18/05/2026
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33ᵉ Foire de la production algérienne: Le baromètre d’une industrie en pleine mutation

L’Algérie ne se contente plus d’afficher ses ambitions industrielles ; elle s’emploie désormais à les traduire en capacités productives et exportatrices durables. Avec la participation de plus de 700 entreprises publiques et privées à la 33ᵉ édition de la Foire de la production algérienne (FPA), organisée sous le slogan « L’Algérie fabrique son avenir », l’événement s’impose comme un indicateur révélateur de la dynamique économique nationale en cours.

Pour l’économiste Ahmed Hidouci, ce rendez-vous annuel met en lumière une transformation réelle du tissu productif. « Nous assistons à une montée en puissance progressive des capacités de production et d’innovation des entreprises algériennes, soutenue par les réformes engagées ces dernières années », a-t-il souligné sur les ondes de la « Chaîne I » de la Radio nationale. Il n’en demeure pas moins que les objectifs stratégiques restent ambitieux et requièrent, selon lui, une plus grande cohérence dans leur mise en œuvre. Si la loi sur l’investissement a contribué à améliorer sensiblement l’attractivité du climat des affaires, l’enjeu consiste désormais à traduire ces avancées réglementaires en une hausse effective de la contribution de l’industrie au produit intérieur brut, aujourd’hui estimée à environ 5 %, avec une cible comprise entre 10 % et 12 % à moyen terme.

Au cœur de cette dynamique, la transformation numérique apparaît comme un levier déterminant de productivité. La digitalisation est perçue comme un outil essentiel pour réduire les coûts, optimiser les processus et faciliter l’accès aux marchés, en particulier pour les PME et les start-up. Le lancement de plateformes numériques dédiées au commerce extérieur et à l’importation des matières premières s’inscrit pleinement dans cette logique de modernisation. « Le numérique permet non seulement de mieux identifier les besoins réels du marché national, mais aussi de créer des opportunités concrètes de substitution aux importations », a estimé Ahmed Hidouci.

L’expert a toutefois insisté sur la nécessité de renforcer les chaînes de valeur nationales, un maillon qui demeure encore fragile. En dépit de l’émergence de pôles industriels dynamiques à Bordj Bou Arréridj, Sidi Bel Abbès ou Constantine, les interconnexions entre producteurs restent insuffisantes. Leur consolidation permettrait, selon lui, de mutualiser les achats de matières premières, de réduire les coûts logistiques et d’améliorer la compétitivité globale du produit « Made in Algeria ».

Du côté des organisations patronales, le discours converge vers cette même exigence de lisibilité et de stabilité. Moncef Bouderba, vice-président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), a appelé à l’instauration d’un dialogue économique permanent entre l’État et les opérateurs. « Nous devons être associés aux commissions stratégiques, notamment celle annoncée par le Premier ministre pour la mise en place d’un réseau national de certification et d’accréditation », a-t-il affirmé sur la « Chaîne III » de la Radio algérienne. À ses yeux, la crédibilité du produit algérien à l’international repose sur l’alignement des normes nationales avec les standards mondiaux.

Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification hors hydrocarbures, fondée sur des « champions nationaux » déjà en mesure de répondre à la demande intérieure. Toutefois, Bouderba met en garde contre toute rupture dans l’approvisionnement en intrants. « Bloquer une usine pour un problème d’intrants, c’est pénaliser toute la chaîne de valeur », a-t-il averti, plaidant pour un fonctionnement économique fondé sur la confiance, la transparence et la fluidité des échanges.

Sur le plan des indicateurs, les données disponibles confirment une dynamique encourageante. Le nombre d’opérateurs économiques inscrits au registre du commerce dépasse désormais 2,4 millions, enregistrant une hausse de 10 %. Si cette évolution est perçue comme un signal positif, elle demeure insuffisante au regard du potentiel national, notamment dans des secteurs à forte valeur ajoutée tels que la pétrochimie, la pharmacie, la mécanique ou l’agroalimentaire. À cela s’ajoute la problématique persistante du foncier industriel, qui continue de freiner l’investissement.

Bien que près de 50 zones industrielles soient programmées, leur mise en service effective reste lente face à une demande croissante. « Accélérer la concrétisation des projets est aujourd’hui une priorité absolue », a insisté Ahmed Hidouci, rappelant que les quelque 15 000 projets enregistrés auprès de l’AAPI pourraient transformer en profondeur l’économie nationale s’ils entraient rapidement en phase de production.

Enfin, l’Afrique s’impose comme l’horizon stratégique naturel de cette nouvelle phase industrielle. Avec des besoins d’importation estimés à 800 milliards de dollars, le continent offre des perspectives considérables. Pour Moncef Bouderba, l’enjeu n’est toutefois plus de se limiter à des opérations ponctuelles. « Il faut passer à la phase 2 de l’exportation, avec une présence physique des entreprises algériennes à l’étranger, des partenariats privé-privé et un accompagnement bancaire et logistique adapté », a-t-il expliqué.

Sortir durablement de la dépendance aux hydrocarbures exige ainsi, selon Ahmed Hidouci, « de la lucidité, de la discipline et une vision claire des secteurs créateurs de valeur ». À la lumière des débats de cette 33ᵉ Foire de la production algérienne, ce constat semble désormais largement partagé, confirmant que la mutation du modèle économique national est bel et bien engagée.

Par Adem A.

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