03/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Sécurité hydrique : Des projets de dessalement pour le Sud

La société  » Algerian Desalination Company « (ADC), filiale du groupe Sonatrach, œuvre, dans le cadre de la sécurité hydrique du pays, à l’adoption de solutions innovantes pour le dessalement de l’eau, notamment à travers l’installation de stations mobiles de type conteneur. Ces équipements seront déployés principalement dans les wilayas du Sud, où existent d’importantes réserves d’eaux souterraines salines.

C’est ce qu’a indiqué mardi Mouloud Hachlaf, assistant du président-directeur général de la société, dans une déclaration à la Radio nationale. Il a en effet précisé que l’ADC œuvre à «développer plusieurs projets, tels que des conteneurs mobiles destinés au dessalement de l’eau de mer et des eaux souterraines, pouvant être déployés dans différentes régions du pays», soulignant que ces conteneurs constituent «des solutions pratiques, notamment dans les wilayas du Sud telles que El-Oued, El-Meghaier et Biskra».

Rappelant que l’Algérie dispose aujourd’hui de 19 stations de dessalement opérationnelles, totalisant une capacité de 3,77 millions de mètres cubes par jour, l’intervenant a indiqué que ce chiffre la place au premier rang africain et au deuxième rang arabe.

Le dessalement couvre déjà 42 % des besoins nationaux en eau potable, un pourcentage appelé à croître rapidement avec l’ambitieux programme lancé à l’horizon 2030, qui vise à atteindre 5,6 millions de m³/jour. Cette dynamique a pris son essor avec le programme d’urgence de 2021, destiné à sécuriser l’alimentation en eau de la capitale et de ses environs. Trois stations majeures (Corso, El Marsa et Bordj El Kiffan / Bateau Cassé) ont vu le jour, livrées dans des délais records de 6 à 18 mois malgré le contexte du Covid-19, assurant à elles seules 150 000 m³/jour. Fort de ce succès initial, un premier programme complémentaire a été rapidement mis en œuvre, ajoutant 1,5 million de m³/jour à la capacité nationale.

Cette prouesse repose sur la construction de cinq grandes stations (El Tarf, Béjaïa, Boumerdès, Tipaza/Fouka 2 et Oran/Aïn Kerma) réalisées en seulement 26 mois, soit deux fois plus vite que la norme internationale. Ces unités illustrent la montée en puissance du génie algérien. Les chiffres de production enregistrés jusqu’à octobre 2025 confirment d’ailleurs l’efficacité de ces infrastructures : Tipaza a ainsi produit 39 millions de m³, Oran 37 millions de m³, Boumerdès 31,7 millions de m³, El Tarf 29,5 millions de m³, et Béjaïa 11,5 millions de m³. Pour M. Hachlaf, cette réalisation est un jalon technologique majeur : « les jeunes ingénieurs algériens exploitent et entretiennent aujourd’hui toutes les stations du pays. C’est la meilleure preuve que l’Algérie a franchi un cap technologique ».

Vers une intégration industrielle nationale

Un deuxième programme complémentaire (2025-2030) vient d’être validé par le Conseil des ministres. Il prévoit la construction de six nouvelles stations d’une capacité totale de 1,8 million m³/jour, avec un investissement estimé à 2,8 milliards de dollars. Les nouveaux sites seront implantés notamment à Chlef, Mostaganem et Tlemcen, des régions confrontées à un déficit pluviométrique, et contribueront à porter la couverture hydrique à 60 % des besoins nationaux, permettant d’alimenter les zones intérieures situées jusqu’à 250 km de la côte.

Le recours aux énergies renouvelables constitue une innovation majeure pour ces nouvelles infrastructures : entre 30 et 35 % de leurs besoins énergétiques seront assurés par le solaire, réduisant ainsi le coût environnemental d’un procédé énergivore. M. Hachlaf a d’ailleurs expliqué que « L’objectif est de réduire cette dépendance énergétique et de tendre vers un modèle plus durable », rappelant que la consommation électrique représente près de 30 % du coût total de production, le coût moyen du mètre cube oscillant entre 95 et 100 DA (avec un prix de vente au consommateur subventionné à 6 DA).

Un moteur d’emploi et de développement local

Au-delà de l’enjeu hydrique, le dessalement génère un fort impact économique et social. Plus de 10 000 emplois directs et indirects ont été créés lors des chantiers récents, entraînant la modernisation des infrastructures locales (routes, réseaux électriques, télécommunications). Le taux d’intégration nationale atteint désormais 30 %, notamment grâce à la fabrication locale d’équipements et de structures, avec l’objectif de dépasser 50 % d’ici quelques années. L’ADC soutient activement les start-up et les PME impliquées dans la production de membranes et de composants techniques. « L’eau dessalée n’est plus une solution d’urgence, mais un levier de développement durable et d’autonomie industrielle », a souligné M. Hachlaf.

L’expérience algérienne commence à susciter l’intérêt international.  La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) a salué les réalisations nationales après la visite de son président sur plusieurs sites. Des projets de coopération technique et de transfert d’expertise sont envisagés, notamment vers les pays africains.  En somme, en moins d’une décennie, l’Algérie a réussi à bâtir une filière complète, de la conception à l’exploitation, tout en assurant la formation d’une nouvelle génération d’ingénieurs et de techniciens.

Par Adem A.

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