés aux opérateurs réellement actifs sur le terrain et dans le respect strict des règles », a souligné Brahim Amrani, convaincu que cette démarche contribuera à rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande.
La plateforme numérique ouvre également la voie à une organisation plus rationnelle de la vente du bétail, en s’appuyant sur la création d’une base de données électronique pour chaque tête de bétail. Cette identification, à travers des boucles auriculaires ou des puces électroniques, permettra de connaître avec précision l’origine, le statut sanitaire et le parcours de l’animal. « L’objectif est clair : disposer d’un recensement réel du cheptel national, avec une identification qui ne laisse aucune place à la falsification », a insisté le vice-président de la Fédération, rappelant que cette mesure facilitera aussi les transactions commerciales et le suivi des troupeaux.
L’expérience de l’importation massive de bétail à l’occasion de l’Aïd El-Adha reste, à ce titre, un repère important. Selon Brahim Amrani, près de 99 % des animaux importés à cette période étaient des mâles destinés directement à l’abattage, ce qui a limité les risques de perturbation du cheptel national. À l’avenir, l’orientation serait de maintenir les femelles reproductrices dans des exploitations encadrées et sous surveillance de l’État, afin de renforcer progressivement la production locale.
Toutefois, la réussite de cette transition numérique reste conditionnée à un défi majeur : l’intégration des éleveurs non déclarés, qui représentent encore une part importante du secteur. « Sans un recensement généralisé et sans l’adhésion des éleveurs au système d’identification, il sera difficile d’atteindre les résultats escomptés », a reconnu Brahim Amrani, tout en appelant à un accompagnement basé sur la sensibilisation et la formation.
Par M. A.
