La rencontre du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avec les opérateurs économiques traduit une volonté de redéfinir les relations entre l’État et les entreprises autour d’engagements réciproques et d’objectifs de production. Pour l’économiste et expert financier Nabil Djemaâ, cette orientation s’inscrit dans la transition d’une économie fondée sur la dépense publique vers un modèle davantage porté par la production nationale, l’investissement productif et la création de valeur ajoutée.

Cette démarche vise à renforcer la contribution des opérateurs économiques à la transformation du modèle économique national, en faisant de l’investissement productif une priorité. Elle repose sur des engagements réciproques et des résultats concrets. « Le principe fondamental est de passer d’une économie de dépense à une économie de production », a affirmé l’expert sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale, estimant que cette évolution suppose de clarifier les responsabilités de chaque partie. Le principe du « contrat-obligation » implique ainsi que le soutien de l’État soit accompagné d’engagements concrets des opérateurs économiques en matière de production, de qualité, de création de richesses et de substitution aux importations.
Sur la question du financement, Nabil Djemaâ rappelle que l’État a assuré près de 85 % de l’investissement, une part qu’il juge excessive au regard de la contribution du secteur privé. « Il serait souhaitable d’aller vers un partage plus équilibré, autour de 50 % pour l’État et 50 % pour les opérateurs économiques », a-t-il estimé. Il appelle donc les entreprises à renforcer leur production, à favoriser le transfert de technologie et à contribuer à l’objectif national d’un PIB de 400 milliards de dollars.
L’expert déplore par ailleurs la faible mobilisation de certaines ressources au profit de l’investissement productif, en rappelant l’estimation du président de la République selon laquelle plus de 100 milliards de dollars seraient thésaurisés hors du circuit bancaire. « La mobilisation de ces fonds est essentielle pour financer l’investissement productif et renforcer les capacités de financement de l’économie », a-t-il insisté.
La réussite de cette relation dépend aussi d’une implication accrue des banques dans le financement de l’activité productive. Nabil Djemaâ met en avant leur rôle déterminant, malgré une certaine frilosité face au risque et des insuffisances en matière de formation. « Les banques doivent accompagner les entreprises à toutes les étapes de leur développement, y compris lorsqu’elles rencontrent des difficultés temporaires de trésorerie », a-t-il précisé. Il juge nécessaire de faciliter l’accès aux fonds de roulement pour soutenir la production des entreprises établies.
Dans ce contexte, les assurances du président de la République, qui a écarté les poursuites contre les dirigeants et les banquiers en l’absence de malversations, visent à encourager davantage d’initiatives en matière de financement. L’expert relève également l’apport du factoring, mécanisme introduit par la Banque d’Algérie, qui permet aux entreprises de mobiliser leurs créances commerciales pour répondre à leurs besoins de trésorerie.
Enfin, le foncier industriel demeure une préoccupation majeure pour les investisseurs. Selon Nabil Djemaâ, le déblocage des projets viables, créateurs de valeur ajoutée et capables de réduire les importations, nécessite une meilleure coordination entre les administrations. « Il est essentiel de renforcer la coordination entre le commerce extérieur, les banques, les impôts, les douanes et l’Agence algérienne de promotion de l’investissement afin de lever les blocages qui freinent les projets », a-t-il déclaré.
Il attribue en outre un rôle clé à la numérisation dans la lutte contre la sous-facturation, les hausses artificielles des prix et les pratiques des importateurs non sérieux, un chantier pour lequel la loi de finances 2027 prévoit une enveloppe de 10 milliards de dinars. Évoquant l’industrie automobile et les pièces détachées, il préconise de développer une production locale compétitive et de s’inspirer des pratiques européennes en matière d’outils numériques pour contrôler les prix des fournisseurs internationaux.
Par Selma R.



