PLF 2026: Plaidoyer pour une croissance durable et qualitative
Présenté à l’Assemblée populaire nationale, le projet de loi de finances (PLF) 2026 s’inscrit dans un contexte économique marqué par une croissance positive et une inflation en recul. Invité de la « Chaîne 3 » de la radio nationale, l’économiste Mahfoud Kaoubi a livré une lecture lucide de ce texte budgétaire, plaidant pour un modèle de développement fondé sur la qualité, la performance et la soutenabilité.
Le contexte national présente des éléments assez positifs : une croissance moyenne de 4,1 % en 2024 et de 3 % au premier trimestre 2025, avec une inflation maîtrisée autour de 3%. Selon M. Kouabi, ces indicateurs traduisent la stabilité retrouvée de l’économie nationale, mais appellent désormais à un changement de cap : « L’ambition doit être de passer d’une croissance quantitative à une croissance qualitative, fondée sur la diversification et la création de valeur ajoutée. »
Le PLF 2026 traduit cette orientation par le maintien d’une stabilité fiscale en faveur des entreprises, sans création de nouveaux impôts. Certaines mesures visent même à encourager l’investissement, à l’image de la réduction de l’IRG sur les dividendes de 15 à 10 %, ainsi que le maintien des exonérations pour les secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables, l’industrie ou encore l’agriculture. « L’État a consenti un effort considérable pour soutenir les secteurs productifs, malgré la nécessité croissante de financer les dépenses publiques », a noté l’économiste.
Mais cette politique d’encouragement n’est pas sans coût. Les transferts sociaux atteignent 6 000 milliards de dinars, soit 34 % du budget total, estimé à 17 600 milliards de dinars. Un poids jugé « considérable » par Mahfoud Kaoubi, qui rappelle que les recettes ne couvrent que 8 000 milliards de dinars, générant un déficit budgétaire supérieur à 50 %. « Le caractère social de l’État est pleinement assumé, mais il faut s’interroger sur la soutenabilité de cette dépense »,a-t-il prévenu.
Pour combler ce déséquilibre, le PLF prévoit d’élargir la marge de financement auprès de la Banque d’Algérie, portant le plafond des avances de 10 à 20 % des dépenses budgétaires, avec un délai de remboursement prolongé à une année renouvelable. Mais au-delà des ajustements financiers, Mahfoud Kaoubi a appelé à des réformes structurelles profondes. « Il faut réhabiliter le secteur public marchand, le rendre compétitif et libérer le marché des rigidités administratives. L’économie algérienne souffre encore d’un excès de bureaucratie et d’un manque de synergie entre les réformes », a-t-il insisté.
L’expert a également mis en garde contre la dualité du taux de change, qu’il qualifie de « frein majeur à la compétitivité ». Selon lui, cette distorsion alimente le marché informel, qui capterait plus de 35 % de la masse monétaire nationale. « Plus il y a de subventions et de transferts sans contrôle, plus l’informel se développe. Il faut agir sur le prix et amorcer une politique d’unification du taux de change »,a-t-il affirmé.
Kaoubi a enfin plaidé pour une gouvernance rénovée, fondée sur la performance et la transparence dans la gestion des finances publiques. « Il ne suffit pas de dépenser, il faut mesurer les résultats. Les budgets doivent être exécutés avec efficacité, et chaque dinar investi doit produire de la valeur ». Pour lui, le véritable défi du PLF 2026 réside donc dans la transformation qualitative de la croissance : « Notre potentiel est immense. Il est temps de privilégier une croissance durable, équitable et compétitive, portée par l’industrie, l’agriculture modernisée et les technologies nouvelles».
Par Adem A.
