18/05/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Tebboune relance le chantier de la mécanisation

Annoncée lors d’une réunion consacrée à l’agriculture, la décision du président de la République de créer des coopératives spécialisées dans la mécanisation agricole s’inscrit pleinement dans la feuille de route Agriculture 2026, dont l’objectif central est la modernisation des outils de production et le renforcement durable de la sécurité alimentaire nationale. Cette orientation marque une étape importante dans la transformation du secteur agricole en Algérie.

À travers la relance de la mécanisation, les pouvoirs publics ambitionnent de renforcer la productivité agricole, de sécuriser les filières stratégiques et de réduire progressivement la dépendance aux importations. Dans un contexte marqué par les changements climatiques et les défis alimentaires régionaux, la modernisation des outils de production apparaît plus que jamais comme une condition essentielle à la réussite de la nouvelle vision agricole algérienne. Pour Mustapha Benaoui, expert en agriculture et ancien cadre au ministère de l’Agriculture, cette décision répond à une nécessité devenue incontournable.

« La rencontre d’hier traduit la volonté des autorités publiques de venir à bout de toutes les préoccupations soulevées par le développement du secteur agricole en Algérie, dans un objectif stratégique de modernisation et de sécurité alimentaire », a-t-il souligné sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale. Selon lui, la réflexion engagée repose sur trois piliers essentiels : l’établissement d’un état des lieux de la mécanisation, la mise en place de coopératives dédiées et la création d’un Conseil national de la mécanisation agricole.

Longtemps, la mécanisation en Algérie a été pensée pour une agriculture concentrée essentiellement au nord du pays, caractérisée par des exploitations de taille modeste. « Jusqu’au début des années 2000, la surface agricole utile était estimée à environ 8,5 millions d’hectares, avec des exploitations ne dépassant guère les dix hectares. Cela n’exigeait pas une mécanisation performante, souvent limitée à des tracteurs de faible puissance», a rappelé M. Benaoui.

Ce modèle montre aujourd’hui clairement ses limites. L’orientation stratégique actuelle privilégie en effet le Grand Sud et l’agriculture d’entreprise, fondée sur l’exploitation de très grandes superficies. Des projets agricoles de plusieurs milliers d’hectares ont vu le jour, certains atteignant même plus de 100 000 hectares. « Travailler 1 000, 5 000 ou 10 000 hectares exige un matériel puissant et performant, que le parc actuel de mécanisation n’est pas en mesure de prendre en charge », a expliqué l’expert, insistant sur le décalage entre les ambitions agricoles affichées et les moyens techniques disponibles sur le terrain.

C’est dans ce contexte que les coopératives de mécanisation prennent tout leur sens. Contrairement à certaines perceptions, ces structures ne poursuivent aucun objectif lucratif. « La coopérative est gérée par ses adhérents. Elle appartient aux agriculteurs et elle est appelée à offrir des services à ceux qui y contribuent financièrement », a-t-il précisé, soulignant qu’il est irréaliste d’imaginer équiper individuellement plus d’un million et demi d’agriculteurs en matériel lourd, ce qui rend la mutualisation incontournable pour garantir l’accès à des équipements modernes et adaptés. Ces coopératives permettront ainsi de mettre à disposition des agriculteurs un parc mécanisé performant, tout en facilitant l’accès aux services, aux intrants et aux financements. « La coopérative prend en charge les actions que ses adhérents ne peuvent pas assumer individuellement, notamment la sollicitation de crédits auprès des banques spécialisées », a-t-il expliqué, rappelant que ce modèle est encadré par le décret 96-459 relatif aux coopératives agricoles.

Parallèlement, la création d’un Conseil national de la mécanisation agricole vise à structurer et à accompagner cette dynamique. Cette instance aura pour mission d’établir un diagnostic précis du parc existant, d’évaluer les capacités nationales de fabrication de matériel agricole et d’identifier les déficits à combler, notamment par le recours à l’importation ciblée de matériels récents. « Le rôle principal de ce Conseil est d’avoir une vision claire de la mécanisation sur le terrain et des unités de production, afin de proposer des solutions réalistes et adaptées », a estimé M. Benaoui.

Enfin, l’expert a insisté sur l’importance de l’accompagnement humain dans la réussite de cette réforme. Il a appelé à de vastes campagnes de sensibilisation pour lever les incompréhensions persistantes autour du concept coopératif. « Depuis l’indépendance, la coopérative est souvent mal perçue. Il faut expliquer aux agriculteurs et aux éleveurs que c’est un outil à leur service, un levier de performance et non une contrainte », a-t-il affirmé.

Par Selma Rachid

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