Repenser le plan agricole national : Une urgence face au changement climatique
La campagne agricole s’ouvre dans un contexte profondément marqué par les dérèglements climatiques, qui bouleversent les équilibres hydriques et fragilisent les modèles de production traditionnels. Devant l’irrégularité des précipitations et l’avancée de l’aridité vers des zones autrefois humides, l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) appelle à une refonte urgente et complète du plan agricole national, devenu obsolète au regard des mutations observées sur le terrain.
Selon Khalfallah Mechri, secrétaire général de l’UNPA, l’Algérie ne peut plus se satisfaire d’un plan élaboré il y a près de vingt ans, à une époque où les stress hydriques n’avaient pas atteint l’ampleur actuelle. « Des régions telles que le nord de Sétif ou l’est de Bordj Bou Arreridj, autrefois réputées pour leur humidité, sont aujourd’hui semi-arides », a-t-il souligné sur les ondes de la «Chaîne I» de la radio nationale, estimant que la planification agricole doit désormais reposer sur la réalité hydrique plutôt que sur les schémas historiques. Pour lui, l’agriculture algérienne doit changer de logique : « On ne peut plus travailler sur le mode : on sème et on attend la pluie. Ce modèle appartient au passé».
Au cœur de cette recomposition figure l’irrigation complémentaire, devenue selon M. Mechri la seule voie pour assurer une production céréalière durable. Les réunions tenues récemment avec le Premier ministre et le ministre de l’Agriculture ont mis en évidence l’importance de généraliser cet outil, en facilitant l’accès des agriculteurs aux équipements nécessaires
« Le président de la République a instruit d’accélérer la mise à disposition du matériel d’irrigation, presque gratuitement. C’est une décision stratégique pour sauver nos rendements », a-t-il affirmé. L’objectif fixé est ambitieux : atteindre entre 35 et 40 quintaux par hectare, un seuil impossible à atteindre sans un apport hydrique maîtrisé. L’UNPA plaide également pour une meilleure exploitation des ressources disponibles, notamment les eaux usées traitées et les petits bassins collinaires, afin de limiter l’impact des sécheresses récurrentes. « Le vrai combat de demain sera celui de l’eau. Si nous n’organisons pas ce secteur dès maintenant, nous mettrons en péril notre sécurité alimentaire », a averti le responsable, rappelant que l’Algérie doit assurer l’alimentation de 45 millions de citoyens, un chiffre appelé à grimper d’ici une quinzaine d’années. Les agriculteurs, de leur côté, continuent de faire face à des contraintes structurelles qui freinent la modernisation souhaitée.
Les retards dans l’accès aux engrais, aux semences certifiées ou au matériel mécanisé demeurent des obstacles persistants, aggravés par des procédures administratives jugées trop lourdes. « Un agriculteur ne peut pas passer ses journées à courir derrière vingt documents ou trois administrations pour obtenir un sac d’engrais », a déploré le secrétaire général. L’UNPA propose à ce titre une réforme du système de subventions, en orientant les aides non plus vers les intrants mais vers la production finale, afin d’encourager l’efficacité et la performance des exploitations.
Cette transformation s’accompagne toutefois de signes encourageants, notamment l’arrivée d’une nouvelle génération d’agriculteurs plus entreprenants, attirés par la rentabilité croissante du secteur. « De plus en plus de jeunes choisissent l’agriculture, ce qui montre que le secteur retrouve sa valeur économique », s’est félicité Mechri.
Une dynamique visible également dans d’autres filières, comme celle du palmier dattier, fortement valorisée lors des salons professionnels. Entre pression climatique et défis organisationnels, l’agriculture algérienne se trouve à un tournant décisif. En appelant à repenser totalement la carte agricole et à moderniser les outils de production, l’UNPA avertit mais montre aussi la voie : seule une stratégie fondée sur la gestion de l’eau, l’innovation et la simplification administrative permettra de maintenir les équilibres alimentaires du pays. « L’avenir de l’agriculture dépend de notre capacité à nous adapter. Et cette adaptation doit commencer maintenant », a-t-il conclu.
Par Adem A.
