Ports, routes, chemins de fer : L’infrastructure, nouveau pilier de l’économie nationale
L’infrastructure de transport s’impose désormais comme l’un des leviers centraux de la stratégie économique nationale. Entre l’extension accélérée du réseau ferroviaire, la modernisation des ports et la mise à niveau du maillage routier, l’Algérie engage un cycle d’investissements lourds. Ce déploiement massif est destiné à soutenir la croissance, à optimiser la logistique industrielle et à booster l’exportation minière. Aujourd’hui, plus de 3 000 kilomètres de voies ferrées sont en chantier, complétant un réseau routier qui dépasse déjà les 145 000 kilomètres.

Par Selma Rachid
Il ne s’agit plus seulement d’aménagement du territoire, mais bien de l’édification d’un nouveau pilier de l’économie nationale. Cette stratégie, décrite comme sans précédent par son ampleur et sa finalité économique, traite désormais les routes, les rails, les ports et les aéroports comme un seul système productif intégré. L’objectif est clair : réduire les coûts logistiques, augmenter la capacité d’exportation et positionner l’Algérie comme une plateforme d’échanges incontournable entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. L’infrastructure n’est plus un simple support de mobilité ; elle devient un actif économique stratégique à part entière.
Le secteur ferroviaire connaît actuellement sa phase d’expansion la plus intense depuis des décennies. Avec près de 6 000 km de voies exploitées, l’Algérie se hisse au troisième rang africain. Cependant, la dynamique actuelle repose surtout sur les projets futurs. « Le programme de développement du réseau dépasse les 3 000 kilomètres actuellement en chantier », a souligné Abdelkader Mazar, Directeur central à l’ANESRIF, lors de son intervention au « Forum El Oula » de la radio nationale.
Ce dernier a insisté sur la diversité des projets : lignes minières, axes des Hauts-Plateaux, corridors Nord–Sud et raccordements logistiques aux ports. Les lignes minières constituent l’épine dorsale de cette stratégie. Le corridor Est, long de 422 km, est dédié au transport du phosphate entre Bled El Hadba (Djebel Onk) et le port d’Annaba. Présent aux côtés de M. Mazar, Salim Zahnit, Directeur général des Chemins de fer au ministère des Travaux publics, a précisé que l’état d’avancement est significatif : « Nous pouvons dire qu’environ 70 % du projet seront livrés à court terme.
Les tronçons restants concernent des zones au relief difficile, présentant des contraintes géotechniques et climatiques importantes ». Les autorités ont d’ailleurs instruit d’accélérer la cadence pour une mise en service complète avant la fin de l’année.
Souveraineté technique et corridors stratégiques
À l’Ouest, la ligne Béchar–Tindouf–Gara Djebilet, dédiée au fer, est présentée comme un « projet-école ». Elle a permis l’éclosion d’un savoir-faire national en ingénierie désertique. Abdelkader Mazar rappelle que « ce projet a été salué au niveau international pour la qualité des travaux et le respect des délais, malgré un environnement extrêmement contraignant ».
Cette dynamique a favorisé la spécialisation d’entreprises publiques nationales, renforçant ainsi la base industrielle du pays. Parallèlement, l’ossature nationale se densifie avec quatre grands corridors Nord–Sud. Le projet Alger–Tamanrasset (2 400 km) avance par étapes, avec des tronçons déjà livrés et d’autres en cours de financement ou de travaux.
Pour Salim Zahnit, la logique a changé : « Nous ne réalisons plus des lignes uniquement pour le transport de voyageurs, mais comme des artères économiques, connectées aux mines, aux ports et aux plateformes logistiques ».
L’intermodalité : la règle d’or
Cette montée en puissance du rail s’articule avec une vision portuaire ambitieuse. L’extension du port d’Annaba, liée au corridor phosphatier, en est l’illustration : avec un tirant d’eau de 16 mètres, il pourra traiter simultanément cinq navires de 80 000 tonnes. « Un port qui n’est pas relié au rail et à l’autoroute n’a pas de pleine rentabilité », martèle Salim Zahnit. La connexion multimodale est désormais la règle d’or de chaque projet. Sur le plan routier, Ismaïl Rabhi, Directeur général des Infrastructures de base, a rappelé que l’Algérie gère un linéaire global de 145 000 km, dont 1 500 km d’autoroutes.
La priorité est double : augmenter les capacités et assurer la maintenance. « Nous consacrons près de 160 milliards de dinars par an au développement : élargissements, dédoublements et modernisation », a-t-il indiqué. Un programme spécifique de réhabilitation des autoroutes débutera en 2026, tandis que la Transsaharienne reste une priorité absolue pour assurer la continuité logistique vers les marchés africains.
Cette transformation dépasse le cadre technique pour devenir un projet de société. Elle agit directement sur l’emploi et la formation. Salim Zahnit évoque « des milliers de travailleurs mobilisés et des compétences nouvelles acquises ». Il insiste sur la dimension qualitative : « La maîtrise technique est devenue essentielle. Chaque métier doit désormais être formé et certifié », transformant ainsi les grands chantiers en véritables moteurs de développement humain et territorial.
S. R.
