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Face aux contraintes de la transition énergétique et aux déséquilibres persistants des partenariats dans les hydrocarbures, l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) veut renforcer la maîtrise du continent sur ses ressources et ses chaînes de valeur. Pour y parvenir, son secrétaire général, Farid Ghezali, défend une approche fondée sur quatre piliers : la souveraineté énergétique, le financement africain, le raffinage et la valorisation du capital humain.

La transition énergétique s’impose d’abord comme l’un des principaux enjeux de cette stratégie. L’APPO plaide pour une approche qui concilie les impératifs environnementaux avec les besoins de développement et de souveraineté du continent. Invité de l’émission « L’invité du jour » de la « Chaîne III » de la Radio nationale, Farid Ghezali a rappelé que l’Afrique contribue à moins de 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il estime, en conséquence, que les politiques climatiques doivent tenir compte des besoins du continent en matière d’électrification, d’infrastructures, d’agriculture, d’écoles et d’hôpitaux. « Nous ne pouvons pas accepter une transition énergétique qui nous est imposée de l’extérieur », a-t-il souligné, appelant à produire les ressources de manière « efficace et intelligente », dans le respect des exigences environnementales.

Dans le même esprit, l’APPO entend rééquilibrer les partenariats avec les investisseurs étrangers. Selon Ghezali, ceux-ci doivent favoriser le transfert de technologies, la formation et la recherche, plutôt que de se limiter à l’extraction et au rendement financier. « Nous voulons des partenariats qui permettent à l’Afrique de créer de la valeur, de maîtriser la technologie et de former ses propres compétences. Il faut que le partenariat soit réellement gagnant-gagnant », a-t-il expliqué. Pour atteindre cet objectif, l’organisation travaille à l’harmonisation des cadres réglementaires et fiscaux de ses 18 pays membres, afin de renforcer la position des États producteurs et de réaffirmer que « l’investisseur n’est pas le décideur ».

Le raffinage constitue un autre axe prioritaire. L’Afrique produit entre 7 et 8 millions de barils par jour, mais n’en raffine qu’environ 30 %, ce qui l’expose aux importations de produits raffinés et aux tensions des marchés internationaux. « Nous produisons notre pétrole, mais nous continuons à importer une grande partie des produits raffinés. C’est une vulnérabilité que nous devons corriger en développant des raffineries sur le continent », a relevé le secrétaire général de l’APPO. L’organisation préconise donc la création de raffineries régionales pour renforcer la sécurité énergétique. Dans ce domaine, l’Algérie constitue, selon Ghezali, une référence grâce à des capacités de raffinage qui couvrent les besoins du marché national. Son expertise est par ailleurs mobilisée dans la formation des cadres africains, notamment à travers l’IAP et l’INH.

La réussite de ces projets suppose toutefois des moyens financiers adaptés, et le financement représente à ce titre un maillon essentiel. La future Banque africaine de l’énergie, développée avec Afreximbank, doit disposer d’un capital initial de 500 millions de dollars, avec une capacité de mobilisation pouvant atteindre 5 milliards de dollars. Elle devrait financer, dès 2027, des projets dans les infrastructures gazières, le stockage, les réseaux électriques et le raffinage. « Nous devons disposer de nos propres instruments de financement pour accompagner les projets énergétiques africains et ne pas dépendre exclusivement des financements extérieurs », a souligné Farid Ghezali.

Parallèlement, l’APPO mise sur le contenu local et sur les compétences. Une plateforme continentale d’appels d’offres doit faciliter l’accès des entreprises africaines aux marchés énergétiques, avec pour objectif de porter l’intégration du contenu local à 50 % d’ici 2030. De son côté, une plateforme des instituts de formation doit aboutir à un catalogue continental des qualifications d’ici janvier 2027, tandis que la mise en réseau des chercheurs et des ingénieurs doit soutenir les projets de recherche et développement. À travers ces initiatives, l’APPO entend renforcer son rôle dans l’intégration énergétique et industrielle du continent. L’intérêt manifesté par la Tunisie, la Mauritanie et la Tanzanie pourrait d’ailleurs contribuer à élargir cette dynamique à de nouveaux membres.

Par Selma R.

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