L’Union européenne veut consolider davantage son partenariat stratégique avec l’Algérie dans le domaine énergétique, en s’appuyant à la fois sur la place du gaz algérien dans l’approvisionnement européen et sur les nouvelles opportunités liées aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert. C’est ce qu’a affirmé l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado Pascua, lors d’une rencontre avec la presse au stand de l’UE au NAPEC.
DE notre envoyé spécial Zahir R.
Indiquant que l’UE participe, pour la première fois, au NAPEC en tant que bloc et en tant qu’union, Son Excellence M. l’Ambassadeur a affirmé que de nombreuses entreprises européennes sont présentes à ce grand évènement de l’Énergie. Une participation qui traduit, dira-t-il, un message « important », à savoir que l’Europe est « extrêmement intéressée » et accorde « beaucoup d’importance » à son partenariat avec l’Algérie dans le domaine énergétique. Il a également souligné la qualité de l’Algérie en tant que « partenaire fiable, solide et stratégique » de l’Europe dans ce secteur.

Diego Mellado Pascua a rappelé que l’Algérie et l’UE sont des « partenaires incontournables » dans le domaine énergétique et que l’Algérie figure parmi les principaux fournisseurs de gaz de l’Europe. Cette relation bénéficie également d’importantes infrastructures gazières qui relient physiquement les deux espaces. L’ambassadeur a relevé que les bouleversements géopolitiques de ces dernières années, notamment ceux liés à la guerre en Ukraine, ont renforcé le partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Europe. Dans ce contexte, l’Algérie est demeurée, selon lui, « un partenaire fiable et important » de l’Europe.
Mais au-delà du gaz, l’ambassadeur estime que l’Algérie peut jouer un rôle important dans la transformation du système énergétique européen, expliquant que l’UE revoit actuellement ses dépendances et ses alliances afin de renforcer sa compétitivité dans un nouveau contexte géopolitique, considérant que l’Algérie peut « jouer un rôle fondamental » dans cette évolution.
Le Vieux Continent souhaite également élargir le partenariat énergétique aux énergies renouvelables, notamment le solaire, l’éolien et surtout l’hydrogène vert, a indiqué l’intervenant, considérant que l’Algérie, forte de son rôle dans le gaz, pourrait également devenir un acteur important dans ce nouveau domaine. « L’Algérie peut continuer à jouer ce rôle fondamental même dans l’énergie renouvelable », a-t-il déclaré, mettant en avant la présence d’entreprises et d’expertises européennes dans ces domaines. Il a également évoqué les travaux engagés autour de l’hydrogène vert, notamment dans le cadre d’une coopération avec plusieurs pays européens.
South2 Corridor : des études en cours
En effet, le développement de l’hydrogène vert ne doit toutefois pas se limiter à la production, mais, affirme-t-il, il nécessite la mise en place de « toute une chaîne industrielle » et d’un écosystème permettant notamment son utilisation localement. Le développement des énergies vertes pour l’industrie algérienne pourrait constituer, selon lui, « une source de compétitivité » et contribuer à libérer davantage de volumes de gaz pour d’autres usages, notamment l’exportation.
Évoquant le projet de SoutH2 Corridor, l’Ambassadeur a affirmé que l’Europe voit également un potentiel à l’exportation de l’hydrogène vert produit en Algérie. « L’UE travaille à la mise en place d’une plateforme destinée notamment à de futurs clients industriels européens », a-t-il souligné, précisant que le projet se trouve encore dans une phase de faisabilité et de préparation, avec des études financées en partie directement par l’Union européenne. L’objectif est notamment de déterminer le coût réel et la faisabilité du projet, alors que des industriels européens manifestent déjà leur intérêt pour les usages de l’hydrogène vert.
Vers la modernisation des relations commerciales
Interrogé sur l’évolution des relations entre l’Algérie et l’Union européenne, notamment dans le contexte de la révision de l’Accord d’association, Diego Mellado Pascua a estimé que cet accord ne constitue qu’« une partie » de la relation globale entre les deux parties. Il a plaidé pour une approche plus large, intégrant notamment l’énergie, l’hydrogène et la coopération économique, avec l’objectif de « réévaluer l’ensemble de nos relations » et de « moderniser la partie commerciale ».
À ce titre, il a cité le lancement récent d’un projet de jumelage avec le ministère algérien de l’Agriculture consacré aux labels de qualité et aux certifications biologiques et organiques des produits agricoles algériens, afin de faciliter leur accès au marché européen. Une initiative présentée comme une manière de moderniser les relations commerciales et d’aller vers un partenariat « gagnant-gagnant ». Sur le plan des échanges financiers, l’ambassadeur a affirmé que la balance des paiements entre l’Algérie et l’Europe est « largement favorable à l’Algérie » lorsque le gaz est pris en compte.
Pour lui, le cadre général des relations doit néanmoins évoluer en fonction des transformations de l’économie et des marchés. « Il faut s’adapter en permanence », a-t-il insisté, en citant notamment l’émergence de l’hydrogène vert comme illustration des nouvelles priorités énergétiques.
À moyen et long terme, l’Europe ne vise pas une autosuffisance énergétique totale, selon l’ambassadeur. Il a expliqué que l’UE entend plutôt développer des partenariats et des « dépendances mutuelles qui soient bénéfiques des deux côtés ». Dans cette perspective, il a clairement affirmé qu’à l’horizon de cinq à dix ans, l’Europe continuera à avoir besoin d’énergie produite en dehors de son territoire et qu’elle continuera à importer de l’énergie « qui vient de l’Algérie ».
Diego Mellado Pascua a également indiqué que plus de 80 % du gaz algérien est consommé en Europe, faisant de l’Union européenne le principal débouché pour le gaz algérien. Il a ainsi appelé à transformer le leadership de l’Algérie dans le gaz en un leadership également dans les énergies renouvelables. « Si l’Algérie est capable de transformer son leadership dans le gaz en leadership dans les renouvelables, vous aurez un pays doublement puissant, doublement leader dans le secteur énergétique », a-t-il déclaré. Pour l’ambassadeur européen, la réussite de la transition énergétique dépendra largement des investissements, aussi bien en Europe qu’en Algérie.
Il a souligné la nécessité de mettre en place des formules de coopération permettant de mobiliser les institutions européennes et les États membres, tout en respectant la souveraineté nationale et les choix économiques et financiers de l’Algérie. « Il faut trouver des formules qui soient gagnant-gagnant », a-t-il conclu.



