Stratégie nationale des pôles énergétiques: Vers la réalisation de huit centrales régionales
L’Algérie accélère la mise en œuvre de sa stratégie nationale des pôles énergétiques, un programme d’envergure destiné à réaliser huit grandes centrales régionales. Ce chantier, présenté comme l’un des projets structurants du secteur, vise à renforcer la sécurité énergétique du pays, soutenir l’industrialisation et accompagner l’essor des investissements agricoles. L’objectif est de rapprocher l’énergie des zones de consommation afin de réduire les pertes, optimiser les coûts et créer de nouveaux pôles de développement.
La mise en service récente de la centrale de Kais, dans la wilaya de Khenchela, illustre cette dynamique. Dotée d’une capacité installée de 1266 MW, elle alimente déjà trois wilayas voisines et constitue l’un des exemples les plus avancés de la nouvelle génération de centrales électriques en Algérie. Conçue selon la technologie du cycle combiné, qui associe gaz et vapeur, elle affiche un rendement avoisinant les 60 %, soit le double d’une centrale à cycle ouvert.
Pour Boukhalfa Yaici, directeur général de Green Energy Cluster Algeria, ces réalisations traduisent une vision d’ensemble tournée vers l’efficacité et la proximité énergétique. « L’objectif est clair : rapprocher l’énergie du consommateur. Plus la distance entre la production et la consommation est courte, plus les pertes diminuent et plus l’énergie devient compétitive. C’est une condition essentielle pour soutenir l’agriculture moderne et l’industrie », a-t-il expliqué au micro de la télévision algérienne.
La wilaya de Khenchela, présentée comme un modèle de performance en matière d’accès à l’énergie, enregistre aujourd’hui un taux de raccordement de 98 % pour l’électricité et de 84 % pour le gaz naturel. La centrale de Kais a par ailleurs mobilisé 22 entreprises nationales sur 28, un indicateur, selon Yaici, de la progression des compétences locales. « Cette centrale est un symbole. Elle montre qu’un savoir-faire national existe et qu’il peut mener à bien des projets stratégiques de grande envergure », a-t-il souligné.
Selon les données disponibles, la stratégie des pôles énergétiques repose sur la réalisation progressive de huit centrales régionales, chacune dotée d’une capacité moyenne dépassant 1280 MW. Leur implantation a été déterminée sur la base de critères économiques et géographiques précis, incluant les zones agricoles en développement, les futurs pôles industriels et la nécessité de réduire les coûts de transport de l’énergie. Dans les régions sahariennes, le kilomètre de câblage peut en effet coûter de 6 à 8 millions de dinars, d’où l’importance de rapprocher les infrastructures des utilisateurs. Cette stratégie accompagne par ailleurs un chantier majeur engagé par Sonelgaz depuis 2020, celui du raccordement massif des exploitations agricoles à l’électricité. Ce programme, aujourd’hui en voie d’achèvement, devrait lever un obstacle historique pour les agriculteurs. « Le monde agricole souffrait depuis longtemps de la faiblesse du raccordement. Aujourd’hui, l’accès à l’énergie n’est plus un obstacle : elle existe, l’eau existe, les intrants existent. Le défi désormais, c’est l’efficacité de l’exploitation », a-t-il expliqué.
La montée en puissance de ces pôles énergétiques s’inscrit également dans la stratégie nationale d’exportation d’électricité. Avec une capacité installée d’environ 28 000 MW, l’Algérie dispose d’un excédent important, notamment en hiver, où la consommation se situe entre 9000 et 10 000 MW. « L’Algérie exporte déjà vers la Tunisie, mais ce sont de petites quantités. Le potentiel est bien plus important, surtout avec l’intégration progressive des énergies renouvelables dans le mix national », a rappelé le DG de Green Energy Cluster Algeria. En parallèle, le pays avance dans le développement de centrales solaires à grande échelle, dont les premières unités entreront en service d’ici la fin de l’année, avant une intégration totale au réseau en 2026. Ces installations permettront de réduire l’utilisation du gaz dans la production électrique, libérant ainsi une ressource stratégique destinée à être mieux valorisée, notamment à l’export. Elles contribueront également à la création de milliers d’emplois, soit environ 4000 pour chaque tranche de 1000 MW solaire.
Pour Boukhalfa Yaici, la réussite de cette stratégie dépend aussi de la montée en gamme de l’industrie nationale. « Nous produisons déjà des câbles, des poteaux, des équipements électriques et même certaines composantes photovoltaïques. Si l’on accélère les certifications et l’intégration industrielle, l’Algérie pourra non seulement couvrir ses besoins mais aussi devenir exportatrice sur le continent », a-t-il conclu.
Par Adem A.
