Mines : Vers une exploitation durable et créatrice de valeur
Le secteur minier algérien connaît une profonde mutation. L’atelier national sur la géologie, tenu récemment à Béni-Abbès sous le thème «La géologie algérienne : bilan, défis et perspectives», a mis en lumière la nouvelle stratégie engagée par le gouvernement pour faire des ressources minérales un levier majeur de la diversification économique et du développement durable.

L’Algérie dispose d’un patrimoine géologique exceptionnel, couvrant plus de 2 millions de km², riche en substances minérales stratégiques : fer, phosphate, or, terres rares, manganèse, zinc, baryte, marbre, lithium et autres métaux indispensables à la transition énergétique mondiale. Pourtant, malgré cette abondance, le secteur n’a longtemps contribué qu’à une faible part du PIB, moins de 2 %, en raison d’une exploitation fragmentée et d’une faible transformation locale. Aujourd’hui, le gouvernement ambitionne d’inverser cette tendance. La nouvelle loi minière 12-25, promulguée en août 2025, consacre une approche moderne de la gouvernance des ressources naturelles : attractivité de l’investissement, simplification des procédures, transparence des titres miniers et exigence de transformation locale avant exportation. C’est ce que la secrétaire d’État chargée des Mines, Karima Bakir Tafer, a mis en avant dans son allocution à l’ouverture des travaux de cet atelier.
Elle a en effet insisté sur la nécessité de « valoriser les richesses du sous-sol à travers une exploitation rationnelle, innovante et respectueuse de l’environnement ». Selon elle, « la relance du secteur minier ne doit pas se limiter à l’extraction, mais s’accompagner d’une transformation locale pour créer des emplois durables et réduire la dépendance aux importations». Cette orientation s’inscrit dans le cadre du plan national de développement minier (PNDM), piloté par le ministère des hydrocarbures et des Mines, en coordination avec l’Agence du service géologique de l’Algérie (ASGA) et l’Agence nationale des activités minières (ANAM). L’objectif est de moderniser la connaissance du sous-sol grâce à des campagnes de prospection systématiques, à la mise à jour des cartes géologiques et à l’utilisation de technologies avancées comme la télédétection, la géophysique aéroportée et l’intelligence artificielle appliquée à la cartographie minière.
L’exploration scientifique au cœur de la relance
Pour sa part, le directeur du comité de direction de l’ASGA, Karim Mokhtar, a indiqué que « la recherche géologique constitue la pierre angulaire de toute politique minière durable». Selon lui, le pays doit bâtir une véritable économie de la connaissance appliquée aux géosciences, en renforçant le lien entre les universités, les centres de recherche et les entreprises minières publiques et privées. Dans ce sens, l’atelier de Béni-Abbès a été marqué par la participation d’universitaires, de chercheurs et d’experts venus de plusieurs wilayas du Sud et du Nord. Les débats ont porté sur la cartographie géologique du bassin saharien, les potentialités de la région d’Ougarta, les nouveaux outils de modélisation du sous-sol, ainsi que sur les opportunités de partenariat avec des entreprises étrangères dans les domaines du lithium et du fer.
Pour Nadjiba Bourenane, directrice générale des Mines au ministère, le nouveau dispositif législatif introduit par la loi 12-25 « redéfinit le rôle de l’État comme régulateur et facilitateur ». L’objectif est d’encourager l’investissement tout en garantissant la souveraineté nationale sur les ressources. Désormais, les opérateurs bénéficient de procédures plus fluides pour l’obtention des titres miniers et des autorisations d’exploitation, via une plateforme numérique dédiée à la transparence et à la traçabilité des opérations. Ces réformes ont déjà commencé à porter leurs fruits : plusieurs projets sont à l’étude, notamment l’exploitation du fer de Gara Djebilet, du manganèse de Bouarfa et du lithium dans le Sud-Ouest. Le gouvernement espère que le secteur minier pourra, à moyen terme, contribuer à hauteur de 5 à 6 % du PIB, contre moins de 2 % actuellement, tout en générant des milliers d’emplois directs et indirects.
Au-delà des retombées économiques, le redéploiement minier s’inscrit dans une vision de développement durable. Les autorités affirment que la préservation de l’environnement et la réhabilitation des sites exploités font partie intégrante des cahiers de charges. L’Algérie veut s’aligner sur les standards internationaux en matière de transparence et de responsabilité environnementale.
Le ministre des hydrocarbures et des Mines a d’ailleurs rappelé que « le développement minier ne saurait se faire au détriment des équilibres écologiques ». Les sociétés concessionnaires seront désormais tenues de réaliser des études d’impact environnemental et de prévoir des plans de restauration des sites après exploitation.
L’organisation de l’atelier à Béni-Abbès n’est pas fortuite. La région, au cœur du Sud-Ouest algérien, possède un patrimoine géologique unique, véritable témoin de l’histoire terrestre. Les formations d’Ougarta, riches en fossiles et en roches sédimentaires, constituent un terrain d’étude idéal pour les géologues et chercheurs. Une sortie scientifique sur le terrain a d’ailleurs permis aux participants d’observer de près ces formations et d’envisager des pistes de recherche appliquée. L’événement a également permis de présenter les nouvelles orientations de l’ASGA, notamment la numérisation de la base de données géologiques nationale et la création d’un portail d’information ouvert aux chercheurs et aux investisseurs.
Par Sirine R.
