03/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Valorisation des eaux épurées : atteindre 60 % de réutilisation d’ici 2030

Pour faire face au stress hydrique, l’Algérie s’oriente de plus en plus vers l’exploitation des ressources non conventionnelles. À travers un vaste programme de dessalement et le renforcement de la réutilisation des eaux épurées, le pays cherche à consolider sa souveraineté et son autonomie en eau. Dans cette dynamique, la valorisation des eaux usées traitées s’impose progressivement comme l’un des axes majeurs de la stratégie nationale de sécurité hydrique.

Les objectifs sont clairement affichés : passer d’un taux de réutilisation d’environ 27 % à la fin 2025 à 30 % à court terme, pour atteindre 60 % à l’horizon 2030, conformément aux orientations du Président de la République.

Lors de son intervention au forum de la radio, Noureddine Hamidatou, directeur général de l’Hydraulique et du service public de l’eau au ministère de l’Hydraulique, a détaillé les avancées enregistrées, les paliers intermédiaires et la trajectoire fixée à l’horizon 2030, en soulignant que le recours aux ressources dites « non conventionnelles » constitue désormais une nécessité structurelle et non plus une simple option. Selon les chiffres qu’il a présentés, le volume annuel des eaux usées traitées atteint actuellement 613 millions de mètres cubes. Toutefois, l’ensemble de ce volume n’est pas encore valorisé.

En 2024, le taux de réutilisation effective était de l’ordre de 19 %, un niveau jugé insuffisant au regard des besoins croissants en eau, notamment dans le secteur agricole. « Nous disposons d’un volume important d’eaux usées traitées. C’est une ressource réelle. L’enjeu aujourd’hui est de mieux la capter et de mieux l’orienter vers les usages utiles, en particulier l’irrigation », a-t-il expliqué.

Le responsable a indiqué qu’une progression sensible a déjà été réalisée. Le volume d’eaux usées effectivement réutilisées atteint désormais 160 millions de mètres cubes, soit un taux d’environ 27 % à la fin de l’année 2025. Cette évolution est, selon lui, directement liée aux orientations présidentielles en faveur des ressources en eau non conventionnelles et à l’intégration systématique de la réutilisation dans les nouveaux schémas d’aménagement hydraulique.

« Conformément aux instructions des hautes autorités, nous avons relevé le niveau de valorisation de ces eaux. Nous sommes passés d’un taux autour de 19 % à près de 27 %. C’est une progression concrète sur le terrain », a-t-il affirmé. Noureddine Hamidatou a également insisté sur le rôle de substitution que doit jouer cette ressource, en particulier pour l’irrigation agricole, afin de préserver les eaux conventionnelles destinées à la consommation humaine.

« Lorsque nous orientons les eaux traitées vers le secteur agricole, nous libérons des volumes d’eau conventionnelle pour l’alimentation en eau potable. C’est un double gain : nous évitons le gaspillage et nous optimisons l’allocation de la ressource », a-t-il précisé, qualifiant cette démarche de « levier stratégique ».

La feuille de route du secteur repose ainsi sur une montée en puissance graduelle. Un premier palier vise un taux de réutilisation de 30 % à court terme, avant d’atteindre 60 % à l’horizon 2030, un objectif que le responsable juge « ambitieux mais réalisable » au regard des programmes engagés. « L’objectif est d’atteindre 30 % dans une première étape, puis d’aller jusqu’à 60 % d’ici 2030, après la réalisation des projets programmés. Cela repose sur l’extension des stations d’épuration, l’amélioration des réseaux de réutilisation et la coordination avec le secteur agricole », a-t-il déclaré.

Au-delà des chiffres, le message mis en avant est que la réutilisation des eaux usées traitées devient un pilier de la politique nationale de l’eau, au même titre que le dessalement et les transferts inter-barrages. Dans un contexte marqué par la pression climatique et la variabilité des précipitations, cette ressource alternative est appelée à occuper une place croissante dans l’équilibre futur du système hydrique national.

Plus largement, le même responsable a replacé ce chantier dans une stratégie hydrique globale fondée sur plusieurs leviers complémentaires : le renforcement du parc de barrages et des transferts inter-barrages, l’accélération du dessalement de l’eau de mer, l’extension des stations de déminéralisation dans les wilayas du Sud, la réhabilitation des réseaux pour réduire les pertes et les fuites, ainsi que l’amélioration des programmes de distribution, notamment durant les périodes de forte demande comme le mois de Ramadhan.

Il a également insisté sur la généralisation des techniques d’irrigation économe en eau et sur la coordination avec les secteurs de l’agriculture et de l’énergie, estimant que la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique « forme un ensemble indissociable qui doit être géré de manière intégrée ».

Suivi renforcé pour l’AEP durant le Ramadhan

La distribution de l’eau potable durant le Ramadhan fait l’objet d’un suivi renforcé de la part des services de l’hydraulique, afin d’assurer la continuité du service et de réduire les déséquilibres entre les régions. Face à la hausse de la demande observée pendant cette période, les autorités ont procédé à une adaptation des programmes de distribution et à un ajustement des schémas d’alimentation.

Intervenant sur cette question, Noureddine Hamidatou a indiqué que « des plans spécifiques ont été activés pour le Ramadhan, avec un réaménagement des créneaux de distribution, un suivi quotidien de la situation locale et des interventions rapides en cas de perturbation ». L’objectif, a-t-il souligné, est d’assurer une alimentation plus régulière durant le mois sacré, tout en maintenant le principe d’équité territoriale dans la répartition de la ressource.

Le responsable a, dans ce cadre, présenté la structure actuelle de la distribution à l’échelle nationale. Selon lui, 46 % des zones bénéficient d’une distribution quotidienne, tandis que 34 % sont alimentées un jour sur deux. Les secteurs connaissant une distribution espacée de plus de deux jours représentent environ 20 %. En synthèse, près de 80 % de la population reçoit de l’eau potable selon un rythme allant du quotidien à un jour sur deux. « Ces niveaux résultent des ajustements opérés après l’amélioration récente du taux de remplissage des barrages et la mise en service progressive de nouvelles capacités de production ».

Par Selma Rachid

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