Chronique Eco: Un été chaud pour des Recompositions ou des décompositions
La guerre sur Gaza et le conflit russo-ukrainien ont montré les limites du multilatéralisme promu au statu de dogme par les institutions d’après seconde guerre mondiale. Les institutions de Bretton-Woods continuent à ronronner sur le développement et la lutte contre la pauvreté. Ils recommandent l’austérité aux plus démunis et le libre-échange mondial aux plus nantis ; mais lorsque Trump a fracassé le système de libre -échange, l’OMC, le gendarme de ce système, n’a pas bougé le petit doigt. Après 80 années de discours et de rapports édulcorés en fonction du contexte et des acteurs, il est peut-être arrivé le moment de faire le bilan de ces institutions et de reconsidérer leur utilité pour l’avenir. Les PAS des années 90 et 2000 ont laissé des traces, voire des trous, dans les processus d’évolution des sociétés les moins avancées. Ces pays ont payé la facture pour le développement (lutte contre la corruption, privatisation jusqu’au services publics, dévaluation de la monnaie, licenciement massif, …) mais rien en retour, pas de développement et plus de corruption et de pauvreté. En fait, tout ce qu’on a gardé de ces institutions financières créées en 1944, est le consensus de Washington établi en 1989. Ce consensus est une mise à jour à forte connotation libérale des accords de Bretton Woods. Ce consensus énonce à destination des pays en développement dix recommandations (plutôt dix Commandements). On peut citer les plus importantes : Discipline budgétaire, Réorientation des dépenses publiques, Libéralisation financière, Libéralisation du commerce, Privatisation des entreprises publiques…
La vie économique en ce début d’été a été ponctuée par quelques incursionsinattendues et dont l’impact est réel sur notre économie :
D’abord la déclaration de la délégation du FMI dans le cadre de sa revue périodique au titre du chapitre IV. La déclaration (communiqué) du FMI sur l’économie algérienne demeure lapidaire mais sans pertinence : elle signale le déficit budgétaire, la faible efficacité de la dépense publique, le volume des subventions et la faiblesse de la diversification de l’économie algérienne. Rien de nouveau par rapport à la déclaration précédente. A-t-on besoin d’une visite d’une délégation du FMI venant de Washington pour nous lire quelques indicateurs connus de tous les algériens. Le jugement de la déclaration sur l’économie nationale oscille entre résilience et vulnérabilité. Le curseur est difficile à placer pour savoir où nous sommes vraiment. La Banque d’Algérie et l’ONS produisent ces données périodiquement. Le véritable problème pour produire des tableaux de bord et des analyses est celui du Système National d’Information Economique. Rien n’est fait à ce sujet ; on continue à « bricoler » quelques données brutes, tantôt on saisit la production du seul secteur public, tantôt on calcule le taux d’inflation avec un panier de produits défini au cours du siècle dernier, alors que le calcul du chômage a perdu l’enquête semestrielle organisée régulièrement jusqu’en 2019.
Le FMI, comme la Banque mondiale continuent à produire des rapports, organiser des conférences et réaliser des études dont les impacts sur le développement sont nuls ou très faibles.
Ensuite, vient la note stratégique sur l’Algérie d’un Think tank américain (le Washington Institute for Near East Policy (WINEP).
Le titre de la note est en soi révélateur d’une surprise : « Engagement stratégique des États-Unis avec l’Algérie :Une voie à suivre dans un contexte de dynamique mondiale changeante ». D’emblée, la note annonce les objectifs du partenariat Algéro-américain dans le pur style américain : laconique, pragmatique et direct. On peut retenir deux axes centraux : améliorer la sécurité dans une région agitée et en pleine recomposition et contrer un tant soit peu la pénétration de la Chine dans la région. On ne peut plus clair. Selon certains observateurs ce Think Tank est réputé pour sa proximité avec les cercles de décision néoconservateurs à Washington et pour sa défense intransigeante des intérêtsisraéliens.
La note nuance cette position tranchée et précise “Pour porter l’engagement à un niveau supérieur, Washington doit faire preuve d’un respectconstant envers Alger et montrer clairement qu’il n’agit pas uniquement par intérêt personnel. Des dialogues réguliersdevraient donc être organisés afin d’intégrer les principales préoccupations et aspirations de l’Algérie concernant le partenariat bilatéral, et vice versa, notamment dans les domaines clés de la sécurité et de l’énergie.” Le secteur des mines est directement visé : “L’exploitation minière et l’agroindustrie sont deux autres secteurs non pétroliers que le gouvernement algérien souhaite développer, offrant des opportunités de collaboration ».
Enfin, l’introduction d’une demande d’arbitrage contre l’Algérie par l’Union Européenne. Cette dernière considère que l’Algérie a créé des obstacles au commerce avec les opérateurs européens. Elle s’appuie sur l’échec du règlement du différend par le conseil de l’Association ; l’exposé des motifs est ainsi formulé : “Compte tenu de l’absence de progrès depuis la saisine du Conseil d’Association le 14 juin 2025, force est de constater que le Conseil d’Association n’est pas en mesure de régler ce différend par voie de décision conformément à l’article 100, paragraphe 2, de l’accord d’association. Puisqu’il n’est actuellement pas possible que le Conseil d’Association règle le différend conformément à l’article 100, paragraphe 2, de l’accord d’association, l’Union Européenne notifie à la République Algérienne Démocratique et Populaire la désignation d’un arbitre conformément à l’article 100, paragraphe 4, premier alinéa.” L’Algérie considère, de son côté, que le différend est en cours de règlement par les instances crées à cet effet par l’Accord d’Association de 2002 et demande la convocation du Conseil d’Association, seul habilité à mettre en place un arbitrage s’il y a lieu.
Cet accord continue de faire couler beaucoup d’encre. Depuis sa signature, il n’a pas apporté une quelconque amélioration des relations économiques et commerciales entre les deux parties. Sa révision, demandée par l’Algérie en 2023, devient indispensable pour mettre à plat toutes les questions liées à son contenu qui gagnerait à être un peu plus équilibré et aux modalités de sa mise en œuvre. L’arbitrage dans un Accord d’Association est en soi une remise en cause de son essence et il ne fera pas de gagnant, mais seulement des perdants.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
