L’Algérie mène des discussions avancées avec la Banque mondiale en vue de mettre en place une nouvelle initiative de financement destinée aux start-up nationales à fort potentiel de croissance. L’objectif est de mobiliser une enveloppe dépassant les 10 millions de dollars pour renforcer les fonds propres de ces entreprises et accompagner leur développement. Selon le ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, cette initiative devrait être annoncée à l’occasion de la 5e édition de la Conférence africaine des start-up, prévue du 5 au 7 décembre prochain à Alger.
Le ministre a précisé que les discussions avec l’institution financière internationale portaient sur un mécanisme destiné à apporter des ressources supplémentaires aux entreprises innovantes ayant atteint un certain niveau de maturité et présentant d’importantes perspectives de croissance. « Nous travaillons avec la Banque mondiale sur une initiative de financement qui devrait dépasser les 10 millions de dollars et permettre d’augmenter le capital de start-up algériennes à forte croissance », a-t-il expliqué dans un entretien accordé à Asharq Business Bloomberg.
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de diversification des instruments de financement de l’innovation, alors que les besoins des entreprises évoluent avec leur développement. Outre les mécanismes existants, le département ministériel mise notamment sur la création de fonds d’investissement spécialisés et sectoriels, en coordination avec les ministères concernés, particulièrement dans l’énergie, l’agriculture et l’intelligence artificielle.
Le ministre a par ailleurs rappelé que « la précédente édition de la Conférence africaine des start-ups avait permis aux entreprises algériennes de réaliser près de 10 millions de dollars de levées de fonds ». L’ambition est désormais de dépasser ce résultat grâce aux rencontres entre entrepreneurs, investisseurs et institutions financières, notamment dans les espaces de mise en relation B2B et le «Deal Room».
Parallèlement, les pouvoirs publics comptent mobiliser davantage de ressources nationales en faveur de la recherche, du développement et de l’innovation. À ce titre, Noureddine Ouadah a évoqué la disposition introduite dans la loi de finances 2026, qui institue une contribution de 1 % sur les bénéfices des entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 2 milliards de dinars, soit environ 15 millions de dollars. Les textes d’application de cette mesure viennent d’être publiés et devraient permettre de dégager des centaines de millions de dollars par an pour soutenir l’effort national d’innovation. Cette évolution intervient dans un contexte de développement de l’écosystème entrepreneurial algérien, passé d’environ 200 start-up en 2020 à plus de 15.000 projets, entreprises innovantes et incubateurs aujourd’hui. L’introduction du label « entreprise accélérée » (scale-up) constitue en outre un nouvel instrument destiné à accompagner les structures ayant dépassé le stade de lancement et souhaitant accéder à des marchés plus importants. Outre les annonces financières, l’enjeu pour l’Algérie est de consolider les capacités de financement des entreprises innovantes, de favoriser leur changement d’échelle et de faire émerger des acteurs technologiques capables de se positionner sur les marchés africains et internationaux.
La DeepTech, nouveau moteur de l’innovation africaine
Pour rappel, le ministre Noureddine Ouadah a annoncé samedi à Alger l’organisation de la 5e édition de la Conférence africaine des start-ups, du 5 au 7 décembre au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, qualifiant cette rencontre de plus grand événement technologique du continent. Placé sous la thématique de la DeepTech et de la souveraineté technologique, ce rendez-vous continental s’inscrit dans une dynamique d’accélération du financement de la technologie profonde en Afrique.
Il ambitionne de réunir plus de 25.000 participants, une quarantaine de délégations ministérielles, ainsi que des investisseurs, des experts et des acteurs institutionnels venus du monde entier. Les conclusions des éditions précédentes ayant déjà été intégrées aux résolutions officielles de l’Union africaine, cette manifestation de trois jours offrira un cadre stratégique d’échanges et de partenariats autour de la souveraineté numérique, des ressources énergétiques, de la santé, du capital humain et de la place des femmes dans l’innovation de rupture. La 5e Conférence africaine des start-ups sera consacrée à la DeepTech et à son rôle dans le développement technologique du continent.
Cette nouvelle étape vise à faire évoluer l’Afrique du statut de consommatrice vers celui de conceptrice et de productrice de solutions innovantes, notamment dans l’intelligence artificielle, les biotechnologies, la robotique, les semi-conducteurs et les énergies renouvelables. Pour Salah Eddine Bouzerd, directeur de la communication et de la coopération au ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, cette orientation constitue un tournant pour le continent. « Le troisième saut que nous considérons sera celui de la DeepTech, avec des solutions et des innovations de rupture susceptibles de changer le modèle économique de certains pays africains », a-t-il déclaré sur les ondes de la « Chaîne III » de la Radio nationale.
Les financements consacrés à ce secteur en Afrique sont passés de 86 millions de dollars en 2015 à 4,1 milliards de dollars en 2025. La conférence abordera notamment les enjeux de souveraineté numérique, de valorisation des minerais critiques, de santé, de formation et de participation des femmes à l’innovation technologique. L’ambition est également de développer des solutions adaptées aux réalités africaines, particulièrement dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Par Selma R.
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